Regards croisés sur le volontariat.

30/04/2018

Pierre est Volontaire de Solidarité Internationale comme directeur de l’orphelinat de l’association italienne «Maison du cœur – Amis du Congo» basée à Kingoué, localité du département de la Bouenza, à plus de 400 kilomètres de Pointe-Noire.

Envoyé par la Délégation Catholique pour la Coopération (DCC), Pierre s’est engagé au côté du Père Ghislain, le référent de l’association au Congo, pour gérer et administrer le centre accueillant 10 enfants autochtones. L’équipe de l’Espace Volontariats Congo / RDC est partie à leur rencontre : ils nous racontent.

Parlez-nous de votre association et de votre parcours.

Père Ghislain. L’association est née en 2012 en Italie. A cette époque, je suivais des études au séminaire pour devenir prêtre. J’avais en charge la formation de la jeunesse paroissiale et ai créé un groupe de missionnaires des jeunes qui avait pour vocation d’engager une réflexion sur la jeunesse et «la mettre en mouvement». En aout 2012 j’exprime le désir de vouloir rentrer au pays. Quatre italiennes m’ont suivi. Nous avons alors créé un spectacle pour amasser des fonds  pour les enfants du Congo. Au début notre idée était d’apporter une aide matérielle et financière aux orphelinats de Pointe-Noire et Brazzaville. Seulement, quand je suis retourné à Kingoué, j’ai pris conscience que le besoin était aussi présent. Dans cette localité isolée, des enfants avaient eux aussi besoin d’assistance. Il n’existait aucune structure pour accueillir cette enfance vulnérable. C’est de ce constat que l’idée de créer un orphelinat est né. A Kingoué. Notre groupe de missionnaires est alors devenu une association : La Maison du Cœur – les amis du Congo.

L’orphelinat a été inauguré le 28 octobre passé. Notre maison du cœur accueille tous les enfants abandonnés ou orphelins. Des chambres sont laissées libres cas d’urgence. Nous accueillons actuellement 10 enfants autochtones, souvent discriminés. Cette maison entend offrir de l’amour, de l’attention et une éducation à la jeunesse rurale vulnérable. Ces enfants sont totalement pris en charge par notre association. Notre projet prévoit aussi de favoriser la rencontre entre autochtones et bantous. Ici nous recréons une famille, quellesque soient nos différences. Nous œuvrons à donner les mêmes chances et les mêmes opportunités  à tous les enfants.

Pierre. J’ai 27 ans. Avant de m’engager au Congo, j’ai successivement travaillé au Service de Coopération au Développement (SCD) comme chargé de communication puis au siège d’Handicap International comme attaché de presse avant de valider une formation Bioforce «Responsable ressources humaines et finances».

Au sein de l’orphelinat,  je suis responsable de la gestion financière ainsi que de toutes les questions logistiques en termes d’approvisionnement en matériel, eau, gazoil, nourriture… Une partie de mon poste est orientée sur la recherche de fonds. J’ai enfin en charge la gestion des projets de l’association.  J’aime l’aspect «touche à tout» de ma mission. C’est ce que je recherchais.

Pourquoi avoir choisi d’accueillir un volontaire ?

Père Ghislain. Depuis 2013, je travaille presque seul en tant que représentant au Congo de l’association italienne. Nous souhaitions accueillir une personne ressource experte pour suivre nos projets et gagner en visibilité. Nous cherchions des compétences complémentaires, une personne formée pour gérer les ressources humaines, les finances et suivre les projets de l’association. Pierre nous donne des conseils et nos échanges sont fructueux.

Etes-vous satisfait des relations que vous entretenez avec France Volontaires ?

Père Ghislain. Nous sommes ravis ! L’Equipe nous a accompagnés pour entamer les procédures avec la DCC. Paterne, le chargé d’appui au développement des volontariats, avait visité notre association l’année dernière. Si aujourd’hui nous tendons vers  une bonne gestion et un renforcement des capacités pour notre association, c’est aussi grâce à l’appui et l’accompagnement de l’équipe de l’Espace Volontariats ! Nous comptons beaucoup sur cette collaboration.

Nous sommes enfin ravis de prendre part au projet Y’Ello Blogging pour développer nos compétences en communication web et ainsi accroître notre visibilité sur les actions que nous menons en faveur des enfants et de la localité. Nous ne sommes qu’au commencement, nous voulons vraiment apporter au sein de la localité les mêmes services qu’en ville : une éducation préscolaire, une école primaire de qualité, développer des formations techniques pour les jeunes – en soudure, mécanique, coiffure, restauration – et enfin créer une coopérative agricole pour initier certains jeunes à se fédérer pour œuvrer ensemble au développement local. Pour ce faire, nous comptons beaucoup sur le projet Y’Ello Blogging pour communiquer !

Selon vous, qu’est-ce que le volontariat ?

Père Ghislain. Le volontariat est une expérience que j’ai toujours admirée. Notre association est née elle aussi d’un engagement désintéressé ! Le volontariat est une richesse. Ici au Congo, beaucoup reste à faire pour impulser une dynamique de volontariat. L’engagement de Pierre est un appel, un message à la jeunesse de la localité de Kingoué ! Si Pierre s’est engagé, pourquoi pas d’autres ? C’est un exemple à suivre : montrer aux jeunes du Congo qu’ils peuvent eux aussi agir pour le développement de leur pays.

Pierre. Le volontariat correspond à un engagement désintéressé sur du long terme, cela permet d’avoir plus de temps pour mesurer les enjeux et défis du développement. Mon poste comporte beaucoup de challenges. Je dois nécessairement m’adapter pour apporter ce qu’on attend de moi. 

Le fait d’avoir travaillé au Service de Coopération au Développement (SCD) m’a donné envie de m’engager dans ce cadre-là. Je souhaitais travailler au sein d’une petite structure. Le VSI m’évoquait la prégnance de la rencontre, de l’interculturalité, le fait de pouvoir m’imprégner d’autres manières de penser, de vivre. Je trouvais cela plus stimulant qu’être au sein d’une ONG occidentale avec les mêmes modes de fonctionnement que ma culture.

Pierre, tes premières impressions sur le Congo ?

Pierre. J’ai été vraiment agréablement surpris par l’accueil qui m’a été réservé. J’ai la chance, en étant dans une localité isolée, de ne pas avoir cette expérience biaisée du fait que je sois étranger. Ici, moins de préjugés, les habitants de Kingoué sont simplement contents que je sois avec eux. Ce qui m’a surpris en revanche, ce sont les rapports hommes / femmes ainsi que la prégnance des rapports hiérarchiques et l’importance donnée au statut social.