Séminaire de Cerisy : "Pour l’ouverture, dans un parcours à la fois citoyen et professionnel, de la mobilité solidaire à tous les jeunes"

France Volontaires a organisé un séminaire de réflexion les 25 et 26 mai derniers sur la thématique "Pour l’ouverture, dans un parcours à la fois citoyen et professionnel, de la mobilité solidaire à tous les jeunes". En voici les élements de synthèse.

La démarche engagée par France Volontaires en 2016, en vue de l’ouverture de la mobilité solidaire à tous les jeunes, comporte deux temps : un temps de confrontation et d’enrichissement des savoirs et pratiques en la matière, un retour sur la nouvelle vision du volontariat monde et la démonstration du fait que la mobilité solidaire peut apporter des réponses aux problèmes que se posent les jeunes.

Inscrit dans le premier temps, le séminaire de Cerisy a été conçu comme un moment fort associant divers acteurs oeuvrant dans le domaine de la jeunesse afin d’aborder, sous des points de vues variés, la question stratégique figurant dans l’intitulé de cette note.

Cette réflexion a été l’occasion de préciser et clarifier certains termes, concepts, tels que : le volontariat monde, la mobilité solidaire, l’utilité sociale, le métier, la transition, les territoires d’accueil, l’hospitalité (versus "droit à la mobilité"), la francophonie, le numérique, les ateliers territoriaux, l’université populaire de la mobilité solidaire.

Les points d’entrée du séminaire se situent au croisement de la démarche prospective conduite par France volontaires et des évolutions récentes des politiques publiques concernant la jeunesse.

Conduite depuis 2013 selon l’esprit de l’éducation populaire, la première étape de cette démarche a adopté le principe d’optimisme méthodologique de la prospective du présent et trouvé son point d’orgue avec le DPE (débat prospectif élargi, 6 et 7 novembre 20141). Il a proposé de faire évoluer la conception du volontariat international vers une vision élargie au volontariat monde.

À partir des enseignements obtenus, l’étape actuelle répond à trois objectifs : se mettre (de nouveau) à l’épreuve du réel ; produire de la connaissance partagée et la transmettre ; faire jouer les synergies possibles, se saisir des opportunités pour, changeant d’échelle, apporter des réponses à hauteur des enjeux contemporains.

Parmi les axes de travail choisis par France volontaires pour atteindre ces objectifs, et dans la mesure où les questions liées la jeunesse et à la mobilité sont apparues cruciales dans la plupart des discussions, la question de l’ouverture de la mobilité solidaire à tous les jeunes, dans le cadre d’une nouvelle vision du volontariat monde, s’est imposée.

Les évolutions des politiques publiques concernant la jeunesse

Sans prétendre à l’exhaustivité :

  • le plan priorité jeunesse 2012 qui comporte une douzaine de chantiers, dont le chantier 10 qui traite de la mobilité internationale et européenne des jeunes,
  • l’appel à projets « Jeunesse II » (MAEDI) afin de soutenir des projets de coopération décentralisée en matière de formation professionnelle et de mobilité des jeunes en volontariat 17 lauréats, 1500 K€).
  • l’article du projet de loi relatif à l’égalité et à la citoyenneté : La Nation reconnaît le droit de chaque jeune atteignant à compter de 2020 l’âge de dix-huit ans à bénéficier, avant ses 25 ans, d’une expérience professionnelle ou associative à l’étranger2,
  • la montée en charge du service civique incluant l’international3,
  • la mise en œuvre de la compétence jeunesse du dispositif ERASMUS+4 et l’axe mobilité courte des apprentis,
  • l’évaluation de la politique publique (EPP) sur l’engagement citoyen international des jeunes5,
  • le lancement du programme expérimental européen pour la mobilité longue des apprentis6 (projet pilote porté par le député européen Jean Arthuis, président de la Commission des Budgets).

Enfin, le 30 août 2016, à l’occasion de La semaine des ambassadeurs, le président de la République, François Hollande, préconisait que « Tout jeune devrait pouvoir accéder à un programme européen, réaliser une mobilité pour une formation, pour un emploi, pour un engagement civique, pour découvrir le patrimoine en Europe, pour l’engagement climatique ».

Les enquêtes de la première étape de la prospective, les échanges et les entretiens préalables qui ont été réalisés par Jinov International7 sur les diverses expériences de mobilité des jeunes, ont permis de tirer, selon trois axes, les principales leçons suivantes :

  • être attentif aux évolutions géographiques de la solidarité internationale
    • l’affaiblissement du marqueur Nord-Sud, avec notamment l’essor des pays émergents, la rémanence de la pauvreté et de la précarité (même dans les pays développés),
    • la mondialisation bouscule les cartes, l’international entre dans le quotidien de tous,
    • la nécessité de raisonner local/global, ce qui interpelle le champ de la solidarité internationale encore structuré comme un secteur à part,
    • l’enjeu d’associer tous les acteurs qui accompagnent les jeunes et qui interviennent à l’international ;
  • considérer l’engagement de solidarité internationale au-delà du statut du volontaire
    • la diversité des pratiques des engagements volontaires des jeunes,
    • l’évolution et l’élargissement, à l’intérieur même du volontariat, de l’utilité sociale limitée au terrain à une utilité sociale intégrant l’avant et le retour,
      • nécessité d’associer les apprentissages personnels, citoyens, professionnels dans les capacités à habiter le monde, ici et là-bas,
  • les IPSI, initiatives informelles de jeunes qui partent autrement avec :
    • un engagement personnel qui peut se réaliser sous forme collective,
    • une capacité à mobiliser des réseaux de proximité,
    • une envie de partager avec les gens rencontrés, de faire ensemble,
    • moins une aide qu’un partage, de la réciprocité, du commun ;
  • ouvrir le volontariat monde aux jeunes de milieux et formations plus modestes :
    • ils ont la même soif de découverte du monde, d’une expérience d’aventure (même ceux qui ne partent pas),
    • ils s’engagent fortement dans un parcours de vie auquel la mobilité internationale contribue, sans cloisonner les aspects citoyen et professionnel,
    • ils vivent un conflit de priorités entre « envie de partir » et « urgence de trouver un job », lié à l’environnement social de personnes au revenu et au capital culturels plus modestes.

Les résultats attendus du séminaire

Ils étaient de quatre types :

  • la définition de la « mobilité solidaire » et la clarification de ses apports,
  • une reformulation de la question stratégique partagée par les différents acteurs,
  • l’ouverture de nouvelles pistes d’action et des propositions d’expérimentations à conduire dans le cadre de nouvelles alliances,
  • la mise en mouvement d’acteurs en capacité de conduire les étapes suivantes pour renouveler les pratiques de volontariat et impulser une dynamique susceptible d’être prolongée dans les territoires en associant les jeunes ainsi que les personnes ou organismes qui les accompagnent.

Au terme de ces deux journées d’échanges, on peut dire que des apports ont été produits sur les deux premiers types et que, pour les deux suivants, des contacts permettant une mise en réseau élargie ont été pris. Ils laissent espérer que des progrès substantiels pourront être accomplis dans le deuxième temps de la démarche animée en 2016/2017 par France Volontaires, avec notamment l’objectif de construire progressivement une Université populaire de la mobilité solidaire au monde.

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