Une mission de terrain avec Paul, volontaire pour la préservation de la biodiversité marine et côtière de Mauritanie

Dans le cadre de la Journée Mondiale de l’Océan, France Volontaires a été invitée à participer à une activité de sensibilisation auprès d’une école à Nouadhibou sur l’importance de l’environnement. Cette activité a été conduite par Paul Messialle, volontaire en appui au Fonds Fiduciaire du Banc d’Arguin et de la Biodiversité Marine et Côtière de Mauritanie, BACoMaB. À cette occasion, l'équipe de France Volontaires en Mauritanie a mené un entretien avec lui sur son ressenti, l’impact de cette action auprès des participants ainsi que sur la communauté et la protection de la biodiversité côtière en Mauritanie.

01/07/2021

Bonjour Paul, peux-tu d’abord nous expliquer avec tes mots en quoi consistait cette mission terrain ?

En fait, le Ministère de l’Environnement et du Développement Durable de Mauritanie a pour habitude de célébrer, chaque année, les différentes Journées Mondiale de l’Environnement qui s’étalent du 5 au 9 Juin, dont la Journée Mondiale de l’Océan, JMO, fait partie. Le BACoMaB, pour qui je travaille est en partie sous la tutelle de ce Ministère, et, depuis deux ans a entrepris de célébrer cette JMO dans le cadre du programme ministériel, car le BACoMaB est un acteur important pour la préservation de la biodiversité marine et côtière de Mauritanie, et se doit de célébrer cette journée. Le but est de faire une action marquante à la fois pour sensibiliser des jeunes sur l’importance de la mer et du littoral, donc faire de l’éducation environnementale, et mettre en avant le rôle du Ministère et du BACoMaB, dans le paysage de la conservation en Mauritanie.

Cette année nous avons décidé de mener l’activité de célébration à Nouadhibou avec trois ONG que l’on connaît : le Bouclier de la Baie de l’Étoile, PAMIE, et le Regroupement de la Jeunesse de Nouadhibou. Notre choix s’est porté sur le site de la Baie de l’étoile, qui est un concentré de biodiversité marine avec où on trouve des herbiers marins, une rivière à spartine, beaucoup de poissons et d’oiseaux.

L’action était assez simple, il s’agissait de sensibiliser les élèves du lycée El Weva Tarhill, qui est très proche de la Baie de l’Étoile, à l’importance du site et de sa préservation. En menant une action de nettoyage avec les élèves nous visons à leur faire comprendre l’impact négatif des déchets plastiques sur l’écosystème marin et plus particulièrement sur la Baie de l’étoile.

Pourquoi avez-vous choisi des écoles pour cette mission de sensibilisation ? Selon vous, quels impacts cette sensibilisation auprès des élèves peut-elle avoir ?

Je pense que dans l’esprit de beaucoup de personnes, les questions d’éducation environnementales sont considérées comme une activité purement « scolaire ». On a beaucoup répété ces dernières années qu’il faut partir en bas de l’échelle, avec l’idée que si on sensibilise bien les enfants, ils vont pouvoir faire un peu la police autour d’eux avec leurs entourages et leurs parents. Avec ce qu’ils ont appris, ils seront à même d’être acteur de changements dans la société. En réalité, un bon programme d’éducation environnementale c’est un programme qui cible différents niveaux de la société en même temps : différents âges, différents milieux scolaires et professionnels, mais ça demande de mettre en place une vraie stratégie de sensibilisation qui peut être très compliquée pour toucher des étudiants, des travailleurs, ou des personnes au foyer. C’est plus facile d’avoir un contact efficace avec des élèves, c’est facile de faire un lien entre les activités d’éducation environnementale et le programme scolaire pour les directeurs d’établissement. Les enfants dès qu’on leur propose une activité, ils vont être rapidement enthousiastes et réceptifs, donc oui, travailler à ce niveau c’est nettement plus simple que de sensibiliser des professionnels de la pêche ou des industries extractives par exemple.

Néanmoins, ce qui est intéressant avec nos ONG partenaires, c’est qu’ils avaient l’intention d’aller voir aussi les pêcheurs au port artisanal de Nouadhibou dans le cadre de la Célébration de la JMO ; ils n’ont pas pu le faire car l’arrêt biologique pour la pêche a démarré quelques jours avant notre événement, c’est à dire qu’on est dans la période où la pêche artisanale va en grande partie cesser pour laisser certaines espèces se reproduire, et renouveler naturellement les stocks de poissons. De fait les pêcheurs saisonniers ont quasiment tous déserté le port et ne vont revenir qu’à partir du mois de Novembre, lorsque la pêche artisanale va reprendre de manière intensive.

On espère que d’ici la fin de l’année, on aura une action complémentaire à celle qui a été faite en Juin, sans la partie célébration comme pour la JMO, et uniquement focalisée sur les résultats et l’impact qu’on peut avoir sur ces pêcheurs pour limiter la pollution de l’océan par le plastique. On va attendre le retour d’expérience au sein du BACoMaB pour préparer ça. Ça serait vraiment bien de profiter de l’enthousiasme et de la volonté de ces personnes à Nouadhibou pour vraiment capitaliser l’expérience qu’on a eu sur ces différentes actions d’éducation environnementale pour essayer d’avoir un programme d’éducation environnementale plus pertinent, et que du coup le BACoMaB soit profondément implanté dans la société civile de manière durable, avec une sensibilisation de qualité, ça ferait d’une pierre deux coups : un impact réel sur la société Mauritanienne et une bonne visibilité pour le Fonds.

Nous avons pu participer aux actions sur la plage, mais les enfants ont-ils été sensibilisés préalablement à ces actions d’éducation environnementale ?

Les ONG ont fait une action de ce type avant, dans les classes, et ils vont en refaire une juste après le nettoyage. Je pense qu’ils ont vraiment l’intention d’avoir un partenariat durable avec les différentes écoles pour continuer cette sensibilisation-là, et nous, c’est quelque chose qu’on va continuer à suivre de manière informelle, parce que c’est important pour le BACoMaB de s’ancrer plus profondément dans ces problématiques-là, car actuellement ce genre d’action est un peu pris à la légère par les plus hauts responsables, alors qu’en fait ça peut avoir un impact très intéressant sur la préservation de l’environnement. Ça serait bien qu’on ait un suivi avec des indicateurs un peu plus mesurables, par exemple au niveau du comportement des élèves, sous forme de questionnaires ou d’enquête, ou bien par des visites régulières de gens qui retournent dans les quartiers où vivent les gens qui ont été sensibilisés pour voir, demander ce qu’ils ont changé dans leurs habitudes par rapport aux déchets, à leur consommation, à leur environnement naturel proche, ce genre de chose.
Il faut prendre conscience que l’éducation environnementale fait partie des tâches ingrates. On investit du temps et des moyens et le retour sur investissement n’est pas immédiatement visible sur l’environnement, ça se voit sur le long-terme.

Est-ce que dans ta mission de volontariat, tu fais beaucoup de déplacement de terrain ? Est-ce qu’elles t’apportent un plus dans ta mission ? 

Cette mission était vraiment particulière, c’est la seule de ce type depuis que j’ai commencé.
Les missions que je fais au Banc d’Arguin et au Diawling d’habitude sont de deux sortes, car j’ai une double casquette. Les premières sont les missions officielles de suivi, c’est à dire qu’en tant que chargé de suivi-évaluation, il faut aller voir comment se passe la mise en œuvre sur le terrain des projets subventionnés, pour voir si ce qu’on observe est conforme avec ce qui nous est rapporté à la Direction Exécutive du Bacomab, voir si les subventions sont bien employées, si les activités subventionnées fonctionnent bien, si elles sont pertinentes par rapport au contexte d’intervention. Ces missions délivrent un résultat assez mitigé, parce qu’on part en délégation et nous sommes attendus et accompagnés. On passe à côté de pas mal de choses comme ça, on obtient beaucoup plus d’informations en venant de manière moins officielle sur le terrain, et c’est là où ma deuxième casquette intervient. En tant que naturaliste, biologiste, et ornithologue amateur, ça m’arrive d’être sollicité par les parcs et de venir appuyer certaines activités, parfois hors cadre de la subvention BACoMaB. Ça permet de renforcer la coopération avec eux contre des services rendus en quelques sortes, et comme je pars seul j’ai une certaine liberté pour observer des choses qui nous intéressent. C’est le cas lorsque je suis invité à participer au dénombrement international annuel des oiseaux d’eau dans les deux parcs, ou à assister au Conseil Scientifique du Banc d’Arguin. La mission phare que j’ai réalisée, a été un appui technique à la gestion de la grippe aviaire au Parc du Diawling en début d’année, pour aider les équipes de nettoyages des sites contaminés. Je suis très facilement incorporé dans ce genre d’activités parce que la situation des parcs fait que c’est très pour eux d’avoir du personnel supplémentaire motivé et à moindre frais. J’effectue ces missions avec grand intérêt et plaisir, c’est une satisfaction de filer un coup de main au personnel de terrain. Mon travail est d’abord une mission de volontariat, si on n’y va pas pour faire ça, pourquoi on part ?

Pour finir, est-ce que tu as une anecdote, ou un moment insolite qui t’es est arrivé durant une mission terrain, à nous partager ?

Avec ma collègue CIM on est parti assister au Conseil Scientifique du Banc d’Arguin au mois de Mai dernier. En marge du conseil, on a accompagné une mission scientifique au niveau de la lagune de Bellaat, qui s’est créée il y a quelques années suite à l’ouverture d’une brèche dans le cordon littoral juste en dessous du Cap Sainte-Anne, tout à fait à la limite nord du parc du Banc d’Arguin, et qui est un site exceptionnel pour mesurer les effets du changement climatique sur le littoral. Nous sommes donc partis là-bas avec une partie des membres du conseil scientifique, et avec Ester Serrao et son équipe, une chercheuse de l’Université de l’Algarve au Portugal, qui travaille sur les herbiers marins au Banc d’Arguin. Nous sommes partis en voiture avec une réserve de carburant pour pouvoir utiliser la vedette de surveillance maritime basée au Cap Sainte-Anne pour effectuer une mission le jour d’après autour du village d’Agadir sur l’île d’Arguin. Comme l’équipe embarquée devait être assez nombreuse, les agents du PNBA ont appelés une vedette plus grande en provenance d’Iwik le jour-même et  qui est arrivée dans la nuit. A ce moment de l’année il se trouvait que, à cause de contraintes logistiques, le poste de surveillance maritime du Cap Sainte-Anne était à court de carburant. Comme ce poste est proche de Nouadhibou, les pêcheurs savaient que les équipes de la Garde Côte Mauritanienne et du PNBA n’avaient plus de carburant pour sortir, et au petit matin quatre pirogues sont entrées dans les limites du parc pour pêcher, alors que c’est interdit, pensant qu’ils ne craignaient aucun risque d’arraisonnement. Sauf qu’avec le carburant amené par l’équipe de chercheurs, les deux vedettes de surveillance ont directement pris la mer pour arraisonner les quatre pirogues. Les chercheurs, compréhensifs ont laissé le carburant aux équipes de surveillance et ont décidé de rallier Agadir par la route, et une fois arrivée à Agadir dans la journée, nous étions en train de faire les relevés dans les herbiers, quand on voit apparaitre les deux vedettes qui transbordent une cinquantaine de pêcheurs dans une pirogue jusqu’à Agadir pour leur faire signer les amendes avant de les ramener au goudron à l’extérieur du parc. Comme les vedettes sont arrivées à Agadir avec les chercheurs on a pu faire les relevés par dragage comme c’était prévu.

Donc pour résumé l’anecdote, c’est assez cocasse parce qu’en temps normal il n’y a qu’un seul équipage et une seule vedette à Sainte-Anne, et les pêcheurs qui pensaient pêcher tranquillement ont été bien surpris de voir deux vedettes les surprendre. Donc un beau concours de circonstance pour un beau coup de filet, parce que pour les pêcheurs ça ressemblait à une embuscade alors que rien n’était prévu et que c’est juste la venue d’Ester qui a fait qu’il y avait deux vedettes et plus de pénurie de carburant à Sainte-Anne. On s’était tous dit que c’est une tactique que devrait employer de temps en temps la garde côte, fait croire qu’il n’y a pas de carburant et sauter sur le râble des pêcheurs qui entrent dans le parc, parce que pour le cas c’était très efficace !

C’est un exemple typique des missions d’appui technique dont je parlais, à la base on est juste parti pour appuyer les chercheurs sur le terrain, et au final on a pu voir de A à Z comment fonctionne, ou ne fonctionne pas, le dispositif de surveillance maritime au Banc d’Arguin. C’est la magie du terrain qui a été en notre faveur.

France Volontaires en Mauritanie