Colette, en Service Volontaire Européen (SVE) pour le développement de la francophonie en Arménie

En Service Volontaire Européen (SVE) avec Intercordia et le CIDJ Paris, Colette est actuellement en mission à Gyumri en Arménie au sein de l’association KASA. Elle est engagée dans deux projets : assister un professeur de français, notamment par la transmission de nouveaux modes d’enseignement, et mettre en place le projet « jeunes citoyens d’Arménie » avec des volontaires arméniens âgés de 17 à 24 ans. A l’occasion de la célébration du 20 mars, journée internationale de la francophonie, Colette nous en dit plus sur son expérience et sa vision de la francophonie.

19/03/2019

Peux-tu te présenter en quelques mots ? Quel est ton parcours ?

Je m’appelle Colette, je suis une jeune Française de 22 ans passionnée par le voyage. Depuis toute petite déjà j’ai eu la chance de beaucoup voyager avec mes parents, mais c’est surtout à 18 ans, après mon bac, que j’ai sauté seule dans un avion pour l’Amérique Centrale où j’ai passé neuf inoubliables et fabuleux mois. Dès lors, j’ai réalisé que ma vie se construira principalement autour du voyage et de l’interculturalité. Plus je grandis et plus je ressens ce besoin de partir découvrir le monde et rencontrer des gens de toutes les cultures. C’est pourquoi j’ai alors continué à voyager par la suite en Asie du sud-est et en Amérique du Sud, alternant volontariats et roadtrips. J’ai été diplômée en 2018 du Bachelor de Responsable Opérationnel à l’International de l’ESCD 3A, et pour cette année, en parallèle de mon SVE, je fais partie du programme Intercordia qui permet d’obtenir un diplôme universitaire de Solidarité Internationale à l’Institut Catholique de Paris.

Quelle est ta mission en tant que volontaire ?

Ma mission est d’aider au développement de la francophonie à Gyumri, deuxième plus grande ville de l’Arménie. J’aide donc dans deux projets différents. Le premier est de me rendre dans des écoles partenaires à KASA en tant qu’assistante du professeur de français. L’idée n’est certainement pas de le remplacer mais d’apporter de nouveaux modes d’enseignement, notamment via l’éducation non-formelle. J’ai remarqué que la difficulté majeure des élèves était de pouvoir s’exprimer aisément à l’oral en français. Ainsi nous utilisons le théâtre comme outil permettant aux élèves de s’exprimer. Ça décomplexe, donne confiance en soi pour prendre la parole, et c’est drôle lorsque l’on n’arrive pas à prononcer les mots ou si l’on se trompe !

Le deuxième projet dans lequel j’interviens est celui des "jeunes citoyens d’Arménie". L’idée est de faire naître le sentiment citoyen chez les jeunes et leur faire comprendre qu’à leur échelle, eux aussi peuvent aider au développement de leur pays. Le projet s’articule autour de plusieurs clubs, animés par des volontaires arméniens de 17 à 24 ans, où ils ont la liberté d’organiser des débats, projections, sorties, ou d’initier des petits projets qui répondent à des problèmes qu’ils ont eux-mêmes identifiés dans leur ville. Chaque club à sa spécificité, j’interviens dans le club de français qui utilise la langue française comme moyen d’expression. C’est aussi un bon moyen de pratiquer la langue puisque les jeunes doivent réfléchir, débattre, argumenter, prendre des décisions en français.

Enfin en tant que SVE, on a la possibilité d’apporter un projet personnel. Je suis donc en cours de création d’une web-radio participative francophone qui servira à la diffusion et la promotion des nouvelles alternatives citoyennes post-révolution pour un développement plus durable du pays. Ainsi quelques épisodes iront à la rencontre de ces citoyens arméniens ayant décidé de prendre les choses en main et monter par exemple des structures de l’économie sociale et solidaire, ou encore des associations. La vision de ce projet étant, à la fin, de créer un grand réseau d’échange d’informations et d’idées liées à la transition écologique, économique et sociale entre tous les pays membres de l’OIF, et ainsi permettre une coopération internationale citoyenne et non seulement institutionnelle.

Quelles ont été tes premières impressions à ton arrivée (mal du pays, intégration, anecdotes, etc.) ?

L’atmosphère en Arménie est assez particulière, mais plutôt attachante. On reconnait tout de suite l’Arménie comme un ex-pays de l’URSS par son architecture, les statuts, monuments, et parcs. C’est une ambiance un peu triste parfois, surtout pendant l’automne, date de mon arrivée, et cela particulièrement dans la ville de Gyumri qui a été détruite par un terrible tremblement de terre il y a 30 ans et dont on voit encore les cicatrices. Beaucoup de bâtiments sont abandonnés, encore en ruines et les routes sont très mauvaises. On retrouve ce ton à peu près dans toutes les villes du pays. Pourtant, même si l’Arménie est marquée par des tragédies, les Arméniens ont la main sur le cœur et apportent véritablement de la couleur. Ils sont très chaleureux, ouverts, curieux, généreux et s’assurent toujours que l’on ne manque de rien. Mon intégration s’est donc faite très facilement grâce à la mentore que l’on m’attribue en tant que volontaire européen mais aussi par tous les membres de l’association. Bien sûr le mode de vie est bien différent et passer de Paris à Gyumri peut faire un choc au début, notamment en tant que femme. On arrive malgré tout à trouver son équilibre et aller au-delà des jugements pour se remettre aussi en question et tirer le meilleur de la culture arménienne !

Comment est perçue la francophonie dans ton pays de mission ? Le français est-il pratiqué au quotidien ?

Le français n’est pas pratiqué au quotidien en Arménie. Pourtant cette langue est très respectée et très valorisée ! L’Arménie est fière de faire partie de l’OIF et d’avoir pu accueillir le sommet de la Francophonie à Erevan à l’automne dernier.

Dans les écoles, les élèves apprennent le russe, l’anglais ou le français. On trouve aussi dans la capitale l’UFAR une très bonne université française et qui attire de plus en plus de jeunes pour son prestige. L’Arménie est en pleine ouverture sur le monde, maintenant tout de même de bonnes relations avec la Russie, elle vise aussi l’Europe et le français peut donc s’avérer être une langue très utile et valorisée. Enfin la diaspora arménienne est aussi importante en France, 3e pays d’accueil derrière la Russie et les Etats-Unis, ce qui peut donc attiser cette curiosité pour le français.

Que représente la francophonie pour toi ? Selon toi, est-il important de promouvoir la langue française, et plus globalement la francophonie ? Pourquoi ?

La francophonie pour moi est avant tout un brassage culturel incroyable. On retrouve véritablement des francophones aux quatre coins du monde ! Ce n’est pas tant la langue française en tant que telle, bien qu’elle soit une magnifique langue porteuse de valeurs fortes, mais je vois plutôt la francophonie comme un point commun à chacun de tous ces pays pour pouvoir se comprendre et avancer ensemble tout en gardant leur identité. La langue est un outil majeur pour la communication, et je m’en suis personnellement rendue compte lors de mes voyages. Pour rencontrer les locaux, les connaître, apprendre d’eux, il faut pouvoir se comprendre et cela aussi avec des mots. Je veux bien que la communication non-verbale permette de comprendre beaucoup de situations, mais il est aussi incontournable de pouvoir parler la même langue. En Amérique Latine, parlant espagnol, j’ai vite pu avoir de fortes connexions avec les locaux alors qu’en Asie du sud-est cela a été beaucoup plus difficile et les connexions que j’ai pu avoir se sont faites grâce à l’utilisation de l’anglais. Maintenant promouvoir la langue française et la francophonie dans les pays dont la langue officielle est différente, oui, pourquoi pas. Dans le cas de l’Arménie cela permet de l’ouvrir au monde, d’être aussi sur la scène internationale via l’OIF et donc de permettre son développement. En revanche il faudrait pouvoir établir un échange et non seulement promouvoir la langue française mais pouvoir écouter et s’inspirer de ces pays-là aussi.

Es-tu impliquée dans l’organisation d’événement autour du 20 mars, journée internationale de la francophonie ? Lesquels ?

En Arménie, et notamment au sein de KASA l’association dans laquelle je travaille nous célébrons la francophonie pendant un mois entier ! Dans le cadre du projet du développement de la francophonie, en plus d’organiser des événements, projections ou conférences sur la Francophonie cette année, nous avons décidé de mettre en place la semaine de l’écologie qui aura lieu du 9 au 13 avril. Cette semaine mêlera conception de contes, lectures de poésies et activités en français suivant toujours ce thème choisi de la beauté de la nature et sa protection. Nous aurons donc le mardi une balade poétique avec les écoles partenaires. Nous lirons, mettrons en scène, illustrerons des poèmes sur la nature, puis nous organiserons un atelier calligramme pour faire découvrir cette technique poétique. Le mercredi nous nous réunirons pour des ateliers d’écriture et rédaction d’un conte. Le jeudi nous lirons un conte écologique aux plus petits puis réaliserons des œuvres de land-art avec des éléments de la nature trouvés lors d’une balade au parc. Le vendredi nous accueillerons une conférence sur les géo parcs et leur potentiel pour dynamiser le territoire arménien. Enfin le samedi nous organiserons un mini village des alternatives où plusieurs stands et jeux sont prévus. Quelques stands auront pour thème « mon rapport aux déchets » où nous présenterons une exposition photo, laisserons une boîte à idée disponible pour que chacun puisse s’exprimer quant à la réduction des déchets, des jeux de sensibilisation et des ateliers créatifs. Bien que ces stands soient tenus par des francophones, avec bien évidement des traductions en arménien si nécessaire, nous aurons d’autres stands plus focalisés sur la langue française comme par exemple un stand des expressions françaises que nous amènerons avec des jeux. Nous clôturerons enfin la journée avec des chanteurs francophones et leur représentation musicale !

Un message pour la jeunesse francophone ?

Nous sommes tous de cultures, traditions, horizons, territoires, mentalités, idées différents. Pourtant le français nous réunit et nous l’enrichissons chaque jour grâce à ces différences. Il nous permet de communiquer, de nous comprendre, de partager, travailler et d’être ensemble. C’est un lien fort qui nous permettra ensemble de construire un monde meilleur.