S'engager au féminin

08/03/2018

Chaque année, le 8 mars est l’occasion de célébrer la femme. A travers le monde, cette date est devenue l’occasion de promouvoir le droit des femmes et de toutes femmes et reconnaître leurs actions sans distinction.

 C’est aussi l’opportunité de saluer et d’encourager l’engagement solidaire féminin en faveur du développement. Aujourd’hui, deux témoignages de femmes engagées pour la santé au Congo. A mi-parcours, Camille & Nolwenn nous raconte. 

Camille lors de la Journée du Volontariat Français en novembre dernier. 

Camille a 26 ans et est infirmière. Diplômée depuis 2013, Camille a travaillé au service des urgences en France mais aussi en Guyane pendant un an, aux urgences et au SMUR (Service mobile d’urgence et de réanimation) avant de s’engager au Congo. Envoyée par le DEFAP (Service Protestant de mission), elle est en mission de service civique au sein de l’Eglise Evangélique du Congo depuis octobre dernier. Camille travaille dans deux centres de santé (Mayangui dans le quartier Moungali & au centre médico-social évangélique de Bacongo)  et adapte son emploi de temps en fonction des besoins.

Nolwenn a 37 ans. Avant le Congo, elle était chargée de mission régionale où son rôle était de monter des projets de santé publique (formations des professionnels de santé, organiser des campagnes mois sans tabac…) Envoyée par la DCC, Nolween est VSI comme coordinatrice de centres de santé au sein de l’ASLAV  (Association de l’amour vivant) & la Fondation Marianiste depuis septembre dernier. Nolwenn est souvent en déplacement pour rencontrer le personnel médical des centres & évaluer les besoins.

Pourquoi avoir voulu faire un volontariat ?

Camille. Ca faisait longtemps que j’avais ce projet dans un coin de ma tête, depuis mon école d’infirmière en fait ! Je souhaitais acquérir de l’expérience à l’étranger & l’approche du volontariat m’a séduite. Le volontariat c’est faire sa part. Je tenais à m’engager en Afrique, j’avais le choix entre le Sénégal, le Rwanda, Madagascar & ou le Congo. Je leur ai dit «Dirigez-moi là où je peux être la plus utile». J’étais aussi intéressée par la dimension spirituelle, prégnante en Afrique, d’où mon engagement au sein d’une structure religieuse. 

Nolwenn. Pleins de raisons ! D’abord des raisons professionnelles, j’avais envie de changement. Ca faisait déjà un moment que je voulais partir à l’étranger… comme quoi c’est possible de partir à tout âge ! La crise de la quarantaine avant la quarantaine (sourires). J’avais besoin de retrouver un nouveau souffle professionnellement. La DCC a choisi le Congo pour moi & j’ai décidé de faire confiance à une structure qui a de l’expérience.

 

Qu’est-ce que vous avez appris ? Qu’est-ce que vous retenez de votre expérience de volontariat ?

Camille. Plus de patience ! Moins de stress. Ce que je retiens avant tout, ce sont les échanges enrichissants avec mes collègues. J’ai appris à communiquer différemment. Je me suis rendue compte que je ne pouvais pas dire les choses de la même manière. J’ai beaucoup appris & même découvert la spiritualité, la religion, même si je ne suis pas croyante. Je peux mesurer au quotidien la place de la religion dans la société. Je retiens enfin l’accueil ultra chaleureux qui m’a été fait à mon arrivée. Tu te sens vite à l’aise avec les gens. Une grande tolérance enfin, comme tu es étrangère, on t’accepte beaucoup d’impairs. Je pense être moins stressée et plus souriante qu’à mon arrivée et j’espère garder ces acquis pour la suite !

Nolwenn. Je rejoins Camille pour la patience ! Je me suis découvert ici des capacités d’adaptation que je ne soupçonnais pas. Délestage, douche au seau, transports en commun interminables… J’arrive à plus facilement lâcher prise.  

 

Quelles compétences pensez-vous apporter à vos structures d’accueil respectives ? 

Camille. Avant tout une formation sanitaire en tant qu’infirmière mais aussi correspondante en hygiène. Je mets mes compétences au service des centres de santé. Je crois avoir impulsé davantage de communication en interne et participé à créer des liens de communication entre les centres et le département de la santé. J’ai aussi des compétences en gestion de projet acquises en Guyane (j’ai été volontaire au sein de AIDES pendant un an) dont je me suis servie pour impulser une dynamique relative aux projets en cours.

Nolwenn. De mon côté, davantage de rigueur & un cadre de travail pour favoriser des liens entre les centres de santé. L’ASLAV c’est 23 centres partenaires ! Je me consacre à un meilleur suivi des actions et rédige des comptes rendus plus actualisés. Les centres me sollicitent davantage. Je suis la première volontaire engagée sur cette mission, cela a aussi permis d’évaluer les besoins. Lors de mon départ en août, je serai remplacée par deux volontaires : un volontaire pour l’ASLAV & un autre pour la Fondation Marianiste !

 

Un conseil aux futur(e)s volontaires engagé(e)s au Congo ? 

Camille. Je prépare actuellement un livret d’accueil à destination de mes successeurs. L’important est de pouvoir clairement définir à son arrivée les objectifs de mission avec la structure d’accueil. Etre observant & patient. Ne pas oublier de réévaluer la faisabilité des objectifs & faire des bilans à mi-parcours.

Nolwenn.Prendre le temps d’observer, de comprendre, c’est primordial dans un pays où la culture est très différente de la nôtre. Ne pas venir en aillant l’envie de tout changer, tout bouleverser. Prendre le temps d’écouter aussi, la manière de communiquer est différente, éviter d’écourter une conversation.

 

Quels conseils donneriez-vous à quelqu’un qui veut s’engager comme volontaire ? 

Camille. Il faut avoir avant tout envie de vivre une expérience. Ne pas trop se projeter en se disant «Je vais faire ça et ça et encore ça !» C’est sur place qu’on construit sa mission. Il y a une part d’improvisation dans le volontariat, d’ajustement.

Nolwenn. Avoir une ouverture d’esprit, savoir ou vouloir lâcher prise. Le volontariat c’est mettre nos compétences au service des partenaires sur place. Parfois certes, certaines choses vont nous choquer que nous souhaiterions les changer mais nous sommes avant tout là pour répondre à des besoins. On vit dans le pays. Le volontariat c’est aussi une expérience au quotidien. Il faut avoir envie de s’enrichir professionnellement et personnellement.

 

Et après vos missions ? Qu’envisagez-vous ?

Camille. Le volontariat m’a donné envie de reprendre mes études pour intégrer une école de sage-femme… J’ai déjà envoyé mon dossier ! J’ai eu l’occasion de faire beaucoup d’accouchements & de suivis prénataux ici & ça me plaît ! Je souhaite avant tout reprendre mes marques en tant qu’infirmière en France. Sinon, j’ai pour projet de traverser l’Atlantique du Cap Vert jusqu’au Brésil puis jusqu’au sud de l’Amérique du sud. Le volontariat m’a prouvé que j’étais capable de m’expatrier. Mon service civique a rempli sa mission dans le sens où ce statut m’a permis de découvrir d’autres champs professionnels.

Nolwenn. C’est encore trop tôt ! Je sais qu’il faut que je me prépare au retour mais je suis encore dans l’état d’esprit de profiter de ce que je suis en train de vivre. Dans un petit coin de ma tête, pourquoi pas un autre projet de volontariat ou une réorientation professionnelle comme chargée de mission dans un autre domaine que la santé. C’est un métier  «touche à tout» qui te permet aussi de travailler avec divers interlocuteurs.

 

Le Congo en quelques mots ?

Camille. Des sourires, beaucoup ! Accueil. Chaleur. Marché Total (le plus grand marché de Brazzaville, une ville dans la ville). Cent-cent (transport en commun qui coût 100f CFA). Lingala (une des langues officielles du Congo parlée à Brazzaville). Ethnies. Mundelé («Le blanc» en lingala).

Nolwenn. Grillade. Biere. Delestage. «Rupture» (terme utilisé très fréquemment pour signifier qu’il n’y en a plus). Taxi. Et la beauté de ce pays évidemment !