RENCONTRE AVEC … XAVIER UN DES TOUT PREMIERS VOLONTAIRES FRANÇAIS EN HAITI

04/04/2018

PORTRAIT

Je suis marié, père de famille, grand-père et jeune retraité. Depuis 2016, en collaboration avec un autre chargé de mission, je suis chargé du suivi des volontaires de la DCC en Haïti. Nous sommes donc venus en Haïti les rencontrer, ainsi que leurs structures d’accueil dans leurs environnements de travail afin de faire une évaluation de leur volontariat dans toutes les dimensions.

Etre ici, avec ces 18 volontaires, cela me rappelle mon passé.

PARTIR EN VOLONTARIAT EN COUPLE APRES 3 MOIS DE MARIAGE


Xavier et sa femme en 1979

Pour ma part, j’avais en tête depuis longtemps de partir en volontariat à l’étranger.

A l’époque, j’étais un jeune professionnel, diplômé en commerce, avec deux ans d’expérience dans une société de travaux publics. Ma femme avait enseigné l’espagnol et travaillé dans le secteur social. Tous les deux nous avions cette envie d’ouverture, de découverte, de vivre une expérience de solidarité et nous n’avions pas vraiment envie de nous engager tout de suite dans une voie toute tracée. Alors à 26 ans, 3 mois après notre mariage, ma femme et moi sommes partis en mission avec l’AFVP (Association Française des Volontaires du Progrès) qui nous a proposé Haïti.

C’était en 1979, nous étions le 3ème couple envoyé par l’association en Haïti.

UNE ARRIVEE MARQUANTE A HAITI

Avant de partir, nous avions fait des recherches, déjà pour situer le pays sur une carte ! On avait un désir très fort de nous renseigner sur Haïti, sa culture, sa langue, pour être le plus rapidement possible à l’aise à notre arrivée. Nous avons même commencé à apprendre le créole, mais nous n’avons pas pu rencontrer des personnes qui connaissaient le pays.
Dans ces recherches, nous avons découvert qu’Haiti vivait déjà une situation grave : des manques de moyens, de structures sociales et politiques qui pesaient fortement sur la situation du pays.

Malgré toute cette documentation personnelle, et cette préparation, je me souviens encore du moment où l’avion est passé au dessus d’un bidonville, avant d’atterrir à Port au Prince.
C’était comme si je prenais conscience, instantanément, du choix qu’on avait fait ! Je me suis dit « ca y est on y est pour deux ans ! Et ce bidonville en dessous, c’est un bout de la réalité ».

UNE MISSION PASSIONNANTE

Notre mission se faisait avec CARE Etats Unis qui avait comme projet de développer, dans le Nord Ouest d’Haïti, la création de coopératives de transformation du coton qui était cultivé traditionnellement dans la zone.

Ce projet était destiné aux paysans, afin de leur donner une possibilité d’augmenter leurs revenus en ajoutant cette activité économique. La filière coton était largement sous-exploitée à l’époque et avait besoin d’être revalorisée. Cela a permis à beaucoup de femmes, d’avoir un petit revenu supplémentaire en filant le coton.


Une fileuse de coton

Le volet de la mission qui m’a le plus passionné était de former ces paysans, devenus également artisans, à s’approprier leurs moyens et outils pour devenir indépendants financièrement.

Dans cette optique, je faisais des formations pour les aider à maîtriser la gestion, le fonctionnement d’une coopérative. Cette vision permettait aux paysans d’être au cœur, d’être les acteurs de leur propre développement.

La filière aboutissait à la transformation du coton en divers produits : couvertures, hamacs, coussins… grâce à des métiers à tisser rudimentaires et du picage sur toile de jute. Un commercial venait récupérer les produits finis en sillonnant la région, pour ensuite les vendre à Port au Prince.


Piquage  du coton sur des toiles de jute


Tissage du coton sur un métier à tisser
 

Au début, les ventes étaient bonnes car le tourisme était assez développé en Haïti : de gros paquebots de croisière arrivaient régulièrement à Port au Prince.

Mais dans le courant des années 1980, l’activité touristique a décliné petit à petit, et les paquebots se faisaient de plus en plus rares. Les revenus des coopératives se sont également essoufflés au bout de 5 ou 6 ans après notre départ, par manque d’acheteurs principalement.

Mon épouse travaillait principalement avec les femmes, en éducation sociale et familiale, ce qui incluait des conseils en nutrition, maîtrise des maternités, soins des enfants, connaissance de son corps.


Basés à Anse Rouge puis à Source chaude, Xavier et sa femme étaient dans une zone très rurale

IMMERSION TOTALE AVEC LA POPULATION LOCALE

Nous voulions vivre au plus près de la population, partager leur vie. Nous avions une « ti kay tol » (petite maison avec toit en taule) dans un village de 250-300 habitants appelé « Source chaude ». Nous allions au marché du village, chercher l’eau avec les villageois, on parlait créole. Je pense qu’on était plutôt intégrés. Et puis, le fait que ma femme ait été enceinte, et ait accouché de notre 1er enfant en Haïti a créé des liens très, très forts entre elle et les femmes du village.


La maison à Source Chaude 

 
APRES HAITI…


Nous sommes rentrés en France tous les trois. Je ne voulais pas retourner dans le secteur des travaux publics. Je me suis plutôt orienté vers le secteur social en travaillant pour l’association Delta7 qui créée, teste et développe des projets sociaux innovants avant de les confier aux collectivités territoriales, aux pouvoirs publics. Mais quelques temps plus tard, j’avais envie de repartir en famille. Nous sommes repartis au Sénégal et au Burkina Faso de 1983 à 1990, en tant qu’adjoint puis délégué régional de l’AFVP. Nous sommes ensuite revenus en France où je travaillais comme directeur de l’Insertion (Affaires Sociales du Conseil Départemental de la Somme). Venant du monde associatif, il n’était pas simple de s’habituer à de telles grosses machines administratives. Après 13 ans dans cette activité, je suis retourné vers le secteur associatif et social, au sein de la Fondation des Orphelins Apprentis d’Auteuil, où j’ai assuré la direction des établissements de Picardie, puis de responsable des chantiers internationaux de jeunes. J’ai ainsi pu retourner en Haïti durant cinq ans pour accompagner des jeunes de l’établissement de Martinique, lors de leurs chantiers à Port au Prince et à Hinche.

EVOLUTION D’HAITI

Ce que je trouve frappant entre ma toute première visite et maintenant, c’est que Port au Prince est devenue une ville ubuesque, par rapport à l’avant-séisme de 2010. Il y a une désorganisation qui a empiré, avec plus de pauvreté (pour ne pas dire de misère), d’anarchie et de violence. Lors de notre 1er séjour, c’était une ville déjà très désorganisée, mais pas à ce point.

Mais du côté de la province, en milieu rural, les choses n’ont pas évolué. Dans les mornes, la vie est pauvre, mais je trouve qu’elle n’est pas indigente, tout comme lors de notre 1er séjour. On sent que c’est toujours précaire, mais le milieu rural est d’un certain coté plus paisible, et équilibré : il y a ce qu’il y a et on fait avec, ce n’est pas la misère. Pour les étrangers que nous sommes, on est en confiance, en sécurité, on rencontre les gens plus facilement qu’en ville.

UN CONSEIL AUX VOLONTAIRES : LE 1ER JOUR DE VOTRE ARRIVEE, PENSEZ A VOTRE DEPART !

On ne doit pas être dans la substitution d’un acteur local. Le volontaire doit avoir en tête que sa propre situation est temporaire, et qu’après notre départ, le travail, le projet, la mission doit être repris par les partenaires locaux.

Quand vous arrivez le 1er jour : posez-vous la question de ce que vous allez laisser derrière vous et faire en sorte qu’un responsable local pourra reprendre. Qui forme-t-on ? A quoi ? Comment ?

Se rendre indispensable pendant sa mission de volontariat va à l’encontre de l’objectif de transmission.

Xavier lors du week -end d’intégration des volontaires DCC en mars 2018