Alexandra, volontaire pour l’ambassade de France au Tchad

© Espace Volontariats Tchad

27/11/2018

Qu’as-tu fait avant ta mission de volontariat de solidarité internationale ?

J’ai étudié les Lettres modernes et j’ai obtenu un master en affaires internationales en sciences politiques. Côté expériences professionnelles, j’ai fait un premier stage en Israël pour Planet finance, une ONG de microcrédit. Ensuite, j’ai travaillé à l’OCDE pour le magazine OCDE Observer, puis sur le rapport d’efficacité de l’aide au développement. J’ai aussi réalisé une mission pour la cellule plaidoyer d’Action contre la faim sur les financements et la sécurité alimentaire.

Pourquoi avoir choisi de partir comme volontaire de solidarité internationale ?

Je me suis intéressée à France Volontaires parce que je voulais aller sur le terrain et que ce n’est pas simple d’obtenir une mission avec une ONG sans expérience. C’était une bonne porte d’entrée. L’association est implantée dans beaucoup de pays et propose des missions très différentes. Le fait que ce soit une organisation laïque me plaisait aussi.

Peux-tu nous parler de ta mission ?

J’ai travaillé à l’ambassade de France au service de coopération et d’action culturelle, en tant que gestionnaire du dispositif "Projets innovants des sociétés civiles et coalitions d’acteurs" (PISCCA). C’est un programme qui existe dans plusieurs pays en développement pour financer des petits projets de développement d’organisations de la société civile. Au Tchad, le PISCCA existe depuis 20 ans et j’ai donc succédé à une longue lignée de volontaires !
J’étais en charge du suivi des projets (une vingtaine de projets sur une enveloppe de 3 ans) et je m’occupais de présélectionner les nouveaux projets. J’animais également un volet formation pour renforcer les capacités des structures financées. Et puis j’ai eu d’autres tâches comme la rédaction de notes thématiques sur des sujets de société ou la coordination du projet « le Tchad dont nous rêvons » auprès des enfants pour leur demander quelles sont leurs recommandations sur l’avenir de leur pays.

Quelles étaient tes conditions de vie ?

Je me suis estimée bien lotie. J’ai habité dans une des résidences de l’ambassade, en colocation avec une autre volontaire, puis seule dans un studio. Sur les derniers mois de ma mission, j’ai demandé à rejoindre d’autres VSI dans une maison.
Pour les déplacements, j’ai eu au début pas mal de difficultés avec une vieille voiture, mais j’ai finalement récupéré une voiture fiable et fidèle ! J’ai été assez chanceuse car tous les volontaires n’ont pas de voiture alors que la moto n’est pas conseillée et qu’on ne peut pas marcher à pied.

Quels sont tes meilleurs souvenirs ?

Mes missions. J’ai pu partir sur le terrain. Je suis allée à Moundou, à Mongo, à Faya (pendant 4h, en déplacement avec les militaires, c’était dingue !), à Sahr, à Abéché, à Farchana dans un camp de réfugiés… j’ai eu beaucoup de chance de pouvoir me déplacer autant et de voir des régions aussi différentes du Tchad, ce n’est pas donné à tout le monde.
Notre excursion au Parc national de Zakouma organisée par France Volontaires était aussi un super moment. C’était génial de partir à l’aventure avec tous les volontaires.

Quelles ont été tes plus grandes difficultés ?

Si je résume, la plus grande difficulté a été l’adaptation au début. Je m’imaginais pouvoir m’adapter facilement, parce que j’avais déjà voyagé dans d’autres pays, et finalement j’ai trouvé cela assez difficile. C’était la première fois que j’allais en Afrique subsaharienne, que je travaillais pour une ambassade, je ne connaissais pas cet univers, je n’avais pas de repères, je me sentais « larguée », et il faisait beaucoup trop chaud ! Mon gros point d’appui a été le fait que nous sommes très soudés entre volontaires

Qu’as-tu appris et qu’as-tu transmis durant ton expérience ?

Je ne sais pas par où commencer ! J’ai appris énormément, à tous niveaux. Ce que je vais retenir, c’est de vivre dans un pays aussi différent du mien. C’est un système de valeurs tellement différent. Il y a des coutumes et des habitudes qui choquent parfois. Dans certains projets de développement des bailleurs occidentaux, il y a une volonté d’imposer une manière de voir les choses. Mais si on transpose cela, si des étrangers venaient en France nous sensibiliser sur certaines de nos coutumes, ce serait très mal pris ! Cela m’a ouvert l’esprit, de pouvoir me dire « même si cela me choque, ça reste une tradition et ce n’est pas à nous d’imposer autre chose ».
Je pense avoir transmis quelque chose aux bénéficiaires des projets du fonds PISCCA. J’espère leur avoir donné un cadre, des connaissances et des outils qui pourront les aider sur d’autres projets, leur être utiles par la suite.

Que retiens-tu du Tchad ?

Ce qui va me rester, c’est l’expérience de vie en communauté, le coté village de N’Djamena. J’ai trouvé cela parfois étouffant mais j’ai beaucoup aimé. Humainement, c’est dense. Les rapports humains sont intenses et ma vie ici reposait beaucoup là-dessus.
J’ai eu parfois l’impression de faire des bonds dans le temps. Je n’avais jamais vu autant de pauvreté mais j’ai surtout été marquée par le côté parfois fataliste de la population tchadienne. Et en même temps, il y a toujours des gens motivés, qui ont envie, qui se bougent. Ils savent qu’ils sont dans une situation difficile mais ont envie de faire plein de choses. Nous, on peut avoir dix fois moins de contraintes mais baisser les bras beaucoup plus vite.

Que vas-tu ramener ?

Des pagnes !

Quels sont tes projets pour la suite ?

Passer un petit moment en France, pour faire des choses simples qui m’ont manquées, comme marcher ou manger des sushis ! Juste le temps de me dire « c’est sympa mais j’ai envie d’autre chose »… et repartir à l’étranger. Pourquoi pas en Afrique, mais dans un autre pays que le Tchad. Idéalement, j’aimerais travailler pour une ONG sur de la mise en œuvre de projet.

Le portrait chinois d’Alexandra

Si le Tchad était…

Un personnage célèbre : Kellou Bit al Diguel

Un animal : un âne

Un plat : la sauce karkandji

Une couleur : sable

Une chanson : Marry me de Yemi Alade

Un film : Un homme qui crie de Mahamat-Saleh Haroun

Un sport : la pétanque

Un mois de l’année : juillet

Une marque : Toyota (référence à son fidèle destrier)