Devaki, volontaire indienne en volontariat de solidarité internationale au Tchad

© Devaki Erande

Pour moi, le volontariat est le fruit d’une conviction, celle de la nécessité d’agir en faveur du respect de l’autre, d’échanges internationaux équilibrés et justes pour permettre à chacun, à chaque culture de trouver sa place dans le monde contemporain". Découvrez le témoignage de Devaki, cette première volontaire indienne en volontariat de solidarité internationale à N’Djamena au Tchad au sein de la Maison de la Petite Entreprise. Elle y est responsable suivi-évaluation et partenariat. Et parallèlement à sa mission elle tient une page Facebook "Humans of N’djamena" où elle publie le portrait de personnes qu’elle rencontre au Tchad.

28/11/2017

Peux-tu te présenter ? Quel est ton parcours ?

Je m’appelle Devaki Erande, j’ai 30 ans et je suis actuellement en mission de Volontariat de Solidarité Internationale à N’Djamena au Tchad. Originaire de Pune en Inde j’ai fait mes études universitaires à Pune (Un BA en sciences économiques et un master en français – traduction anglais – français). Après mon master j’ai été sélectionnée pour travailler en tant qu’assistante en anglais en France pendant un an. Ainsi, j’ai fait mon assistanat à Bourges dans trois écoles primaires. Ensuite, je suis allée à Sciences Po Paris pour faire mon deuxième master, cette fois en Affaires Internationales.

Peux-tu nous décrire tes missions et ton partenaire d’accueil ?

La Maison de la Petite Entreprise (MPE) est une structure d’appui à l’entrepreneuriat créée par l’Association Bet ALNadjah (BAN) qui regroupe en son sein des personnes morales d’horizons divers, issues du secteur privé, du secteur public, de la société civile et du secteur des ONG, décidées à mettre en commun leurs potentialités au service des jeunes entrepreneurs.
Financée par l’Agence Française de Développement (AFD) dans le cadre du Projet PAPE (Projet d’Appui à la Petite Entreprise), la MPE reçoit également le concours privilégié de la mairie de N’Djamena, désireuse d’intensifier son combat contre le chômage des jeunes.
Ainsi, la MPE sensibilise, accueille, oriente, forme et conseille les jeunes porteurs de projet à tous les différents stades de création ou de gestion des petites et moyennes entreprises.
Du développement d’idées au sourcing technologique, en passant par l’étude de marché pour compléter et enrichir l’accompagnement sur les Business Plan, la MPE a développé une gamme complète de services pour renforcer tout type de projet.
A travers un accompagnement sur mesure, l’initiative a pour ambition de professionnaliser les projets et leurs gérants afin de maximiser leurs chances de succès. La MPE dispense ses services en français et en arabe tchadien et a recours à la méthode GERME de l’OIT.
Nous développons en parallèle des modules et formats adaptés à nos populations cibles, c’est ainsi que pour les très petites entreprises, nous utilisons le Business Plan Simplifié.
Pour les projets les plus aboutis et les plus sérieux, elle propose également un accompagnement vers l’accès au financement.
La mission de la MPE est de lutter contre le chômage des jeunes par la sensibilisation à l’entrepreneuriat et l’accompagnement à la création et mise à niveau d’entreprises pour offrir des emplois stables.

En tant que responsable suivi-évaluation et partenariat, mes responsabilités sont les suivantes :

  • Appuyer l’organisation dans le suivi de ses activités de supervision
  • Participer au renforcement de la gouvernance de l’association et à la mise en place d’activités complémentaires dans le respect des capacités et disponibilités des membres
  • Continuer à accompagner le développement du projet, en particulier en matière de partenariats, de communication et de suivi/amélioration continue.

En début de mission, quelles ont été tes premières impressions ?

Franchement, avant de venir au Tchad, j’avais très consciemment décidé de ne pas lire trop sur le pays pour la simple raison que je ne voulais pas avoir des préjugés. Certes, j’avais déjà une idée sur le pays puisque j’avais travaillé sur le lac Tchad dans mon ancien travail. Ainsi, j’étais au courant de la situation précaire de la région. Mais depuis mon arrivé à N’Djamena je vois que les choses ne sont pas aussi maussades. Bien-sûr l’écart entre les pauvres et les riches est énorme. Un tout petit pourcentage de la population a accès aux services de base. Mais ce sont des problèmes d’infrastructures. Quant aux tchadiens je les trouve très accueillants et sympas. Surtout pour moi, puisqu’ils sont amoureux de Bollywood et du coup on a un fort lien commun !
En plus, l’image que j’avais de N’Djamena dans ma tête n’avait rien à voir avec la réalité ! Quand je suis arrivée à N’Djamena, je m’attendais à une chaleur étouffante et des quartiers surpeuplés. Mais ce n’est pas du tout comme cela. J’ai eu de la chance d’avoir un bon climat. Les rues sont bien goudronnées (certes, pas partout dans N’Djamena) et les quartiers ne sont pas aussi peuplés qu’en Inde ou dans d’autre pays d’Afrique que j’ai visité.

Mais niveau culture, je retrouve beaucoup de similitude entre les cultures indienne et tchadienne. L’importance à la famille, les habits, les traditions etc. Je suis amoureuse des pagnes et lafayes (les cousines tchadiennes du Sari indien !) que les femmes tchadiennes portent ici. Les couleurs chaudes et les variétés m’impressionnent. Du coup, étant amatrice des couleurs et de la mode, je me sens plus à l’aise ici à N’Djamena. 

Niveau travail, ma mission est très intéressante. J’ai l’occasion d’assister au développement de l’entreprenariat au Tchad à travers la création et le développement des petites et très petites entreprises. En plus, je suis en contact direct avec la population cible et donc pour moi c’est une très bonne expérience de terrain.

Pourquoi avoir choisi le Tchad ?

En fait, pour moi le travail avait le plus importance et pas le lieu. Du coup, quand j’ai vu que la mission m’intéressait, j’ai décidé de postuler, sans vraiment me demander si le Tchad était une bonne option ou pas !

Que représente le volontariat pour toi ?

Après plusieurs années d’expériences professionnelles, je souhaite aujourd’hui mettre en cohérence mon parcours professionnel et académique avec mes engagements en faveur de l’interculturel, de la culture, et du développement international. Pour moi, le volontariat est le fruit d’une conviction, celle de la nécessité d’agir en faveur du respect de l’autre, d’échanges internationaux équilibrés et justes pour permettre à chacun, à chaque culture de trouver sa place dans le monde contemporain. Sur un plan individuel, cette mission serait également l’occasion d’un enrichissement personnel et professionnel par un travail au contact des populations locales.

Qu’envisages-tu de faire après ta mission ?

À mon retour, je souhaite intégrer des organisations locales ou internationales œuvrant, dans le domaine de la migration et du développement international, en faveur des échanges internationaux, d’une meilleure compréhension de l’autre et du respect des droits humains. J’espère ainsi pouvoir participer au développement et à la mise en place de projets bénéficiant aux populations locales, à leur ouverture et à l’intégration au monde contemporain, dans le respect de leurs différences et de leurs réalités.

Un conseil aux futurs volontaires ?

La mission de VSI est à la fois une opportunité de découvrir un autre monde qu’on ignore et aussi une chance pour se découvrir. Du coup, je conseillerai aux futurs volontaires de prendre toute opportunité qui leur est présentée. C’est une opportunité à ne surtout pas rater ! 

Peux-tu nous en dire un peu plus sur Humans of N’djamena cette page Facebook que tu animes ?

Depuis longtemps, je suis une page Facebook qui s’appelle ‘Humans of New York’. Le photographe a eu une idée très simple : montrer le côté humain des gens autour de nous avec une belle photo, située dans leurs contextes actuels. Quand j’ai quitté l’Inde pour venir travailler au Tchad, j’ai été littéralement bombardée par des questions et des remarques comme : « pourquoi tu veux aller au Tchad ? C’est un pays ? C’est où ? C’est dangereux. La vie va être difficile, pourquoi tu veux aller là-bas ? C’est un pays pauvre, il y a de la guerre et la Boko Haram » etc.

Bien sûr il y a des problèmes, mais les problèmes sont partout. Depuis que je suis arrivée ici, je n’ai rencontré que des gens sympathiques. Personnellement, je crois que dans le monde il y a beaucoup de négativité, surtout de nos jours avec tout ce qui se passe. Du coup, il est important d’être positif et si on peut quelque part essayer d’amener la positivité, ce serait bien. Avec cette idée dans l’esprit et aussi en m’inspirant de la page ’Humans of New York’, j’ai décidé de lancer la page ’Humans of N’djamena’. Sur cette page j’écris des portraits de tchadiens remarquables que je rencontre à N’Djamena. Le but principal était de montrer à ma famille et à mes amis en Inde le côté positif du pays qui n’a pas forcément une image "magnifique" dans les médias. C’était pour leur montrer que la vie quotidienne n’est pas aussi difficile et que les gens ici aussi ont à peu près les mêmes rêves, les mêmes attentes de la vie et les mêmes préoccupations. Puisque le Tchad reste quand même un pays inconnu en Inde, pour moi, ma page me donne une opportunité de faire découvrir des personnes extraordinaires que je rencontre ici et la culture tchadienne à mon peuple en Inde.
Cette page est bien appréciée ici à N’Djamena et aussi entre mes amis indiens et internationaux. Je lance bientôt une série spéciale avec l’UNHCR Tchad sur les réfugiés à N’djamena. En interviewant des gens inconnus, je me fais des amis et pour moi c’est super ! En plus, je ne suis pas aussi « out-going », du coup d’approcher des gens que je ne connais pas et leur expliquer l’idée de ma page m’aide à surmonter quelque part ma timidité…

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Pour plus de renseignements, contactez l’Espace Volontariats Tchad : ev.tchad@france-volontaires.org