Migrations et volontariat

La prospective est au cœur de la dimension climatique.

Dimension climatique dans l’espace caribéen

Conférence organisée le 4 décembre 2015 lors de la COP 21 dans le cadre des espaces générations climat et de l’université de l’engagement solidaire au monde initiative portée par France Volontaires. L’objectif de cette séquence était de repenser les migrations dans un espace régional (la Caraïbe) particulièrement touché par le changement climatique, en se demandant à quelles conditions il pourrait se transformer en un espace de circulation dans lequel mobilité rimerait avec solidarité et citoyenneté.

Mobilité et migration : entre gestion des flux et aventure humaine

L’espace caribéen est particulièrement vulnérable. En matière d’environnement et de paysages, les pays qui le composent ont globalement une couverture forestière très dégradée tandis que les bassins versants sont le siège de forte érosion. Alors que le changement climatique est déjà à l’œuvre, les écosystèmes (jardin créole, pêche côtière) sont en crise et la pression sur les ressources accentue la dégradation des conditions de vie. Si la gestion post-catastrophe est loin de tout reproche, les inégalités avant-catastrophe se transforment souvent en drames humanitaires, notamment quant au sort fait aux victimes et aux déplacés après l’épisode climatique.

On ne peut ici qu’effleurer deux problèmes difficiles : le devoir d’hospitalité, le passage des frontières.

Le premier concerne l’accueil de ces « êtres de passage » : alors qu’un droit à la mobilité est de plus en plus revendiqué, la réciproque obligation d’hospitalité n’est pas souvent énoncée.
Le second problème pose la délicate question des frontières et invite à sortir d’une vision statique des territoires comme segmentation de pays séparés pour les concevoir en tant qu’espaces de circulation.

Mobilités et question climatique en Haïti et à Carthagène

  • S’agissant des mobilités, elles sont nombreuses, reposent sur des motivations variées et s’effectuent à des échelles spatiales fort diverses. Selon les cas, les migrations s’effectuent à l’intérieur des pays (comme l’exode rural en Haïti) ou des agglomérations (comme l’installation dans les périphéries de Carthagène), entre pays voisins (comme les déplacements des haïtiens vers Saint Domingue). Elles peuvent aussi être intra-régionales (au sein de l’espace caribéen), inter-régionales (vers le Brésil ou le Québec) ou encore inter-continentales (notamment pour les élites du monde des affaires et des idées).
  • S’agissant de la question climatique, il a été dit qu’en Haïti, et malgré les conséquences désastreuses d’événements récents, elle n’est considérée comme un problème crucial, ni par les États souvent affaiblis, ni par les acteurs socio-économiques, ni même par la société civile, sauf peut-être par les femmes qui, en raison du rôle qu’elles jouent dans la vie quotidienne de leur famille et de leur communauté, en prennent une conscience plus forte.
  • Quant aux migrations liées aux catastrophes écologiques, il semble qu’elles ne soient guère anticipées et que, lorsqu’elles sont advenues, elles soient traitées par les États, qui bénéficient de substantielles aides internationales, sans grande efficacité et sans réel souci de la dignité des migrants.

Penser les migrations climatiques dans l’espace de circulation caribéen

Le changement climatique constitue assurément une indiscutable menace pour les écosystèmes fragiles de la Caraïbe, mais ne peut-on voir aussi dans la capacité d’adaptation des populations une opportunité capable de renforcer une identité régionale permettant d’aborder le problème des migrations climatiques au bon niveau et d’enclencher les nécessaires transitions écologiques. Pour accréditer l’hypothèse selon laquelle la région caribéenne peut devenir un effectif espace de circulation, plusieurs apports de Cédric Audebert peuvent être pris en considération .

Ces constats laissent supposer que, au-delà de ses contours géopolitiques et commerciaux, sa dimension migratoire permet de concevoir la région caribéenne comme un espace de circulation, au sein duquel il est possible d’étudier les migrations climatiques, en explorant des solutions plus souples prenant en compte la dimension humaine de la migration et sa réalité fluide, circulatoire et réversible.


Urgence justice climatique : des réponses citoyennes

Animation organisée le 4 décembre 2015 lors de la COP 21 dans le cadre des espaces générations climat et de l’université de l’engagement solidaire au monde initiative portée par France volontaires, sous forme de flash infos. 

Animé par :

  • Fatima Idhammou (de Sarcelles et consultante-politologue), une mise en dialogue des savoirs professionnels et des expériences vécues de volontariat a permis d’entendre, pour le Mexique,
  • Rubi Tobias (diplômée en anthropologie et étudiante en géographie Université Montaigne Bordeaux)
  • et, pour la Colombie, Nataly Bernal-Para (diplômée de sciences po, spécialisée en sécurité internationale et droits de l’homme),
  • Marine Launier (volontaire avec le CCFD au Nicaragua).

Ces échanges ont conduit à quelques préconisations :

  • reconnaître la force différenciée des femmes, des hommes et des enfants, notamment dans la production des savoirs (vernaculaires ou autochtones), afin de répondre de façon adaptée aux dérèglements climatiques en prenant en compte la variété des situations spécifiques des divers pays ;
  • intégrer la participation des jeunes comme facteur-clé de succès : il s’agit de la première génération qui constate les effets négatifs du changement climatique et qui peut s’engager pour y remédier ;
  • adopter une démarche ascendante impliquant les populations locales et adaptée à la spécificité des contextes (plutôt que les logiques descendantes qu’utilisent d’ordinaire les institutions) ; c’est ainsi que de jeunes colombiens ont pris l’initiative de créer un réseau citoyen à Carthagène lequel, ayant retenu l’attention du ministère de l’environnement, a pu se déployer dans d’autres villes de Colombie. Un autre exemple est celui des madan sara évoqué plus haut. Cette préconisation rejoint aussi celle que promeut l’initiative Nansen.

Le réseau des jeunes colombiens pour l’environnement

Constatant que la Colombie était très vulnérable, des initiatives ont été lancées à Carthagène en 2009, où près d’un quart de la population a entre 14 et 26 ans, dont le point de départ a été la déclaration de jeunes pour le changement climatique1. Par cette déclaration, unique en Colombie, ils ont établi un contrôle citoyen à l’aide d’un « Réseau de jeunes pour l’environnement », dont le but est de surveiller le respect des compromis établis entre les diverses parties.

Concentration des populations au Chiapas

En 2007, à la suite de fortes crues d’un grand fleuve, un important glissement de terrain a détruit tout l’habitat du bassin versant et de la vallée. Le gouvernement de Chiapas, considérant que la principale cause de pauvreté était la dispersion de la population, a regroupé dans un centre urbanisé la population alors répartie dans de petites communautés loin du Centre (et dont l’accès aux services essentiels était difficile). Ce programme se concentre sur les populations les plus affectées par le changement climatique, à savoir les femmes, car ce sont elles qui vont chercher l’eau, s’occupent des personnes âgées et des enfants, mais surtout parce qu’elles font à manger et transforment traditionnellement le maïs (base de l’alimentation mexicaine).

Et quelle mobilisation des jeunes au Nicaragua ?

Marine Launier, ayant passé deux ans au Nicaragua, a découvert la puissance et la motivation des très jeunes à s’engager. Conduisant ses recherches sur le droit des femmes et les violences dont elles font l’objet, elle a participé à beaucoup d’ateliers et d’événements à l’aide de méthodes d’éducation populaire grâce auxquelles les jeunes parviennent à s’impliquer. Selon elle, ces méthodes peuvent être dupliquées pour aborder d’autres causes que le climat (son article, en 2015, à Managua au Nicaragua est consultable en ligne2).

1El Universal. « Texto completo de la declaración », 8 décembre 2009. 
Voir le site CCFD terres solidaires http://ccfd-terresolidaire.org/IMG/pdf/marinelaunier.pdf.

Ces deux vidéos s’inscrivent dans le cadre de l’Université populaire de l’engagement solidaire au monde, initiative portée par France Volontaires. La synthèse des événements réalisées sur la thématique "Migration et changement climatique dans l’espace caribéen : Quelles leçons pour un engagement solidaire au monde ?" a fait l’objet d’une réflexion de Mme Edith Heurgon.


Alternatiba, rencontre-débat 

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Pour plus de renseignements, contactez Alain Raymond : par mail alain.raymond@france-volontaires.org 

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