Le rôle de l’engagement citoyen à l’international dans l’insertion des jeunes : les apprentissages du projet “Ambassadeurs” (2016-2018)

A l’occasion de la Journée du Volontariat Français, le 1er octobre, dont le thème est cette année « S’ouvrir au monde », France Volontaires et l’Union Nationale des Missions Locales ont présenté à plus de 120 acteurs, les résultats de l’étude du projet-pilote de service civique : « Les Ambassadeurs de l’engagement citoyen à l’international ».

08/10/2018

Débuté en 2016, le projet expérimental « Ambassadeurs » a permis à 98 jeunes, plutôt éloignés des opportunités de mobilité internationale, de s’engager sur une période de 7 mois, dont 4 à l’international. Trois vagues successives de jeunes ont ainsi participé à un service civique dans une vingtaine de pays. Envoyés par 15 Missions Locales, ils ont été accueillis par 20 Espaces Volontariats de France Volontaires. L’objectif pour le volontaire : apporter son appui aux partenaires, vivre l’interculturalité, découvrir, apprendre. L’objectif pour les acteurs : favoriser l’insertion professionnelle du volontaire au retour de sa mission, encourager son désir d’engagement et accompagner le développement de sa citoyenneté.

L’engagement citoyen : tremplin pour la mobilité internationale

Le projet « Ambassadeurs » est né de la volonté de France Volontaires et de l’Union Nationale des Missions Locales (UNML) de démocratiser l’accès à la mobilité internationale et d’encourager la citoyenneté chez les jeunes qui en sont le plus éloignés.

En intégrant le Service Civique à la “boîte à outils” des dispositifs proposés par les acteurs de l’accompagnement des jeunes que sont les Missions Locales, 98 jeunes se sont engagés durant plusieurs mois en Afrique, en Amérique latine et en Asie, renforçant leur pouvoir d’agi, de penser et de choisir leurs parcours personnels et professionnels.

La dimension internationale du Service Civique : accélérateur de l’insertion socio-professionnelle des jeunes

Une démarche évaluative, intégrée au projet, a démontré les apports du service civique, notamment en termes de « savoir-être » et de « savoir-faire ». En effet, les jeunes concernés expriment quasi-unanimement le sentiment d’avoir bénéficié d’avoir vécu tant une expérience de vie qu’une expérience professionnelle. Tous mentionnent les notions de « prise de confiance, prise de conscience, autonomie ». Phénicie, ancienne Ambassadrice, engagée au Cambodge, témoigne :

« Cet engagement a développé en moi une ouverture au monde, et une forme d’altruisme. Mais c’est aussi valable pour les autres volontaires du projet, ils sont plus intéressés par l’actualité, notamment l’actualité du pays où ils ont réalisé leur mission. De mon côté, depuis cette expérience, je suis encore plus attirée par l’inconnu, l’autre, la différence, j’ai envie de voyager, j’ai pris énormément confiance en moi. Désormais, je sais que je peux sauter des barrières, certaines choses qui me semblaient impossibles avant ne le sont plus. J’ai de nouvelles idées, je me sens plus débrouillarde, j’ai gagné aussi en maturité, je le sens. »

Depuis Phénicie a trouvé sa voie professionnelle, elle s’est inscrite à l’école d’infirmière de Strasbourg et est entrée en seconde année. Le Service Civique mené dans le cadre du projet “Ambassadeurs” constitue un « accélérateur » du parcours d’insertion sociale, lié au caractère immersif de l’expérience. Le fort décentrage – y compris culturel, la confrontation avec des réalités sociales difficiles ou encore la gestion de situations concrètes forment un exercice d’autonomie “complet” à la fois structurant et valorisant2 et constituent un temps de réflexion et d’orientation.

Serge Kroichvilli, délégué général de l’Union Nationale des Missions Locales l’affirme : « Ces missions d’engagement citoyen à l’international sont des accélératrices d’autonomie des jeunes ». En effet, Phénicie n’est pas la seule. A l’issue de leur engagement, 14 % des jeunes recherchent un emploi, 17 % ont un emploi court, 21 % sont en emploi long, 34 % en formation et 14 % de nouveaux engagés dans un dispositif de volontariat. Pour exemple, à Montpellier, sur les 12 jeunes ayant participé au projet, 11 ont repensé leur parcours à leur retour : réorientation, reprise d’étude ou de formation, emploi pérenne, retour dans le pays partenaire. Un dynamisme souvent accompagné d’un engagement associatif.

Les impacts concernent aussi bien les plan professionnel que personnel : 62 % des individus reconnaissent avoir moins de préjugés qu’auparavant sur le pays ou sur le continent où ils sont partis ; 55 % sont davantage conscients des opportunités qui existent en France et auxquelles ils peuvent accéder, 66 % ont acquis des compétences qu’ils vont pouvoir utiliser dans leur vie professionnelle, 59 % estiment avoir plus de facilité à communiquer et à dialoguer avec l’entourage, 59 % ont appris à se débrouiller par eux-mêmes et 55 % ont davantage confiance en eux.

L’expérience de Service Civique dans sa dimension internationale joue également un rôle positif dans le processus d’insertion professionnelle du jeune concerné. Sur le CV, à niveau de diplôme et d’expérience équivalent, l’expérience de mobilité internationale est un critère observé par les recruteurs et employeurs. Elle est un gage d’autonomie et de capacité d’adaptation au point de former une composante essentielle de la notion de compétence ; 6 employeurs sur 10 privilégiant les compétences comportementales par rapport aux compétences techniques3.

Frédéric Bouerie, élu de la Chambre de Commerce et de l’Industrie (CCI) de Saintonge confirme que les trois quarts des jeunes qui ont été impliqués dans le projet sont aujourd’hui en situation « active » (en emploi ou en formation), alors que trois quarts d’entre eux étaient en « pause » avant leur engagement. Car l’expérience fait la différence, tant sur le CV que sur la personnalité : « Je vois vraiment que le nombre de coups de fil des recruteurs a fait un bond par rapport à avant ! » avait confié Damien, Ambassadeur au Togo. En effet, l’expérience se révèle un facteur d’épanouissement, de dynamisme, de motivation et surtout de confiance en soi. 98 % souhaitent même poursuivre leur engagement associatif en France ou à l’international à leur retour !

Quelles perspectives ?

Sur les territoires concernés le projet a fédéré des acteurs hétéroclites : collectivités, établissements publics (hôpitaux), structures privées (clubs entreprises) et associations de solidarité (locales, nationales, internationales). Parce qu’elle constitue un vecteur d’attractivité sur place et répond à l’enjeu de l’insertion sociale, la dynamique de collaboration vertueuse initiée par le projet pourrait être répliquée dans le cadre de coopérations de territoire à territoire développée par les collectivités, tels que les jumelages ou encore la coopération internationale au niveau des régions.

C’est pourquoi France Volontaires et l’Union Nationale des Missions Locales, avec le concours de leurs réseaux de partenaires, souhaitent poursuivre et étendre le projet “Ambassadeurs” à l’ensemble du territoire national, auprès d’autres acteurs de l’éducation populaire, de l’insertion et de l’accompagnement de proximité.

Rassemblés ce 1er octobre, ces acteurs se sont réunis en 5 ateliers afin d’échanger les bonnes pratiques et répondre à des questionnements divers : montage financier, mise en œuvre de partenariats, identification des jeunes, identifications des missions, valorisation de l’engagement dans le parcours d’insertion des jeunes…

Pour Jean-Daniel Balme, Délégué général de France Volontaires, l’enjeu est désormais de débloquer les freins, notamment financiers, et d’encourager la démultiplication de ce projet à toutes les échelles, notamment à travers le principe de réciprocité, qui permet l’accueil en France de jeunes des pays partenaires.

Téléchargez la synthèse de l’étude.


Le projet

Les Ambassadeurs de l’engagement citoyen à l’international » est un projet de Service Civique à l’international pour tous, co-piloté par France Volontaires et l’Union Nationale des Missions Locales.

Dans une perspective d’insertion sociale, professionnelle et citoyenne sur les territoires, le projet "Ambassadeurs" a permis, depuis 2016, à 98 de jeunes de moins de 26 ans, de réaliser un engagement de Service Civique en Afrique, Asie et Amérique Latine, et à 8 jeunes des pays partenaires d’effectuer également leur mission de service civique en France, contribuant ainsi à plus de réciprocité dans le volontariat.

Un outil d’évaluation a été développé et utilisé durant le projet, avec pour objectif de permettre aux jeunes volontaires de mieux agir sur leurs parcours