Quel rôle pour l’engagement volontaire dans les nouvelles crises humanitaires ?

A l’invitation de France Volontaires, une centaine de personnes s’est retrouvée dans les locaux de l’Institut de Relations Internationales et Stratégiques (IRIS), mardi 26 septembre 2017. Etudiants, candidats au volontariats et représentants d’organisations humanitaires et de volontariats ont pris part à une conférence-débat sur le rôle de l’engagement volontaire dans les nouvelles crises humanitaires. En voici la synthèse :

16/10/2017

Des désirs d’engagement en réponse aux crises multiples

En ouverture de la conférence, Jean Daniel Balme, Délégué Général de France Volontaires, a contextualisé l’intérêt croissant pour l’engagement volontaire dans un monde où les crises sont de plus en plus complexes, nombreuses et récurrentes. Qu’elles soient sanitaires, alimentaires, politiques, militaires, les limites de la notion de crise sont en elles-mêmes très floues. Quand parle-t-on d’urgence ou de développement ? Ces différentes phases cohabitent parfois dans un même pays, ce qui rend le mandat des ONG et la répartition des rôles entre « urgentistes » et « développeurs » moins facile à définir.

Ainsi, des volontaires de long terme, œuvrant sur des projets de développement, se retrouvent sur des terrains de crises et de catastrophes (ouragans, tremblements de terre) et sont amenés à participer à la réponse humanitaire – Jean Daniel Balme a cité pour exemple, l’ouragan Matthew qui a touché Haïti, ou encore le séisme en Equateur, dans la même année 2016. Ces contextes peuvent toutefois remettre en question la présence de ces volontaires internationaux : leur mission initiale ne peut plus être mise en œuvre, leur sécurité physique et psychologique n’est plus assurée. Certains doivent être rapatriés.

Par ailleurs, de nombreux citoyens, français et européens, souhaitent s’engager de façon volontaire et spontanée dans « l’humanitaire » (terme utilisé de façon très générale) pour apporter leur aide aux populations touchées par des crises – en témoignent les demandes reçues par nos organisations dès qu’une catastrophe naturelle est médiatisée. Pascal Boniface, directeur de l’IRIS, a souligné cette dynamique positive : « le fort désir d’engagement prouve l’envie de ne pas avoir que soi-même comme horizon ».
La conférence s’est donc attachée à identifier le rôle possible et les conditions de ces engagements volontaires dans les différents contextes humanitaires.

L’engagement volontaire local, fondement de la préparation et de la réponse

La multiplication des crises montre la nécessité d’une « relocalisation » des ressources et des capacités de réponses. Le « grand bargain » au cours du Sommet Humanitaire Mondial en 2016, a permis la réallocation de financements directement aux acteurs locaux des pays affectés. La priorité est désormais au renforcement des capacités locales de réponses, afin de faire des victimes des partenaires et non plus des bénéficiaires de l’aide.

Forte de son expérience dans l’accompagnement des volontariats nationaux, c’est dans ce sens que France Volontaires a souhaité œuvrer pour renforcer des volontaires locaux durant le projet VolinHA (« Volunteering in Humanitarian Aid »), entre 2015 et 2017. Agnès Golfier, responsable de programmes, en a présenté les résultats : mené avec 8 partenaires de 8 pays différents, ce projet a permis de cibler 112 communautés, de former 490 formateurs et 2272 volontaires selon des besoins identifiés dans chaque pays. Ainsi, la Croix Rouge burkinabé a mobilisé des volontaires sur les premiers secours et les systèmes d’alerte précoce ; ActionAid Bangladesh a renforcé les capacités de volontaires pour apporter un soutien psychologique aux victimes de catastrophes. En Equateur, Caritas a formé ses équipes de volontaires à l’accueil des réfugiés colombiens.

Vénérand Nzigamasabo, Directeur des programmes de la Croix Rouge du Burundi, a expliqué plus précisément le rôle de ces citoyens engagés volontairement dans leur communauté : ils dédient une journée par semaine à porter assistance aux plus vulnérables et à mener des activités de prévention des risques (sanitaires, alimentaires, naturels). Cet impressionnant réseau de volontaires collinaires a été crucial pour répondre aux multiples crises traversées récemment par le Burundi (déplacés internes et dans les pays frontaliers, choléra, inondations, insécurité alimentaire…).

Place et conditions du volontariat international

Il arrive toutefois que les compétences et expertises requises pour prévenir les risques et renforcer le système de réponse aux crises ne soient pas disponibles localement. Dans ce cas, la Croix Rouge du Burundi comme d’autres partenaires du projet VolinHA ont identifié l’intérêt de recourir à des volontaires internationaux. En prévention des catastrophes, ils peuvent échanger leurs pratiques avec les volontaires locaux mais aussi contribuer à améliorer la coordination entre organisations.

C’est ce volontariat international que souhaite mettre en place l’initiative des volontaires européens de l’aide humanitaire (EU Aid Volunteers), lancée en 2014 et qui a financé le projet VolinHA. La Commission Européenne (DG ECHO) ambitionne de financer l’envoi par des organisations de 4000 volontaires en 6 ans, formés et préparés en Europe (30 heures en ligne, 10 jours de formation, plusieurs jours de préparation au siège). Ainsi, La Guilde Européenne du Raid a déjà déployé 26 volontaires en Equateur pour la réduction des risques sismiques. Cela suppose des volontaires sélectionnés pour leurs compétences spécifiques, et des organisations aux procédures de préparation, d’accompagnement et de sécurité renforcées – certifiées par la DG ECHO comme « organisations d’envoi ». Antoine Petibon, chercheur associé à l’IRIS et praticien de l’action humanitaire, a confirmé l’importance d’un tel management pour cadrer l’engagement des personnes au service des autres. C’est la clé de la réussite, pour chacun. Ainsi, la Croix Rouge a mis en place un vivier de volontaires compétents, préparés, mobilisables pour répondre à des urgences. C’est ce que devrait permettre l’initiative EU Aid Volunteers, un engagement cadré, avec des compétences, et mobilisable dans des délais courts et ponctuellement.

Pauline Chetcuti a rappelé que les organisations humanitaires comme Action Contre la Faim ne recourent plus au volontariat international pour répondre aux crises graves. Deux raisons principales : la sécurité des travailleurs humanitaires, mais aussi l’importance de disposer d’expertise et de compétences pour travailler au mieux. N’interviennent dans les crises que des personnes formées aux grands principes humanitaires, qu’il est fondamental de rappeler : « humanité », « indépendance », « impartialité », « indépendance opérationnelle ». L’ambition est celle du professionnalisme du travail humanitaire, qui est nécessaire pour assurer des réponses aux crises de grande ampleur, lorsque les réseaux d’entraide locale ne suffisent pas.

Depuis la salle, Guillaume Nicolas (vice-président du CLONG et directeur de la DCC) a précisé qu’il était délicat d’opposer les volontaires internationaux et les salariés en termes de compétences. Les volontaires apportent une compétence ciblée par les organisations d’accueil. La différence porte plus sur le temps de leur intervention : un temps long, hors des phases de crises. Les volontaires internationaux restent plus longtemps sur le terrain et ont leur place dans la prévention et la réhabilitation post-crise. La DCC a des volontaires dans des camps de réfugiés.

C’est ce qu’a réaffirmé Antoine Petibon : la solidarité internationale, ce n’est pas seulement l’humanitaire d’urgence. Certes, la réponse locale arrive en premier, et la capacité des volontaires locaux doit être renforcée. Mais pour œuvrer à la résilience des populations locales, dans les phases de développement, le volontariat international a toute sa place. Aujourd’hui, ce sont d’ailleurs des volontaires étrangers qui commencent à venir en Europe, pour apporter leurs expériences et leurs pratiques de réponse aux crises de nos pays.

Et concrètement…

Quels conseils donner à des personnes en désir d’engagement international, dans ces conditions ? Pauline Chetcuti insiste sur la nécessité de mettre en avant ses compétences. C’est un secteur concurrentiel, il faut prendre conscience qu’il y a beaucoup de demandes et peu d’offres (1 offre pour 7 candidatures à la DCC). Il faut donc d’abord se préparer, s’engager dans du bénévolat local, mesurer son appétence pour les activités de « terrain » ; participer à des chantiers internationaux ou à une mission de service civique pour « se tester » dans des conditions interculturelles. Comme l’avait rappelé Pascal Boniface en ouverture : un bon projet ne peut être que réfléchi, avant le départ et au retour dans son pays. Les organisations comme France Volontaires sont là pour accompagner ces projets.

En savoir plus sur le projet VolinHA

En savoir plus sur l’initiative EU Aid Volunteers

Consultez les missions du dispositif EU Aid Volunteers

En savoir plus sur les différents types de volontariat à l’international, consulter des mission ou candidater en ligne

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Pour aller plus loin, lire l’article "Quel rôle des volontaires dans les situations de crises prolongées" issu de la Cartographie des engagements volontaires et solidaires à l’international 2017