Témoignage de Jean-Roldy, volontaire haïtien du programme de réciprocité parti en France

16/03/2018

Je suis un haïtien de 25 ans, originaire de Hinche, le chef-lieu de la région du plateau central. Je suis volontaire en Service Civique International (SCI), depuis le 6 novembre 2017, jour de mon départ pour la France pour une mission de 8 mois au total. Mon retour chez moi, en Haïti, est prévu le 04 juillet prochain.

Jean Roldy lors de sa formation au départ à l’Espace Volontariats Haïti, novembre 2017
 

MON PARCOURS

J’ai fait ma formation en communication journalistique et j’ai aussi étudié les langues vivantes, notamment anglais, français et espagnol. Depuis 10 ans, je suis devenu militant du Mouvement Paysan de Papaye (MPP). Cette structure paysanne, fondée le 27 mars 1973 à Papaye (zone de la commune de Hinche), par JEAN-BAPTISTE Chavannes, se donne comme but de réunir tous paysans d’Haïti au sein d’un  mouvement unique s’engageant à défendre leurs intérêts. Aujourd’hui, le MPP compte 30 000 militants paysans à travers tout le pays. Comme organisation paysanne, la plupart de ses actions menées se portent sur l’agriculture biologique (paysanne) qui constitue même son fondement. Toutefois les autres domaines, tels que la culture, l’éducation et la santé ne sont nullement ignorés. J’ai travaillé au cœur de ce mouvement comme animateur d’émission à la radio Vwa Peyizan, un outil d’éducation populaire que le MPP a créé. J’ai aussi été animateur  de groupement et j’avais comme missions de former les nouveaux membres et de créer de nouveaux groupements.


Bâtiment principal du MPP

En termes d’engagements personnels, j’ai fait toujours des efforts pour être au service des autres, surtout les jeunes de ma communauté. Je suis toujours animé par ce sentiment que m’a inspiré le leader du  MPP. J’ai compris que la seule manière d’être vraiment heureux, c’est de rendre les autres heureux. J’ai souvent organisé de concert des activités socio-culturelles permettant aux jeunes de se divertir ainsi que d’épanouir leurs talents. Dans mes échanges avec eux, j’ai souvent abordé des sujets d’intérêts communs,  surtout sur les situations difficiles auxquelles est confronté mon pays. Je suis convaincu que cette situation de misère persiste dans mon pays, faute d’une majorité consciente.

Avec un ami, j’ai fondé un institut de langue ou nous avons formé gratuitement un groupe  de jeunes à titre de formateurs missionnaires qui, après leur formation, se sont répartis dans toutes les communes de la région pour former d’autres jeunes sur le plan linguistique. Au bout de 3 ans, de 2014 à 2017, plus de 600 jeunes et adultes ont reçu des connaissances linguistiques au niveau des départements du Centre, de l’Ouest et du Sud, grâce à cette initiative. Dans les séances pédagogiques, les conférences et formations avec les jeunes, je répète souvent que nous sommes la plus importante ressource du pays, son avenir et que nous devons nous organiser pour être plus puissants. Le changement social que nous rêvons, personne ne pourra alors l’empêcher.


CE QUI M’A POUSSE A PARTIR EN FRANCE  



Source image : https://www.republicain-lorrain.fr/ | Les nouvelles régions

Tout d’abord, j’avais envie de venir pour me former d’avantage et de façon efficace, parce que la France me paraissait avoir un système éducatif solide qui m’inspirait confiance. Cette formation va me permettre de grandir au point de vue intellectuel, d’avoir plus confiance en moi-même et d’être mieux utile à ma structure et à mon pays. D’un autre coté, je voulais que le MPP soit mieux représenté : c’était pour moi l’occasion de lui servir à plus haute échelle et de franchir une plus profonde étape dans mon engagement à la lutte paysanne que nous menons.

Par ailleurs, j’avais toujours rêvé de « parler français à la française » et avant d’aller en France, j’ai consacré une grande partie de mon temps à perfectionner mon niveau dans cette langue.

En résumé, j’avais envie de venir en France pour concrétiser mes rêves, découvrir un autre pays, un autre monde, une autre réalité, une nouvelles manière de vivre…

MES MISSIONS

Je suis accueilli dans une Maison Familiale Rurale(MFR) qui s’appelle Inéopole formation, se trouvant à la commune de Brens du département du Tarn. C’est un lycée professionnel ou je fais mon stage de Service Civique International(SCI). Je suis pour l’instant en train de suivre une formation sur la pédagogie de l’alternance. Au sein de la MFR, la mission qui m’est confiée est de dimensions diverses : éducative, associative, territoriale et nationale.


Jean Roldy et Robeants (autre volontaire haïtien) en mission

– Dimension éducative : dans un premier temps, j’ai assisté à différentes séances pédagogiques animées par des formateurs. Dans un second temps, je donne des cours au niveau de 3ème à terminale (d’histoire-géo, d’éducation socio-culturelle et de communication). J’accompagne  les élèves et étudiants en stage et pendant les visites scolaires. Je participe à l’animation de soirée et la cuisine avec la maîtresse de maison.

– Dimension associative:participer à toutes les réunions et activités réalisées par l’association qui est constituée par les autorités municipales et parents les d’élèves.

– Dimension territoriale:participer à toutes les réunions et activités  organisées au niveau régional

– Dimension nationale:participer à des rencontres à la Fédération Nationale des MFR à Paris

Je suis également divers cours, par exemples : français, commerce, gestion, mathématiques…

Tout compte fait, l’idée est d’observer et prendre part au fonctionnent des MFR pour avoir une vue synoptique et m’approprier toutes les dimensions de ma mission pour qu’à mon retour en Haïti, j’accompagne les deux comités de pilotage dans la création et gestion des deux Maisons Familles Rurales qui seront implantées dans  deux sections communales sur Hinche.

MES CRAINTES 

De nature plutôt optimiste que pessimiste, je demeure convaincu que tout ce passera très bien pour moi et que je serai de retour dans mon pays  avec joie. Mon unique crainte, c’est que les premiers mois, je me retrouvais toujours seul tous les week-ends dans la MFR où je suis logé, parce que  le vendredi après-midi, tous les salariés et étudiants rentrent chez eux pour revenir le lundi matin. Mais au fur et à mesure, je me suis fait quelques amis pour jouer au foot par exemple ou aller au cinéma. Puis, j’ai fini par m’adapter et trouver des occupations et j’ai un bus qui passe juste devant chez moi, cela me permet d’aller à une  médiathèque, faire les courses dans les magasins, visiter d’autres villes et villages de la région. J’ai aussi un vélo pour assurer mes petits déplacement.

MES ATTENTES 

Mon attente principale est que mon Service Civique continue à bien se passer et finisse très bien afin que j’aboutisse à l’ensemble des objectifs qui me sont fixés. Je souhaite aussi que les deux MFR soient effectivement implantées dans la zone de Hinche et qu’elles soient mieux dirigées afin de répondre aux vrais besoins des zones rurales en termes de formation professionnelle.

Aussi, j’attends que ce projet de Service Civique favorisant la mobilité internationale et dont je suis aujourd’hui bénéficiaire, continue le plus longtemps possible pour permette à beaucoup plus de jeunes haïtiens de partir à l’étranger pour se former afin de revenir pour mieux servir notre pays.

En bref, j’attends que tout ce passe comme prévu !

CE QUI M’A MARQUE 

Le jour de mon arrivée, ce que j’ai trouvé impressionnant, c’est qu’il faisait très froid, alors que c’était très ensoleillé ! Plus tard, j’allais découvrir que le soleil et le froid s’entendent très bien dès fois en France! Le climat, la neige que j’ai vue pour la première fois, tout cela m’a marqué. Je suis également marqué par la sympathie et la générosité de certaines personnes.

Par ailleurs, je trouve que les gens sont très dynamiques, très mobiles comparativement aux haïtiens. La gastronomie française, contrairement à ce que j’avais pensé, je l’aime bien. J’ai réussi à manger tout ce que l’on me sert, même-si ce n’est pas beaucoup, et je digère bien. Je n’ai pas encore  vécu quelque chose de mal, et je n’espère pas en vivre non plus.

DE FRANCE, JE RAMENERAI…

Parti en France avec l’idée de profiter de ma mission pour me procurer autant de livres que je puisse en ramener, j’en ai déjà collecté et acheté plus d’une vingtaine. Toutefois je pourrais ramener aussi des vêtements, des chaussures,etc !