Héloïse, bénévole en Equateur après le séisme

Après le séisme qui a frappé l’Equateur en avril 2016, Héloïse s’est rendue sur place pour prêter main forte en tant que bénévole. Elle raconte son expérience et donne son point de vue sur la place des volontaires en situation d’urgence.

12/04/2019

Quelques mots pour décrire votre participation en tant que volontaire après le tremblement de terre en 2016 ?

Le 1er mai, je suis partie pour Manabí avec quatre autres Français. Nous sommes arrivés à San Vicente, dans un campement de volontaires qui s’appelait alors « Abasto San Vicente ». Dans un premier temps, j’étais en charge de la cuisine car le campement approvisionnait des communautés et camps voisins avec des plats chauds. Ensuite, les nécessités ont changé et j’étais en charge d’activités éducatives et ludiques avec les enfants, notamment à San Vicente. En plus de cela, nous organisions des journées récréatives avec des communautés que l’équipe de terrain du campement avait repérées ; je me souviens surtout de Fanca 2 et Maria Auxiliadora, deux quartiers défavorisés et informels de Bahia de Caraquez, dans lesquels nous sommes allés à plusieurs reprises.

En quoi pensez-vous que l’apport de volontaires en cas de catastrophes naturelles peut être essentiel ?

Je pense que l’arrivée de volontaires a été importante car chacun apportait avec lui un bagage, des savoirs et des sensibilités propres, qui dans le contexte post-tremblement de terre ont été utiles – avoir des compétences d’infirmières, para-médicales, artistiques, et autres a été essentiel dans cette situation humanitaire. Néanmoins, dans le cas de l’« Abasto » - qui par la suite allait devenir Poste Rojo - nous étions nombreux à ne pouvoir rester qu’un temps pour des raisons diverses, ce qui peut poser un problème de continuité des actions mises en œuvre.

Que retirez-vous de cette expérience ?

J’avais écrit un texte au moment de partir de San Vicente ; sans parler de la qualité littéraire, je sens que ce que j’écrivais alors est toujours d’actualité. J’en cite une partie :

« À Poste Rojo

Presque deux mois, quand j’ai l’impression d’être arrivée hier ; un hier de toute une vie. Naviguant parmi les flots changeants, l’équipage bigarré – celui qu’on a été, qu’on est aujourd’hui, que nous resterons – a gravi des pentes vertigineuses, sauté des ravins sans fonds, tiré de la tourmente des mains désespérées pour découvrir des visages muets d’avoir tant crié.

Aider les gens est notre leitmotiv ; leurs sourires et leurs rires, leurs embrassades, leurs histoires, cet ensemble de petits riens qui font notre grand tout, a envahi l’esprit et chaque parcelle de notre corps. »

Je sais que tout n’était pas parfait, loin de là. Je me souviens par exemple que je suis partie à cause d’un conflit que nous avions créé au sein du groupe, et qui a été délétère pour l’organisation du campement et des actions. Mais je sens que j’aurais toujours un peu 23 ans, l’âge que j’avais alors.

En quoi l’implication de volontaires permet-elle de construire des communautés résilientes ?

Si je parle de mon expérience de volontaire, je dirais que s’engager pour une cause ou dans un évènement humanitaire est en soi une démonstration d’une attitude qui va dans le positif. Mais pour autant, je ne me suis jamais vue comme une prophète. Tout au plus, mon rôle a été d’appuyer des collectifs ou des personnes, de comprendre des dynamiques, de chercher des résolutions aux conflits, de donner des outils pour permettre aux personnes et aux communautés d’être résilientes.

Dans le cas précis du tremblement de terre, mon action a été temporaire, aussi il est difficile de voir un impact réel en termes de résilience. Mais je pense qu’organiser des activités avec certains quartiers, avec les enfants, c’était une manière de montrer aux personnes victimes qu’elles avaient survécu, qu’elles étaient capables après l’évènement de cuisiner ensemble, de rire, de jouer, de discuter, de peindre… ce que je nommerais une attitude résiliente.

Comment peut-on relier l’implication des volontaires à la contribution à l’ODD 11 et 17 et en quoi est-elle importante ?

ODD 11 : Faire en sorte que les villes et les établissements humains soient ouverts à tous, sûrs, résilients et durables
ODD 17 : Partenariats pour la réalisation des objectifs

ODD 11 : les volontaires sont des éléments centraux de nombre de projets de développement qui vont dans le sens d’une meilleure adaptation des villes et des communautés aux défis environnementaux qui se posent au XXIème siècle.

ODD 17 : En tant que volontaire on se rend compte qu’au sein d’une structure il y a un certain nombre de choses que l’on peut faire, et d’autres pour lesquelles il est nécessaire de faire appel à des membres de la société civile, à des organisations et aux pouvoirs publics et institutions.

Par exemple après le tremblement de terre, la première mission de l’Abasto San Vicente était de distribuer de la nourriture chaude aux victimes de l’évènement. Si cela a été possible, c’est grâce à l’arrivée de donations de nourriture et d’ustensiles pour cuisiner, résultat d’une solidarité internationale où participaient tous types d’acteurs, depuis des groupes auto-organisés jusqu’à l’armée nationale.

Être volontaire recoupe des réalités très diverses (temps de mission, rémunération ou non, ‘volontourisme’, etc.), ce qui rend difficile de définir ce que devrait être le rôle d’un ou d’une volontaire ; néanmoins je crois que l’idéal, tant pour l’expérience personnelle que concernant l’impact de l’action du volontaire, serait que les projets qui accueillent des volontaires laissent une part importante au dialogue, et acceptent d’être transformés dans une certaine mesure par les volontaires qui sont sa force. Depuis ma posture, c’est un élément clef pour impliquer davantage les volontaires et contribuer aux ODD, notamment aux 11 et 17.

Quels conseils donneriez-vous aux jeunes qui souhaitent s’impliquer dans une situation d’urgence ?

Je pense souvent aux conseils que l’on nous donnait dès les premiers jours après le tremblement de terre : ne pas aller sur les lieux sur un coup de tête, car sinon vous risqueriez de devenir vous-même un poids.

C’est une question qu’il faut se poser ; les situations que nous avons vécues ensemble, ou individuellement étaient souvent difficile à s’imaginer. En plus des décombres, des morts, des disparus, j’ai été confronté à des réalités sociales violentes qui existaient avant la catastrophe.

Psychologiquement, ce n’est pas toujours facile à vivre, et c’est important de comprendre cela avant de partir, pour savoir si l’on se sent capable de mener l’aventure, directement sur place – car il y a d’autres manières d’aider en cas de crise humanitaire (cartographier des zones encore absentes des cartes digitales, comme cela a été le cas à Haïti lors du tremblement de terre par exemple).