L’action d’AGIR abcd en Haïti

Découvrez le focus dédié a Haïti, issu de la lettre d’information n°7 de l’association AGIR abcd.

19/02/2016

Le séisme de 2010 en Haïti a meurtri le pays durablement. Petit pays de dix millions d’habitants, peuple fier d’avoir gagné son indépendance les armes à la main, fier de sa culture. Un peuple qui a connu la dictature et des épisodes politiques chaotiques, des occupations successives, des catastrophes naturelles meurtrières, une dégradation considérable de son environnement et de sa capacité de production.

Spontanément après le drame, la communauté internationale s’est mobilisée et a collecté d’importantes sommes d’argent. Les forces vives de toutes les associations, des plus prestigieuses aux plus modestes, ont répondu présentes. Des réalisations importantes ont administré l’urgence. Des camps ont été installés, des préfabriqués construits, des hôpitaux de campagne installés et la population a reçu les premiers soins. Puis, et c’est le cas pour toutes les catastrophes, le soufflé médiatique est retombé, le focus a quitté la zone et le provisoire s’est converti en permanent. 

  

Qu’en est-il, six ans après, des besoins structurels nécessaires à la reconstruction de tout le pays et au relèvement pérenne de sa population ? L’action menée par AGIRabcd en Haïti, décrite plus loin, se situe dans une démarche de long terme. Elle vise, à la demande de l’administration haïtienne, à former des fonctionnaires de différents ministères, pour les entraîner à travailler ensemble sur des projets d’urbanisme, à devenir un groupe cohérent référent, disposant des mêmes outils et d’un même langage. La reconstruction ne peut se faire qu’avec et par les Haïtiens eux- mêmes.

En Haïti, six ans après le séisme

Un programme de formation continue dans le domaine de l’urbanisme

C’est dans ce contexte que l’UE (Union Européenne), dans le cadre du 10e FED (Fonds Européen de Développement), a financé l’établissement de schémas d’aménagement dans plusieurs communes de la zone la plus touchée par le séisme. Son partenaire local était le CIAT (Comité Interministériel Haïtien d’Aménagement du Territoire), structure légère, dépendant directement du Premier Ministre. En parallèle, une petite partie des sommes disponibles avait été réservée pour assurer un appui inter institutionnel en matière d’urbanisme.

Avec l’appui de la délégation de l’UE en Haïti, le CIAT a initié avec le MTPTC (Direction des Travaux Publics) et le MICT (Direction des Collectivités Territoriales) un projet de programme de formation continue pour vingt-cinq cadres et décideurs, issus de différents ministères, touchant à l’urbanisme. Le but était de constituer un groupe de référence, disposant d’une base de connaissances et d’un langage communs, capable de travailler ensemble sur des projets d’aménagement urbain et sur des textes législatifs ou réglementaires du domaine de l’urbanisme. Ce programme prévoyait dix semaines de formation, étalées sur dix-huit mois, chacune mobilisant quatre formateurs.


Demande faite à AGIR abcd

L’enveloppe globale du projet s’élève à 236 000€

Nous avions connu le CIAT, lors d’une mission de prospection antérieure. En effet, AGIRabcd intervient, sur demande, pour répondre à des besoins temporaires de compétences, exprimés par une structure locale. Ainsi, le CIAT a sollicité AGIRabcd pour mettre en œuvre ce projet de formation, estimant que nous serions le partenaire pertinent.

En effet, au-delà de la mise en œuvre de la formation, nos intervenants bénévoles pouvaient garder des relations avec les participants, continuer à échanger avec eux, et contribuer à développer d’autres projets complémentaires, en fonction des besoins repérés. La délégation de l’UE a privilégié la forme du "Contrat de service à prix unique" passé avec AGIRabcd et piloté par le CIAT en partenariat avec le MTPTC (Ministère des Travaux Publics des Transports et des Communications ) et le MICT (Ministère de l’Intérieur et des Collectivités Territoriales). Ce type de contrat prend en charge les frais de transport et d’hébergement des intervenants bénévoles, la documentation et les repas des participants à la formation, ainsi que les frais d’un secrétariat technique sur place, pendant les dix-huit mois de la durée de la formation. Se sont ajoutés nos frais de gestion, à un niveau fixé par l’UE, et ceux d’un auditeur externe, exigé pour le contrôle des facturations.

MONTAGE DE L’OPÉRATION

L’utilité et l’intérêt de ce projet nous ont très vite paru évidents. L’un des plus grands services à rendre à Haïti est de conforter son administration. De plus, le CIAT s’est révélé un partenaire de qualité, exigeant, motivé et clair sur ses objectifs.

La demande impliquait de réunir des ressources humaines importantes : il fallait trouver, pour chaque session, quatre spécialistes de haut niveau dans les différents domaines de l’urbanisme. Il fallait aussi organiser une cohérence de l’ensemble, en termes pédagogiques, d’organisation et de suivi. Plusieurs adhérents d’AGIRabcd, correspondant aux profils recherchés, ont été d’accord pour s’engager. Mais il a fallu trouver une quinzaine d’intervenants supplémentaires, extérieurs à l’association.

Nous avons contacté des professionnels, retraités ou encore en activité. Et nous avons sollicité des associations pour qu’elles diffusent l’information auprès de leurs adhérents. L’accueil des personnes contactées a été très chaleureux. Nous n’avons eu aucun mal à recruter, y compris des professionnels encore en activité, mais prêts à collaborer bénévolement. Un urbaniste Louis Lhopital, d’ ʻʼArchitectes sans Frontièresʼʼ, a accepté la lourde tâche de la coordination pédagogique. ʻʼUrbanistes du Mondeʼʼ, ainsi que les ʻʼAteliers de Cergy-Pontoiseʼʼ, ont envoyé des volontaires.

Au total, ce sont plus de vingt spécialistes de haut niveau qui ont adhéré au programme, universitaires, pour certains et tous praticiens, dont beaucoup ont travaillé dans des pays en développement. Avec la certitude qu’ils sauront s’adapter au contexte et les intervenants d’AGIR et les participants haïtiens assurer une formation de grande qualité. Le statut « d’adhérent associé » a été attribué aux « non-agiriens », pour remplir les conditions de couverture en matière d’assurances.

Pour le secrétariat technique, nous avons recruté une chargée de mission par l’intermédiaire de France Volontaires. VSI (Volontaire de Solidarité Internationale), elle est titulaire d’un master d’urbanisme. Dans le cadre de sa mission, elle assurera pendant dix-huit mois le secrétariat et la logistique sur place, ainsi que la documentation, les liens avec les institutions, les participants et les intervenants. Le pilotage logistique et financier est assuré par un chef de projet du secteur Amérique Latine-Caraïbes d’AGIRabcd.

APRÈS SIX MOIS, OÙ EN EST-ON ?

Une première mission, en juin 2015, avait pour but de rencontrer toutes les parties prenantes et bâtir la trame du plan de formation.

Les trois premières sessions d’une semaine se sont déroulées en octobre, novembre et décembre, alternant conférences, travail en ateliers, débats et retours d’expérience, visionnage de films concernant l’urbanisme. Dans chaque session, des spécialistes haïtiens interviennent aussi. Une base bibliographique a été créée, qui contient la documentation d’accompagnement et la capitalisation de la formation, ainsi que des documents synthétiques et pratiques pouvant être utilisés par les participants. Dès le début, un fort intérêt s’est manifesté pour cette formation de la part des participants ainsi que des institutions. Chaque session permet de mieux s’adapter aux besoins des participants et d’y répondre. Il est important de transmettre aux intervenants de la session suivante l’ensemble des éléments, notamment concernant les participants et leurs réactions, pour préparer au mieux la suite.

 

Facteurs de risque

L’implication des participants est forte et les conditions d’accueil des intervenants ainsi que leurs relations avec les institutions sont bonnes. Nos bénévoles, de leur côté, sont motivés de façon stable. La difficulté pourrait venir de mésententes éventuelles entre administrations, ou des reports de dates de la part d’Haïti, mais surtout de la période électorale difficile dans un pays qui n’a pas connu d’élections depuis longtemps. Le deuxième tour des présidentielles prévu en janvier, a été annulé et, bien sûr, un tel projet n’est pas à l’abri d’un changement de politique ou de personnel ministériel.

UN PEUPLE COURAGEUX, QUI SE BAT POUR VIVRE
"Y ap bat pou la vi"

Aujourd’hui, la formation a trouvé son rythme et donne satisfaction aux participants dont elle permet l’expression et qui sont engagés dans un processus de travail de production collective. Le montage réalisé avec AGIRabcd permet de s’adapter au mieux aux besoins du demandeur, de tisser des liens qui permettront aux intervenants de garder des relations avec les participants et de continuer à les accompagner à distance. Cette formation garde un caractère expérimental et il est possible qu’elle génère d’autres projets de formation en aval dans le cadre du prochain Fonds Européen de Développement.

  

  

Catherine Gégout

« Deux années de suite, en 2013 et 2014, j’ai passé plus d’un mois en Haïti, en mission de prospection pour le secteur Amérique Latine-Caraïbes d’AGIRabcd. Il s’agissait aller rencontrer des écoles, des hôpitaux, des entreprises, des associations, des administrations, pour connaître leur activité et voir avec eux si la venue d’un professionnel retraité bénévole pouvait leur être utile pour améliorer un fonctionnement, accompagner un projet, former du personnel… Nos interlocuteurs apprécient cette démarche, où l’on ne cherche pas à décider à leur place et qui leur permet d’obtenir un appui précieux pour leurs projets.

J’aime faire ce travail, circuler dans tout le pays, seule et disponible, rencontrer des gens qui essaient de faire quelque chose pour améliorer la situation dans leur pays, découvrir leur dynamisme et leurs difficultés, apprendre d’eux, développer des amitiés. Dans certains cas, ces contacts aboutissent à l’envoi d’un/e retraité/e bénévole qui va leur être utile. Et c’est à la suite de ces missions de prospection que le Comité interministériel d’Aménagement du Territoire en Haïti a proposé de confier à AGIRabcd la réalisation d’une formation continue de 10 semaines sur 18 mois pour des cadres et décideurs de différents ministères impliqués dans l’urbanisme ».


"Les projets de solidarité internationale se préparent longtemps à l’avance. Il faut rencontrer beaucoup d’institutions, de personnes, privées ou publiques, d’associations locales, pour évaluer les besoins, les sélectionner, et retenir celles à qui nous pouvons réellement apporter aide, soutien et solutions durables."

Bilan des actions en Haïti

AGIRabcd intervient en Haïti depuis une quinzaine d’années dans les domaines les plus divers et en différents points du territoire : techniciens pour la construction de logements, d’un centre social, formation de professeurs, de médecins, appui à un programme de gestion des déchets, aide à la gestion d’une commune, formation à la ferme, aide au développement de l’agriculture communautaire, envoi de médecins et infirmières après le séisme, missions d’audit et d’évaluation…

Depuis plusieurs années, la délégation territoriale de l’Hérault mène aussi un projet dans le département des Nippes. Mais cela n’a représenté entre 2003 et 2012 qu’une vingtaine de missions, qui étaient des réponses à des demandes. C’est un résultat relativement faible, parce que, dans ce pays, nous ne sommes pas assez connus. Aussi il a été décidé de réaliser des missions de prospection, en profondeur.

Après la prospection de 2013 plus d’une dizaine de missions ont été réalisées en 2014-2015, dans des structures diverses et sur toutes sortes de métiers : plomberie, électricité, menuiserie, magistrature, enseignement, journalisme, couture, boulangerie... et c’est à la suite de la prospection de 2014 que le programme de formation à l’urbanisme a été confié à AGIRabcd.

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Pour plus de renseignements, contactez par mail communication@agirabcd.org

Crédits photos : AGIRabcd