Témoignage de Robeants, volontaire haïtien du programme de réciprocité parti en France

25/04/2018

PORTRAIT 



Je suis de nationalité haïtienne, j’ai 26 ans et je viens de Limonade (Nord d’Haïti). J’ai grandi dans un milieu modeste. De formation Ingénieur-Agronome à l’Université Chrétienne du Nord d’Haïti, je suis aussi responsable de 2 associations de jeunes (Jeune Penseur pour le Développement de Tauzin et Boulimie du Savoir). Je suis déjà engagé bénévolement dans différentes activités telles que le sport et l’enseignement. J’ai des connaissances générales et techniques dans les domaines de l’environnement et de l’agriculture haïtienne. Puis, par mes connaissances, j’ai de bonnes compétences sur la planification et la réalisation des activités de terrain, ainsi que sur les exploitations agricoles haïtiennes et leur fonctionnement. Un esprit ouvert, créatif et coopératif, un bon sens des relations interpersonnelles et l’engagement pour le respect mutuel, c’est ce qui caractérise ma personnalité.

Je suis un jeune volontaire en Service Civique International à la Maison Familiale Rurale appelée Sud Agromat à Escatalens (Région Midi-Pyrénées Occitanie) depuis le 7 Novembre 2018, pour une durée de 8 mois.

Ma structure d’accueil est un centre de formation qui propose des cursus par alternance et par apprentissage à des élèves de la 4ème jusqu’au Bac Professionnel, dans le but de permettre aux jeunes de réussir autrement.

MA MISSION AU SEIN DE LA MFR SUD AGROMAT

Cette mission est intitulée «dynamiseur de l’éducation aux mondes et aux autres ». Elle est encadrée par la Fédération Régionale des MFR de Midi Pyrénées, en relation étroite avec France Volontaires, et avec l’Agence Nationale du Service Civique en France. 

A la MFR, mes activités sont diverses:
– participation dans diverses sessions de formation sur la pédagogie de l’alternance,
– encadrement et animation,
– apprentissage du fonctionnement d’une association
– travail en collaboration avec les administrateurs et les salariés auprès des jeunes et des acteurs du territoire.

C’est avec un grand plaisir de partager mes expériences avec les jeunes en tant que formateur en Maths, EPI Végétaux cultivés et EPI Matériaux au niveau des classes de 3è et 4è. Ces formations sont une véritable opportunité pour moi de développer mes connaissances et mes compétences dans le domaine de l’enseignement et de l’animation, de la relation partenariale ; compétences que je pourrai réinvestir avec plus de brio dans la sensibilisation, l’encadrement et la formation des jeunes de mon pays, et ainsi atteindre mes objectifs professionnels.

 

 

CE QUI M’A POUSSE A PARTIR EN VOLONTARIAT

En juin 2017, j’ai reçu la demande d’AFLIDEPA (Association des femmes de Limonade pour le développement de la production agricole et artisanale) pour être candidat pour une mission de service civique. Cette association contribue à améliorer les conditions de vie des femmes et de jeunes filles en milieu rural, le renforcement de la capacité des femmes à construire leurs autonomie et leurs connaissances dans différents domaine comme; l’Agriculture l’élevage et la transformation. Un mois après, ma candidature a été retenue. Mais avant ce processus, je rêvais de visiter la France parce qu’au cours de mes études secondaires, j’étudiais l’histoire et la littérature françaises. Haïti est un pays en situation difficile où les jeunes sont toujours à la recherche du savoir par le biais de l’éducation afin d’acquérir le vrai bonheur.

Source image : https://www.republicain-lorrain.fr/ | Les nouvelles régions

CE QUI M’A LE PLUS MARQUE

Avant de partir, je pensais que les Français n’étaient pas un peuple accueillant. Mais vivre dans un autre pays c’est aussi se confronter à de nouvelles réalités. Ce qui m’a surpris à mon arrivée en France, c’est la culture, les infrastructures, la gastronomie, le climat, le décalage d’horaire et les services. J’observe à travers la vie quotidienne des gens que c’est un pays développé où il y’ a un niveau d’équilibre vital, tout bouge vite et rapidement. C’est un pays à climat tempéré, mais je n’aurais jamais imaginé qu’il faisait aussi froid ! J’ai quitté mon pays avec 27°C, et je suis arrivé à l’aéroport Blagnac Toulouse très surpris avec -2°C ! Je me sentais comme si j’étais à l’intérieur d’un frigo. Après quoi j’ai fini par remarquer que le soleil d’Haïti c’est une richesse.

Au début, je n’ai pas eu l’envie de manger, car les plats étaient généralement fades pour moi, habitué à manger très épicé et salé. Tout cela demande juste quelques jours d’adaptation, après quoi tout va bien. Ce qui me gêne le plus, c’est que les français connaissent généralement Haïti que par des mauvaises images projetées par les médias surtout quand il y a des catastrophes. Je profite de mon séjour pour partager avec eux les bons moments du pays.

Pendant que je dispense des cours à la MFR et que je vis en compagnie des jeunes, j’ai été vraiment choqué de voir comment les problèmes de comportement chez eux sont devenus une réalité scolaire et sociale très sensible. En effet, beaucoup d’élèves sont en difficulté d’adaptation, et ils constituent le sous-groupe d’élèves le plus susceptible d’abandonner l’école. Mais suivant des observations, j’ai pu remarquer que ce sont des problèmes liés à la vie conjugale des parents. En plus certains n’ont aucun respect pour le repas, et font beaucoup de gaspillage.

A chacune de ces situations, j’essaye à trouver une solution. Par exemple, dans le cadre mon cours EPI Matériaux, je monte un atelier de travail permettant de sensibiliser les jeunes à éviter le gaspillage et je les invite à faire le tri des déchets (Alimentaires et Non Alimentaires). J’anime aussi des séances de jeux d’association pour les débarrasser de certaines frustrations. Je me sens vraiment satisfait de mon Service Civique à la MFR bien qu’il y a parfois des moments difficiles à surmonter comme la nostalgie, la solitude. Le plus important, c’est que je fais mon Service Civique avec beaucoup d’enthousiasme, et surtout avec l’accompagnement d’une équipe dynamique.
 


QUE RAMENERAS-TU DE TON PAYS D’ACCUEIL ?

Après mon volontariat, je voudrais ramener des choses qui pourront être utiles à tous: des bouquins, des vêtements… Les beaux souvenirs, ce sont des choses qui m’appartiennent. Mais le plus important pour moi c’est la Formation Pédagogique par Alternance, c’est la plus belle chose que je pourrai partager avec la communauté que je représente et même tout le pays, c’est un outil efficace qui pourra permettre aux jeunes de réussir autrement avec la mise en place des MFR en Haïti, je souhaite bien partager cette expérience. Globalement, je dirais que cette expérience là me donne la possibilité en tant que jeune de m’intégrer plus profondément dans le développement de mon pays.