RENCONTRE AVEC … 3 BENEVOLES PAS COMME LES AUTRES

03/05/2018

Originaires de la région marseillaise, Albéric Tezenas, Antoine Goutay, Gauthier Marre ont 22-23 ans. Amis depuis l’époque du lycée, ils rêvaient de faire le tour du monde à la voile. Quelques années ont passé, chacun a suivi sa route et ses études propres (médecine, management, et le troisième s’est penché sur le commerce de vins et spiritueux). Puis, une année spéciale s’est présentée, une année où tous les 3 pouvaient se permettre de faire une pause dans leur cursus et de mettre en place leur projet de voyage.

Albéric, Antoine et Gauthier lors de leur passage à l’Espace Volontariats en avril 2018

NAISSANCE D’UNE IDEE UN PEU FOLLE

« On était passionné par le sport et le monde de la voile, de l’aventure maritime. On voulait partir un an sur un voilier. On a étudié les possibilités, ce qu’on pouvait faire avec ça. On voulait mettre la main à la pâte, donner de nous-mêmes, de notre temps et inspirer d’autres jeunes. On voulait trouver des challenges auxquels on voulait répondre, et c’est finalement 3 défis qui ont été définis:
– Défi sportif : traverser l’atlantique à la voile (alors que nous ne sommes pas des navigateurs professionnels)
– Défi écologique : un tour d’Atlantique en autonomie énergétique et en collaboration avec un projet de création d’outils de gestions des déchets en mer (« Help for Ocean »)
– Défi solidaire : en s’engageant auprès d’une association dont la mission nous parlait, pour agir sur le terrain en prêtant main forte, et financièrement en reversant 1€ / mile marin effectué sur le parcours, à cette même association (Pure Water).

Lorsqu’on réfléchissait à ce parcours, en octobre 2016, nous n’avions pas encore choisi la destination finale, ni l’association, c’est la situation avec l’ouragan Matthew en Haïti qui nous a décidés ».

LA MISSION EN HAITI 

Ils sont venus travailler bénévolement avec l’association Pure Water for the World. Leur mission consistait à intégrer l’équipe et apprendre à construire des filtres à eau potable, avec le système biosable, pour ensuite les installer chez des familles dans la zone de Cité Soleil (zone de Port au Prince).

« Ce qui nous a plu dans le projet de Pure Water For the World, c’était déjà le fait de travailler en lien avec l’eau. Puis, le fait que ce soit une association haïtienne, gérée par des haïtiens, et leur volonté de faire du développement sur le long terme : ces filtres durent au moins 10 ans, et l’association fait un travail d’analyse pour connaître les familles qui en bénéficieront (et participeront à hauteur de 200 HTG). Pure Water offre aussi un suivi technique de ces filtres.»
 

  

Vidéo explicative des filtres biosable : ici.


PREPARATIFS DU PROJET

Grâce à un concours de Likes sur Facebook, ils ont gagné l’appel à candidature de l’association Cap à l’ouest, (renommée IMAGO entre temps) basée en Bretagne, qui les a accompagnés tout au long de leurs préparatifs, car une aventure de la sorte, cela se prépare !

Il a d’abord fallut monter une association en France, nommée « Ankouraje », et surtout, il a fallu trouver les financements et le bateau.
« Au moment où nous devions rechercher des sponsors, nous étions éparpillés dans la France en raison de nos études. Cela n’a pas été simple, nous avons contacté beaucoup d’entreprises, fait du crowdfunding sur Ulule, et utilisé tous nos réseaux. C’est sur 3 mois, durant l’été 2017, que tout s’est débloqué, pour un départ en octobre 2017 ! Le bateau nous a finalement été donné, et toutes les sommes nécessaires à notre budget global de 100 000 € ont été trouvées à quelques jours du départ. C’est grâce aux sponsors tels que Coudène, une marque de brandade de morue, notre sponsor principal que le projet est devenu réel ! » 

L’équipe au départ de Marseille en novembre 2017


LA VIE SUR KIMENPECH’… LEUR VOILIER

Finalement offert gracieusement par la propriétaire qui souhaitait initialement le vendre, ce geste a donné un bon coup de pouce aux 3 jeunes. Le bateau, de type voilier Sunrise 34, baptisé KIMPENCH’, fait environ 10 mètres.

Partis de Marseille le 12 novembre 2017, ils sont arrivés à l’île à Vache (Sud d’Haïti) le 5 mars, en passant par Les Baléares, Gibraltar, les Canaries, Cap Vert, Les Grenadines, La Martinique, et La République dominicaine. Il est vrai qu’Haïti est située sur une île, mais le tourisme maritime n’est pas développé, et quand les 3 aventuriers ont contacté l’Espace Volontariats pour connaître le meilleur lieu où amarrer le bateau, il a fallut faire quelques heures de recherche.

 
L’équipe au départ de Marseille en novembre 2017

Loin d’être des navigateurs aguerris, ils ont connu divers déboires matériels, mais ont toujours su s’en sortir grâce aux conseils de navigateurs plus expérimentés avec lesquels ils étaient en contact à distance.
« On était pas des navigateurs professionnels, mais on avait déjà été sur des bateaux, mais pas seuls et sur de telles longues distances. Nos familles étaient inquiètes et nous traitaient de fous. On a eu beaucoup plus de bons moments, et on s’est fait peur. Mais c’est aussi ce challenge là qui nous motivait ! Notre inconscience est rattrapée par des coups de chance. On apprend sur le tar, on reste vigilent, et ce n’est pas fini, car le retour risque d’être encore plus compliqué. S’ajoute à cela, qu’à 3 sur un bateau, on fait des concessions, on apprend à relativiser, faire des efforts. Mais le projet commun primera toujours sur nos différents. »

UNE AVENTURE PERSONNELLE EGALEMENT

Albéric pense qu’au milieu de l’aventure, il est un peu tôt pour dresser un bilan personnel, mais présage que « quand on rentrera, on se prendra surement une « bonne claque ». »
Pour Antoine, « c’est surtout les réactions des autres qui nous rappellent que notre expérience est exceptionnelle. On sent beaucoup dans le regard des gens, mais nous-mêmes on ne se rend pas vraiment compte. »
Enfin, Gauthier, surpris par toutes ces choses négatives entendues sur Haïti avant de venir, explique : « j’apprends qu’il faut vivre les choses avant de se faire une idée. Il faut le faire pour savoir. Il faut le vouloir pour le faire. Il faut vivre les choses pour en parler et ne pas seulement écouter ce qu’on dit. Et cela marche pour Haïti et pour le projet en général. »

Ravis de leur arrivée et séjour en Haïti, où ils se sont sentis très bien accueillis, et ils ont fait part de leurs interrogations sur l’image négative qui peut être véhiculée à l’étranger sur Haïti. « L’île à Vache est le plus bel endroit que nous ayons vus sur notre parcours. On a appris beaucoup avec cette association, et même si la mission n’a duré que 2 mois on s’est sentis intégrés à notre structure d’accueil et à notre quartier de résidence, tout le monde a été très gentil avec nous, et s’est montré bienveillant. »

Les 3 aventuriers concluent : « on tient bien les délais et le budget, on a beaucoup de chance. On en sortira grandit à titre personnel, et professionnel ; cette expérience nous servira à ouvrir des portes pour le futur. Tout le monde peut réaliser ses projets, mais il faut s’en donner les moyens et ne rien lâcher ! ».
 

Nous leur souhaitons bon vent ! Et un bon retour à Marseille !