Regards croisés en Guinée

11/04/2018

Du côté de l’EV Guinée, on a décidé de faire du mois d’avril un mois où nos chers volontaires sont sous les projecteurs… Après l’article sur l’arrivée toute fraîche de Manon et Agathe, on est allé à la rencontre de Coline, (d’une autre) Agathe et de Julia. Et même si elles ont des projets complètement différents, on leur a quand même trouvé un point commun : pour toutes les trois, c’est la première fois en Afrique.

Agathe et Coline : REGUIMAJECCouleur du monde
Julia : ONRGFrance Volontaires

 

Qui êtes-vous / Que faites-vous ?

Agathe et Coline : Nous sommes parties avec Couleur du Monde en service civique pour une mission de 6 mois auprès de l’association REGUIMAJEC (Réseau Guinéen des Maisons et Foyers de Jeunes et de la Culture de Guinée). Nous sommes arrivées ensemble il y a 4 mois et il nous en reste 2. Pour REGUIMAJEC, l’enjeu c’est d’abord de fédérer et d’accompagner les Maisons des Jeunes et de la Culture et d’aider les Guinéens à avoir accès à la formation. L’association permet entre autres de délivrer certaines formations diplômantes comme l’équivalent du BAFA en France par exemple.


Cours de danse organisé à la MJC de Matam Lido

 

La première chose qu’on a faite en arrivant a été de visiter toutes les maisons des jeunes et de faire un bilan des réalisations, succès, difficultés, besoins. On a ensuite choisi quelques MJC pour développer avec eux des projets.

Pour te donner une idée, on a développé des ateliers informatiques à la MJC de Coleah pour former le personnel des autres maisons. On a aussi pensé des activités avec les enfants dans le quartier de Coloma autour du recyclage via des ateliers d’arts plastiques et la projection de dessins animés dans un but éducatif. On a aussi monté des projets pédagogiques d’aide administrative ou d’aide à la recherche de subventions pour à terme, permettre aux MJC d’être indépendantes dans le montage de futurs/potentiels projets.

On a aussi pas mal bougé en dehors de Conakry ; on revient d’ailleurs d’un mois de mission terrain dans la région du Fouta (Moyenne Guinée) où on a pu partir échanger avec les MJC de Mamou, Pita, Labé et Dalaba dans un but de renforcement de capacités et d’échange de compétences. Des ateliers sur les techniques d’animation participative, sur la dynamique de groupe et la communication ont été organisés tout au long de la mission. Ici l’idée c’était de leur dire que même sans équipement on peut faire des choses, animer les centres et de leur expliquer comment.


Coline, Agathe et l’équipe de REGUIMAJEC à la MJC du quartier de Matam Lido

 

Julia : J’ai terminé mon master de recherche en géographie du développement juste avant d’arriver à Conakry ; c’est donc ma toute première mission et la première fois que je travaille en équipe. Du coup on peut dire que c’est un gros changement pour moi ! Ça fait presque tout juste un an que je suis à Conakry et je travaille sur un projet de création d’un outil de suivi-évaluation des impacts des projets du 10ème FED. Les projets sont variés et recouvrent les secteurs de la santé, en passant par l’accès à l’eau potable ou encore les infrastructures de base, les problématiques de transport.

Dans les grandes lignes, ma mission consiste à aller sur le terrain (Guinée forestière et Haute Guinée mais aussi Conakry) pour réaliser des enquêtes auprès des communautés, des communes, des opérateurs de projet comme UNICEF et tous les autres acteurs liés de près ou de loin aux problématiques visées. Je collecte les données, renseigne les indicateurs et je mets toutes ces précieuses données dans un rapport annuel. Il y a aussi toute la partie logistique et administrative (ordre de mission, per diem) en amont des missions terrain que je suis amenée à gérer.


Enquête terrain des équipes de l’ONRG

 

Depuis mon arrivée, j’ai eu la chance de voir du pays et de voyager dans beaucoup de régions guinéennes. Même si c’est épuisant parce que le trajet voiture est trèèèèèès long, les missions terrain sont clairement les parties que je préfère. Pour les perspectives à venir, je compte repartir au mois d’octobre, après la pluie, pour retrouver les personnes interviewées, refaire ensemble le questionnaire, échanger avec les opérateurs sur place et ainsi dresser le bilan comparatif sur les sujets santé, transport et eau.

A terme, on envisage de faire une étude d’impact globale qui recouperait toutes les enquêtes, tout secteur confondu.

L’idée du volontariat, c’est venu comment ?

Julia : Ayant fait des études dans le développement, j’avais forcément entendu parler du volontariat et je voyais ça un peu comme un accès à l’emploi dans la Coopération internationale. Il y a bien sûr une démarche solidaire mais il ne faut pas oublier que c’est aussi professionnalisant et que ces missions offrent de belles perspectives pour la suite. Ce n’est donc pas une simple pause mais plutôt un prolongement, un tremplin pour continuer à travailler dans le développement.


Julia dans les bureaux de l’ONRG à Conakry, quartier Kaloum

 

Pour Coline qui a travaillé en France avant, c’est un peu différent… « C’est aussi contribuer à la hauteur de mes moyens, de faire une pause, un arrêt dans mon travail pour sortir des schémas classiques. Pour moi, le volontariat c’est avant tout le pouvoir de se réinterroger, là où on a peut-être un peu tendance à oublier de le faire quand on est dans un ‘confort français’ ».

Une anecdote marrante (ou pas) à nous partager ?

Agathe et Coline : « Il y a quelqu’un sur le toit ? »… C’est une question à ne jamais se poser quand on est dans un taxi brousse en pleine pampa guinéenne. Pourquoi ? Parce qu’il y a TOUJOURS quelqu’un sur le toit, que ce soit un homme, un chargement bien plus gros que la voiture ou des chèvres « cheveux » au vent.

Julia : Ce qui est drôle ici c’est que beaucoup de choses paraissent normales alors que quand on y réfléchit deux secondes, ça ne l’est vraiment pas ! En fait, je crois que c’est un peu difficile de répondre à cette question tant il y en a à raconter.

Parmi les innombrables différences, il y en a une sur la notion de déplacement qui me revient…
A paris, je me déplace d’un point A à un point B et pour une raison particulière, parce que j’ai rendez-vous dans un endroit défini, à une heure définie. Et en règle générale, il ne se passe pas grand-chose entre le point A le point B si ce n’est le métro ou les transports – A Conakry, je me déplace déjà beaucoup plus souvent sans but précis, juste pour passer du temps avec mon voisinage, prendre des nouvelles des gens du quartier. Et même si j’ai un rendez-vous, il y aura toujours énormément de choses qui se seront passées entre le point A et le B.

Ici il n’y pas vraiment de parcs, ni de vrais espaces publics où faire une pause donc même les raisons de se déplacer sont différentes en plus de la manière de le faire. C’est ce qui m’a interpelé quand je suis rentrée quelques semaines en France après 5 mois de mission.

Comment on s’adapte et comment on arrive à trouver un équilibre dans une équipe multiculturelle ?

Agathe et Coline : On a eu la chance de vivre dans une concession avec une famille donc on a très vite pu observer les habitudes de vie, les traditions. Ça nous a beaucoup aidé dans le travail je crois. Il n’y a pas vraiment de recette miracle ou de modèle à suivre mais je pense qu’il faut prendre le temps de partager des moments de vie, de se retrouver autour d’activités qui passionnent et unies les Guinéens, comme la cuisine ou la danse par exemple. Le dialogue se fait autrement que par la parole mais en réalité il n’y a rien de plus efficace pour « briser la glace » au début.

Et la vie en Guinée ?

Julia : On a de la chance d’être là où on est parce que c’est un pays peu connu où il y a une vraie diversité. Et puis le cercle des volontaires et du réseau qui gravite autour est beaucoup moins important que dans les pays voisins type Sénégal ou Côte d’Ivoire par exemple. On se connait donc beaucoup plus et c’est agréable d’avoir un cercle soudé comme celui-là et de savoir que les gens sont là si besoin.