ODD 16 : paroles de volontaires

Emilie, VSI au Liban

« Je m’appelle Emilie, j’ai 25 ans et j’habite au Liban depuis environ trois ans. Je suis volontaire de solidarité internationale au Liban depuis 1 an et demi, auprès des Sœurs du Bon Pasteur. Cette mission est le fruit du partenariat avec les Apprentis d’Auteuil. Je suis chargée du suivi, de l’évaluation et de la capitalisation d’un projet éducatif pour la construction d’une « paix positive » dans trois des centres des sœurs : un centre socio-éducatif, un établissement scolaire et un foyer de protection pour mineures.

Ce projet est principalement financé par le Centre de Crise du ministère français de l’Europe et des Affaires étrangères. Ma mission consiste à suivre la mise en œuvre de ce projet, en mesurer les impacts et participer à un travail de capitalisation sur les nouvelles pratiques pour une construction profonde de la paix, tels que : des ateliers de sensibilisation entre jeunes de communautés différentes, des cours de théâtre, un travail d’accompagnement auprès de familles en situation de vulnérabilité, etc.

L’objectif est de participer à l’amélioration de la cohésion sociale entre les différentes communautés (Libanais et Syriens, chrétiens, musulmans et druzes) par l’éducation et le renforcement des liens au sein de la famille. Le contexte est délicat, dans la mesure où une partie de la société libanaise peine à refermer ses blessures profondes laissées par la guerre civile (1975-1990) et par la présence de l’armée syrienne au Liban jusqu’en 2005, sans qu’un processus de réconciliation nationale n’ait jamais réellement eu lieu. Cela se manifeste par des tensions entre les communautés, qui certes cohabitent les unes à côté des autres, plus ou moins pacifiquement, mais sans toujours s’accepter ni se tolérer. L’arrivée de réfugiés syriens depuis 2011 (environ un million) n’a malheureusement pas participé à l’amélioration de ce contexte. Les préjugés négatifs à leur égard sont nombreux : ils sont principalement accusés de contribuer à l’insécurité et de perturber le marché du travail.

Dans ce contexte, les Sœurs du Bon Pasteur développent des projets éducatifs, sociaux et de santé, venant en aide aux personnes vulnérables et marginalisées, en particulier auprès des femmes et des enfants, sans discrimination. À travers ce projet mais plus largement dans le cadre de toutes leurs actions, elles œuvrent à mettre un terme aux injustices de la société. Elles agissent tant sur le terrain que lors de la participation à des événements de plaidoyer notamment pour la défense des filles et des femmes, la lutte contre le trafic humain et l’éducation. Ces événements de plaidoyer ont lieu soit dans la région soit à l’étranger – elles ont un statut consultatif en tant qu’ONG auprès de l’ECOSOC, à l’ONU et interviennent dans ce cadre à New York, Genève et Vienne.

Sur le terrain, dans leurs centres socio-éducatifs par exemple, des jeunes de communautés différentes participent ensemble à des activités scolaires (soutien scolaire) et extra-scolaires (travaux manuels, sport, sorties, camp d’été, etc.), tout en recevant un soutien psycho-social si besoin. Ce travail mené auprès des jeunes les aide à transformer les préjugés qu’ils ont parfois en un regard d’accueil et d’acceptation de l’autre tel qu’il est. »

En savoir plus sur Emilie

Ma première année au Liban était une année de césure, une pause entre mes deux années de master. Je me suis engagée en tant que bénévole chez les Sœurs du Bon Pasteur. Je suis passionnée par l’éducation, donc je me suis investie dans les activités de soutien scolaire proposées dans un des centres sociaux de l’association. Par ailleurs, deux matinées par semaine, j’effectuais des tâches administratives au bureau de développement des missions. A côté de mon bénévolat, j’ai suivi des cours d’arabe libanais pour mieux m’intégrer et communiquer. Cette année m’a permis de concrétiser mon désir de travailler dans le domaine de la coopération, en particulier dans celui de l’éducation. Je me suis ainsi inscrite en master 2 spécialisé dans ce domaine, à l’Institut d’étude du développement économique et social (IEDES) de l’Université Paris 1 Panthéon Sorbonne.

Après ma première année, j’ai senti que mon action aurait davantage de sens si elle s’inscrivait dans un cadre long et que je voulais continuer à agir avec les Sœurs du Bon Pasteur. Leur mission me tient particulièrement à cœur : leur engagement auprès des personnes les plus vulnérables s’inscrit dans une démarche porteuse d’un sens profond et la passion qui les anime au quotidien m’inspire pour mes futurs projets. À ce moment précis, les sœurs étaient en train de concevoir ce projet de cohésion sociale et de créer un poste de VSI, par l’intermédiaire de France Volontaires. De mon côté, je terminais mon semestre d’étude et devais réaliser un stage pour valider mon master. J’ai été sélectionnée, ce qui était une opportunité parfaite pour à la fois poursuivre ma mission chez les sœurs, tout en mettant à profit ce que mon master m’apportait. Ce que je préfère dans mon poste, c’est de suivre la mise en œuvre du projet et de voir tout ce qui est développé pour les jeunes et leurs familles sur le plan éducatif et social.

Si j’accorde autant d’importance à l’éducation, c’est que je suis profondément touchée par les injustices et inégalités et que je suis convaincue que l’éducation permet d’impacter directement ces problématiques, grâce à des structures complémentaires au système scolaire. En effet, lorsque des enfants et jeunes n’ont pas de cadre propice pour étudier en dehors de l’école, qu’ils n’arrivent pas à suivre en classe et que leurs professeurs ne peuvent pas les accompagner de près, des lieux où ces élèves peuvent venir faire leurs devoirs et être suivis par des tuteurs, sont de réelles opportunités. Cette mission m’a ainsi permis de mieux affiner : l’accompagnement d’enfants en difficultés scolaires. J’ai compris que je ne pourrais pas travailler à plein temps dans un bureau toute ma vie et que poursuivre dans ce domaine me permettrait de mieux concilier bureau et « terrain ». C’est donc vers cela que je m’orienterai après ma mission, en France pour commencer car les besoins sont grands également.

En savoir plus sur les Sœurs du Bon Pasteur

Les Sœurs du Bon Pasteur sont une congrégation catholique, fondée en 1835 et ayant le statut d’ONG. Présentes dans 72 pays sur les cinq continents, elles agissent particulièrement auprès des femmes et des enfants blessés par les circonstances de leur vie et vivant en marge de la société. Engagées dans la lutte contre la pauvreté, elles accompagnent les personnes dans le besoin et s’associent avec d’autres groupes humanitaires pour améliorer et changer les structures qui portent atteintes aux droits de l’homme, de la femme et de l’enfant. Depuis 1893, les Sœurs du Bon Pasteur sont présentes au Moyen Orient, au Liban et en Syrie où elles se dévouent pour la protection et la défense des droits des femmes, des enfants et des familles vulnérables. 

Découvrez d’autres témoignages de volontaires dans le livret "Volontariat et ODD 16"