#8mars, épisode 2 : De l'exclusion, à l'inclusion, le projet LP4Y, aux Philippines

Construit sur une décharge à ciel ouvert, le bidonville de Tondo, à Manille, concentre toutes les misères : insalubrité, violence des gangs, drogues, alcoolisme... Nous retrouvons Benoit et Constance, volontaires de solidarité internationale, en mission durant deux ans dans un centre de formation pour jeunes mamans. Le centre est géré par LP4Y, partenaire de la DCC. Il propose des formations dédiées aux jeunes habitantes.

05/03/2019

Construit sur une décharge à cielouvert, le bidonville de Tondo, à Manille, concentre toutes les misères : insalubrité, violence des gangs, drogues, alcoolisme… Nous retrouvons Benoit et Constance, volontaires de solidarité internationale, en mission durant deux ans dans un centre de formation pour jeunes mamans. Le centre est géré par LP4Y, partenaire de la DCC. Il propose des formations dédiées aux jeunes habitantes.

Le projet LP4Y

Life Project 4 Youth a pour objet l’insertion professionnelle et sociale de Jeunes en situation de grande précarité et frappés d’exclusion dans le monde.

A l’origine du projet LP4Y, un constat général sur la situation catastrophique d’un nombre croissant de Jeunes exclus dans le monde et une étude de terrain. Pendant un an, la rencontre de Jeunes qui survivent dans la rue, des grandes villes de 23 pays autour du monde, a montré que ces Jeunes avaient un grand nombre d’aptitudes identiques à celles des entrepreneurs ! Il suffirait de créer des incubateurs qui feraient éclore ces talents pour les inclure dans le monde décent …

Un groupe d’amis, d’entrepreneurs et de Jeunes, en Europe et aux Etats-Unis, ont créé Life Project 4 Youth, une organisation 100% dédiée à l’intégration de Jeunes issus de la grande pauvreté et victimes d’exclusion. Le pari consiste à installer à proximité des bidonvilles, des incubateurs de projets entrepreneuriaux, les Life Project Centers – LPC – pour accompagner les Jeunes jusqu’à leur insertion professionnelle et sociale.

Le projet LP4Y aux Philippines

Les programmes sont organisés autour de groupes de 15 jeunes filles. Chaque groupe poursuit un projet entrepreneurial. Le groupe coaché par Benoît produit et vend des lanternes électriques. Ces lanternes permettent aussi de lutter contre la dangerosité du réseau électrique dans les bidonvilles, responsable de nombreux incendies. Le groupe coaché par Constance est organisé autour de la vente directe de produits aux commerces de proximité.

Pourquoi avoir créé un spécifiquement dédié à de femmes ?

Benoît : Au moment de créer ce centre, les fondateurs de LP4Y, partenaire de la DCC, ont été frappés de voir le nombre de jeunes femmes qui vivaient seules avec des enfants. La plupart n’avaient pas de travail et vivaient de prostitution plus ou moins occasionnelle. Elles sont tombées enceintes, souvent très jeunes, dès 12 ans pour certaines, par ignorance, parfois à cause d’un viol. C’est à ce moment-là qu’elles sombrent dans la grande pauvreté. Elles cessent d’aller à l’école, elles sont chassées par leur famille et elles se retrouvent à la rue.

Constance : Le centre vise à leur redonner une formation pour qu’elles puissent se réinsérer socialement et professionnellement. Pour leur permettre de suivre la formation, une nurserie a été installée dans les locaux. Les jeunes mamans, qui s’en occupent à tour de rôle, apprennent ainsi à s’occuper de leur enfant, à les soigner, à bien les nourrir.

Les jeunes femmes du centre suivent un programme dédié. Observe-t-on des différences avec les programmes mixtes ?

Constance : Par rapport à ce qui peut être observé dans les centres qui accueillent des garçons, elles sont beaucoup plus assidues. Elles sont très motivées parce qu’elles veulent s’en sortir pour offrir une vie meilleure à leurs enfants

Benoît : Mais c’est aussi un trait lié à la condition des femmes philippines. Celle-ci est ambivalente. D’un côté, la société est très machiste et violente à leur encontre, et dans le même temps la société est assez matriarcale. Ce sont les femmes qui s’occupent de tout à la maison et ce sont elles notamment qui gèrent tout ce qui a trait à l’argent. Il n’est pas rare, par exemple, que ce soient les épouses qui aillent chercher directement la paie de leur mari.

Comment leur redonnez-vous confiance en elles ?

Constance : Ces filles sont de grandes blessées de la vie. Plus que d’autres, on leur a fait comprendre qu’elles ne valaient rien. Un axe clé de la pédagogie du centre, pour les motiver et leur redonner confiance en elles, est de les tirer par le rêve. Elles sont invitées à définir un projet en expliquant ce qu’elles voudraient être. Un bilan individuel est dressé chaque semaine au moment de la paie. Les progrès et l’avancement dans le programme sont régulièrement actés par des remises de diplômes. Elles sont extrêmement fières de ces cérémonies.

Visitez le site de LP4Y France 

Visitez le site de LP4Y international

Visitez le site de la DCC

Interview réalisée par la DCC et publiée dans la lettre d’information de la Délégation Catholique pour la Coopération, le 22 avril 2018.