Clémence, volontaire de solidarité internationale au Tchad

© Espace Volontariats Tchad

"Et lorsqu’on apprend à se suffire à soi-même, c’est finalement là que l’on perçoit le plus beau des autres sans trop en demander, et que l’on est capable de donner, sainement, le meilleur de soi", Clémence en VSI au Tchad au sein de CA17 International, nous livre ses impressions.

05/06/2018

Qu’as-tu fait avant ta mission de volontariat de solidarité internationale ?

Je suis diplômée d’un master en économie théorique appliquée au développement durable, d’un master en études politiques et d’un master of sciences en management de projets internationaux spécialité relations internationales et actions humanitaires. Durant mes études, j’ai réalisé un mémoire sur la valorisation du lac Tchad et eu des expériences dans des bureaux d’études axés sur le développement international en France et au Burkina Faso. J’ai aussi été volontaire au Maroc dans un orphelinat pendant 6 mois. J’étais chargée d’appuyer la gestion administrative et comptable ainsi que l’éducateur spécialisé dans le suivi des enfants.

Pourquoi avoir choisi de partir comme volontaire de solidarité internationale ?

Lorsqu’on échange entre volontaires, nous avons tous des raisons très différentes de se lancer dans ce type de mission. Pour certains, la notion d’engagement est extrêmement forte et ils choisissent le volontariat par principe religieux ou moral. D’autres, à la sortie de leurs études, cherchent à voyager avant de se lancer dans la réalité du travail de leur pays d’attache, ou veulent y voir un peu plus clair dans ce qu’ils veulent faire professionnellement.
Pour ma part, le volontariat de solidarité internationale était une étape dans la construction de ma carrière. Mon projet professionnel est depuis très longtemps axé sur le secteur du développement à l’international. Mais c’est difficile d’y entrer lorsqu’on a un profil assez généraliste et peu d’expérience professionnelle. Pour se professionnaliser, les missions de VSI sont souvent très intéressantes et on se retrouve parfois avec des responsabilités qui surpassent ce qu’on pourrait avoir en expatriation classique avec un niveau d’expérience bas. Par ailleurs, évoluer dans des organismes nationaux ou internationaux permet de se constituer un réseau et est un excellent tremplin pour la suite. Le VSI était donc une porte d’entrée assez logique à mes yeux pour débuter ma carrière... Et ça a marché ;) (ndlr : voir plus bas !)

Peux-tu nous parler de ta mission ?

J’ai réalisé une première mission à l’Ambassade de France à N’Djamena comme chargée de programme société civile, puis une seconde comme assistante chef de mission d’un programme de développement rural pour le bureau d’étude CA17 International. J’étais basée à Abéché, dans l’est du Tchad. Le programme vise à renforcer l’élevage pastoral dans les régions du nord et de l’est du pays (Ennedi, Batha et Wadi Fira).

Quelles étaient tes conditions de vie à Abéché ?

Quand on est habitué à N’Djamena, on peut dire qu’atterrir à Abéché peut avoir un côté inquiétant même si ça reste une grande ville. Mais c’est justement ce que je voulais : quitter la capitale et aller encore plus profondément dans la réalité tchadienne. N’Djamena était devenue très pesante. En venant dans cet état d’esprit, j’étais prête à affronter n’importe quelle condition. J’ai vécu 9 mois sans électricité à la maison. Ça apprend à s’organiser autrement et on se rend compte de la place que tient l’électricité dans notre quotidien, parfois pour des choses superflues… C’est très difficile quand les journées et les nuits sont chaudes mais le contexte fait que tu peux adopter un autre rythme : dormir dehors sous les étoiles, se détacher du luxe d’avoir de l’eau fraîche à disposition, passer moins de temps sur son smartphone ou son ordinateur pour économiser de la batterie, faire ses courses au jour le jour, doser la préparation de ses repas pour ne pas faire de restes… Des petites choses qui bouleversent tout un quotidien au départ. C’était difficile car le boulot demandait énormément d’énergie, mais ça fait du bien d’être bousculé dans son confort.

Quels sont tes meilleurs souvenirs ?

Il y en a tellement, dans les sphères personnelle et professionnelle. Il y a les moments de partage avec les groupements de femmes avec lesquels je travaille avec mes animatrices. Au début c’était assez difficile, on ne brise pas la glace du premier coup. Mais c’est ensuite venu naturellement. Aujourd’hui lorsqu’on se voit, on se serre dans les bras et on se raconte plein d’histoires autour d’un bon café tchadien et un peu d’encens. On va cueillir des herbes médicinales, on cuisine, et surtout on rigole beaucoup. Ça restera de merveilleux souvenirs.

Quelles ont été tes plus grandes difficultés ?

L’une des principales difficultés est de travailler sur un programme qui court sur 12 ans dans un environnement où les gens sont habitués à se projeter et attendre des bénéfices sur le court terme. Mais à qui peut-on en vouloir lorsque l’on connait toutes les crises que ce pays a traversé ? Lorsque l’on connait les conditions de vie des éleveurs et des populations rurales, qui sont davantage dans la survie que dans une perspective d’amélioration durable de leurs conditions de vie et de celles des générations futures ? Lorsque l’on connait les difficultés financières des services de l’Etat qui accusent le coup de la mauvaise gestion de leur hiérarchie et des choix politiques ?
Dans les « petits coups de moins bien », quand on a l’impression de semer sur du sable, il est bon de se rappeler que notre présence n’est qu’un passage, que ce soit dans la vie, sur cette Terre en générale, et plus spécifiquement sur ce type de mission professionnelle. On ne peut pas se battre contre tous les travers d’une société qui en plus n’est pas la nôtre. Il faut toujours s’appliquer (avec humilité) et faire de son mieux en espérant que le maximum de bénéfices aille aux bonnes personnes. Cela vaut pour les bénéficiaires du projet mais également pour son entourage (collègues, amis…), qu’il s’agit d’appuyer, de conseiller et de monter en compétences afin qu’ils aient les clefs pour influencer la trajectoire de leur pays. Et ça ce sont les conseils de mon Papa :)

Qu’as-tu appris durant ton expérience ?

J’ai traversé d’énormes crises que je n’avais jamais connues auparavant, dues à quelques soucis dans ma vie personnelle et qui ont certainement été amplifiées par le fait de vivre un peu isolée et hors de ma zone de confort (surtout au début). Je me suis confrontée à mes propres limites. J’ai affronté mes propres démons. De manière extrêmement violente parfois, d’autant que le sentiment de solitude peut aggraver les états d’âmes. Ces moments où sa propre maison semble une prison, jusqu’à ce qu’on réalise que les barreaux sont dans sa tête. Ces moments où la panique saisie en pleine nuit sans possibilité d’échappatoire, jusqu’à ce qu’on apprenne soi-même à la maîtriser. Puis on cesse d’être son propre ennemi et on s’apprivoise en meilleur ami. Et lorsqu’on apprend à se suffire à soi-même, c’est finalement là que l’on perçoit le plus beau des autres sans trop en demander, et que l’on est capable de donner, sainement, le meilleur de soi. Ces périodes plus sombres, ces difficultés, ont été extrêmement bénéfiques et j’en ai infiniment appris.

Que retiens-tu du Tchad ?

Après 9 années passées ici (à des âges différents), ce pays continue de me surprendre, de m’émerveiller, de me blesser, de m’apprendre. Ma seconde mission de VSI, m’a particulièrement fait grandir. Professionnellement, bien sûr, mais humainement aussi. Ces différents aspects de la vie sont souvent intimement liés, surtout lorsqu’on est dans des zones plus isolées.
Lorsque j’étais plus jeune, je ne jurais que par ce pays pour lequel j’avais un amour inconditionnel. C’était rattaché à mon vécu personnel et l’immense richesse (et les avantages) que cela peut-être d’être enfant d’expatriés au Tchad.
Non pas que ce besoin du Tchad et cet amour ne se soient estompés depuis que j’y suis installée en tant « qu’adulte », mais j’ai appris à mieux connaître ce pays, sa culture, son histoire et ce contexte que je ne maîtrisais que très peu et que j’avais beaucoup idéalisé.
Et comme tout amour, il est aussi capable de faire très mal. Il brusque l’égo, maltraite le cœur et la confiance en soi et en ses propres principes.
On me dit souvent que je devrais partir ailleurs et voir d’autres choses, que certains pays sont beaucoup plus faciles à vivre et à travailler. Mais moi je sens que je ne suis pas encore allée au bout de ce que j’ai à en apprendre.

Quels sont tes projets pour la suite ?

Je reste à Abéché. J’ai été recrutée par ma structure d’accueil en VSI, pour continuer à travailler sur le Programme à un poste plus important. Je suis très contente de poursuivre sur cette voie, car c’est un boulot qui me plait à 200 %. Je ne sais pas encore combien d’années je resterai ici mais j’y ai trouvé un bon équilibre. Je développe en parallèle avec 3 amies d’enfance mon projet Siral Ouroug, qui a pour but de mettre en valeur les pratiques traditionnelles tchadiennes en soin de beauté, médecine naturelle et cuisine, les trois étant étroitement liées. Ces secrets au cœur de la culture tchadienne, seules les femmes les détiennent et les retransmettent. De grands-mères à filles, et de filles à petites-filles. Ces secrets arrivent ainsi à survivre à la modernité. Ce projet est une manière de voir les femmes autrement qu’avec une vision misérabiliste et stéréotypée. C’est une activité complémentaire qui me passionne. C’est important pour équilibrer sa vie de se laisser un temps pour développer ses projets personnels.

Le portrait Chinois de Clémence : Si le Tchad était…

  • Un personnage célèbre : Talino Manu
  • Un animal : un scorpion
  • Un objet : mougbar (petit objet souvent détourné en cendrier mais qui à l’origine sert à faire brûler le charbon, l’encens ou les herbes médicinales)
  • Un plat : hech moula charmout (la boule sauce viande séchée)
  • Une couleur : ocre
  • Une chanson : notre histoire, de Pierrette Adams
  • Un film : Daresalam, de Issa Serge Coelo
  • Un livre : Au cœur de la Transhumance, de André Marty, Antoine Eberschweiler et Zakinet Dangbet
  • Un sport : la pétanque
  • Une marque : Siral Ouroug :)
  • Un métier : éleveur​

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Pour plus de renseignements, contactez l’Espace Volontariats Tchad : ev.tchad@france-volontaires.org