Elise, volontaire de solidarité internationale en Equateur

Envoyée par la DCC, Elise réalise son volontariat de solidarité internationale, d’une durée d’un an, au sein de l’organisation Ahuana qui est située dans la province du Chimborazo, à Calpi, en Equateur. Sa mission ? Contribuer à l’autonomisation financière des femmes.

13/03/2019

Quelques mots sur vous et sur vos motivations à venir en Équateur pour faire un volontariat ?

Je m’appelle Elise Nauleau, je suis originaire du Poitou-Charentes. A 24 ans, j’arrive à un moment où, dans ma vie je veux faire et voir d’autres choses que le commun occidental.

Trois raisons principales m’ont poussé à entreprendre un volontariat à l’étranger :

  1. Je voulais voyager loin et longtemps et rester au même endroit pendant un an ou deux, pour travailler, aider, faire vivre les projets qui germent.
  2. En France je suis chrétienne pratiquante et je voulais me confronter à une autre vision de l’Église, à d’autres religions que la mienne. Découvrir ce que signifie « Être chrétien » ou même « croire », ailleurs.
  3. Découvrir des nouvelles cultures, via les territoires et les Hommes. 

Que faisiez-vous avant votre volontariat ?

Je suis tapissier en sièges, j’ai appris ce métier pendant 4 ans avec « les Compagnons du Devoir et du Tour de France », j’ai bougé dans plusieurs villes (Angoulême, Paris, Orléans, Édimbourg...), puis j’ai travaillé à Poitiers (toujours dans ce métier) pendant 3 ans dans une entreprise où l’on ne faisait que des fauteuils neufs. Je suis partie de cette entreprise pour des raisons personnelles et j’ai rejoint mon conjoint, Hugues, en Picardie.

Depuis de longues années, je suis aussi militante dans plusieurs structures, dont la principale est le Mouvement rural de jeunesse chrétienne.

Quelles sont vos missions en tant que volontaire ?

J’ai une mission principale qui est de travailler avec les associations de femmes des communautés de la paroisse de Calpi. Elles fabriquent déjà des « Shigras » (sacs en fibres d’agave), je vais devoir explorer, avec elles, de nouveaux modèles et de nouveaux espaces de ventes. Dans un second temps, j’élargirai ma mission à d’autres vêtements en laine d’alpaga ou de lama (ponchos, écharpes, bonnets, gants...). Enfin, la plupart des femmes qui travaillent dans ce domaine sont des anciennes, il y a donc un enjeu de transmission à creuser.

L’autre mission « secondaire » est la suivante : je vis actuellement dans une maison communautaire destinées aux volontaires qui se succèdent, mais surtout aux touristes de passage dans la région. Ainsi, je participe à la vie de la maison, tant dans les tâches quotidiennes que dans l’accueil des nouveaux arrivants.

Comment appréhendiez-vous votre mission avant votre départ ?

J’étais plutôt sereine pour deux choses. D’abord, dans la pratique, la mission touche de près à mon métier, mon savoir-faire. Ensuite, le fait de contribuer à ce que des groupes de femmes, en milieu rural et pauvre, puissent accéder à un revenu et de ce fait, avoir des conditions de vie digne, est en cohérence avec mes convictions.

Néanmoins, la barrière de la langue demeure une grande appréhension, je ne parle pas du tout espagnol.

Et votre quotidien au sein du projet Ahuana, comment se passe-t-il ?

Je suis arrivée en Equateur il y a seulement dix jours. Ainsi, mon quotidien est pour l’instant ponctué de découvertes, de rencontres et de cours d’espagnols. Je partage mon quotidien avec mon conjoint, mais aussi avec Léo, un autre volontaire en fin d’étude. C’est avec eux que le père Pierrick (notre tuteur sur place), prend le temps de répondre à toutes nos questions, de nous faire visiter les différentes communautés et de nous emmener à des réunions.

Nous avons aussi pris le temps de rencontrer différents réseaux sur place, dont l’Alliance française de Riobamba ou la paroisse locale, avec lesquelles nous allons mener des actions ponctuelles.

Quels sont vos constats sur le terrain ? Des préjugés qui se sont avérés vrais/faux ?

Je m’attendais à ce que les gens soient réticents à ma présence, mais pas du tout. Bien au contraire, toutes les personnes que j’ai rencontrées pour l’instant m’ont dit qu’elles étaient très heureuses que je sois là. Je pensais que tous les habitants travaillaient dans les champs, mais au final, ce sont surtout les femmes, les hommes ayant un emploi en ville. La religion catholique est majoritaire en Équateur, alors je m’étais imaginé une église du village pleine le dimanche, mais en réalité, à San Francisco de Cunuhuachay, la plupart des habitants sont évangéliques. L’occasion d’un dialogue œcuménique peut-être ? Et pour finir, j’ai entendu dire que les hommes boivent beaucoup, mais finalement, comme tout le monde est évangélique et que le pasteur local interdit l’alcool... =)

Quel est votre regard sur votre pays d’accueil, sur la région dans laquelle vous vivez et sur ses habitants ?

La région dans laquelle je vis a des paysages magnifiques, avec beaucoup de possibilité de sentiers de randonnées (il manque le balisage !) qui relient les villages les plus éloignés. Les gens ici sont très polis et curieux, donc ils te demandent toujours d’où tu viens, où tu vas et pourquoi.

Et même si ta destination est à 5 mètres, ils vont t’indiquer le chemin !

Un élément tout de même assez marquant dans les villages alentours, ce sont les chiens. Ils aboient et attaquent les passants, même en voiture, pour un rien. Ainsi, il faut toujours se promener avec un bâton dans la main et des cailloux dans les poches !

En ce qui concerne l’Equateur en général, c’est un pays plus cher que ce que j’avais imaginé, les prix ont follement grimpé depuis les années 2000 où la monnaie est devenue le dollar américain. Et oui, depuis presque 20 ans, ce pays n’est plus maître de sa monnaie. Et finalement, mis à part que les rues sont toutes perpendiculaires les unes aux autres et que la gestion collective des déchets ne doit pas être leur priorité (par manque de moyens j’imagine...), certaines caractéristiques des centres villes sont semblables à chez nous : des magasins de marques, quelques supermarchés, des fast-foods à ne plus savoir qu’en faire, quelques églises souvent fermées...

En quoi pour vous est-il important de travailler avec des femmes ?

C’est un sujet qui me touche beaucoup, parce qu’en tant que femme j’ai vécu des injustices et pourtant je ne suis pas issue d’un milieu défavorisé. J’ai eu la chance de croiser des personnes, des groupes qui m’ont aidé à prendre conscience de la situation, et je suis né dans un pays où la question est portée à bout de bras par toute une part de la société. En Equateur, ce n’est pas le cas, surtout en milieu rural. Il me semble donc important que cette thématique puisse être abordée dans le cadre de mes missions, d’une manière ou d’une autre.

En quoi pensez-vous que les activités réalisées permettent de contribuer aux droits des femmes et à l’ODD 5 ?

Les projets déjà en cours et soutenus par l’association Ahuana sont majoritairement gérés par des groupes de femmes. Sans forcément mettre les hommes de côté, elles s’organisent pour la gestion des différents lieux culturels et rémunérateurs actuels : restaurants, musées, maison communautaire, points de vente artisanaux... Et l’intégralité des revenus sont gérés par ces groupes féminins, au service de toute la communauté. Cependant, elles ne sont toujours pas individuellement rémunérées pour le travail qu’elles fournissent.

Ainsi, en ce qui me concerne plus particulièrement, deux éléments me semblent important dans la contribution à l’ODD 5 :

1 - Les ventes des produits artisanaux sont à la destination des femmes qui les fabriquent. Cette action sert donc à leur assurer un revenu individuel dont elles seules auront la maîtrise.

2 - les espaces où les femmes travaillent entre elles sont des groupes de paroles officieux, où des choses se disent. Une fois que je serais bien intégrée aux différents groupes et que mon usage de la langue espagnole sera correct, je pourrais participer avec elles et les questionner quand les sujets seront mis sur la table.

Globalement, j’ai milité dans un mouvement où la manière de penser est la suivante : voir/juger/agir. De fait, je vais d’abord prendre le temps d’écouter, de regarder, puis d’échanger avec elles. Viendra ensuite le temps de l’analyse et pourquoi pas de l’action !

 Quels conseils donneriez-vous aux jeunes qui souhaitent vivre une expérience de volontariat ?

Voici mes quatre conseils !

1 – L’imagination au pouvoir ! D’abord tu rêves, ensuite tu réalises !

2 – Il n’y a pas de bonnes ou de mauvaises questions... Quand le rêve devient réalité, c’est le moment de remettre un pied sur terre et de se poser toutes les questions, même les plus farfelues. Tu sauras trouver les réponses, avant ou pendant le voyage.

3 – Chaussure à ton pied, tu trouveras. En ce qui concerne les organismes d’envoi, selon tes convictions, tes moyens, le temps dont tu disposes, tes motivations... Il existe de nombreux organismes qui envoient des volontaires, renseigne toi et fais ton choix !

4 – La phobie administrative, tu mettras de côté. Quand ta décision est prise, surtout, lance toi dans la folle aventure des visas, ruptures de contrats, changements de caisse générale, de mutuelle, soins médicaux, pôle emploi, vaccins, abonnements téléphonique, déménagements éventuels et j’en passe... Tu verras, c’est chouette =)

Pour plus de renseignements, contactez l’Espace Volontariats Equateur : par mail ev.equateur@france-volontaires.org