En Inde, des volontaires engagé-e-s pour la francophonie !

A l'occasion de la journée internationale de la francophonie, Pauline et Jacques, volontaires de solidarité internationale en Alliance française en Inde nous parlent de la francophonie.

18/03/2021

Pauline, VSI Alliance Française de Chandigarh

Je m’appelle Pauline, j’habite à Chandigarh en Inde et j’y enseigne le français dans une Alliance Française.

La francophonie est donc une partie intégrante de mon métier et de mon rôle à l’Alliance car je suis une des représentantes de la Francophonie. C’est vrai que les étudiants sont plus intéressés par la France que la francophonie car ils voient une certaine authenticité et imagine que c’est ça le « vrai français ». En effet la France est souvent considérée comme supérieure par les apprenants c’est pour ça que mon rôle est très important pour leur montrer que le français n’est pas seulement la France mais également d’autres pays du monde et que la langue en est très riche de par sa diversité.

A Chandigarh, la plupart des étudiants sont plutôt intéressés pour aller au Canada qui fait partie de la francophonie mais c’est vrai qu’ils l’oublient souvent.

En tant que professeure c’est donc mon rôle de leur faire découvrir la francophonie, évidemment je ne suis pas une experte non plus car j’ai toujours vécu en France et que je ne connais pas toutes les traditions des autres pays francophones mais c’est pour moi très important de leur montrer toutes les cultures. Je compare souvent le monde anglophone avec le monde francophone pour qu’ils comprennent vraiment car c’est vrai que l’Inde est un pays anglophone souvent délaissé dans les cours d’anglais en France par exemple.

Selon moi, parler de la culture francophone est très important pour l’ouverture d’esprit des étudiants et aussi éviter le racisme et enlever l’idée de supériorité de la culture française. J’aime beaucoup partager avec mes étudiants sur les différentes cultures de l’Inde et donc leur parler de la francophonie me permet également de montrer cette diversité.

Je trouve que c’est de plus en plus facile de parler de la francophonie car maintenant dans les ressources que nous utilisons il y a de plus en plus de documents provenant de pays francophones tels que le Sénégal, le Vietnam ou le Québec. Si je dois comparer à avant, la place était beaucoup plus donner à la France et maintenant ça se diversifie beaucoup plus.

Pour cette semaine de la francophonie, j’ai créé beaucoup d’activités avec mes étudiants pour qu’ils découvrent la culture musicale, littéraire ou artistique des pays francophones. Ils ont dû rechercher sur internet des informations mais ils ont eu beaucoup de difficultés car ils se sont plutôt concentrés sur la Belgique ou la Suisse. Mon rôle a donc été de leur montrer les autres pays francophones. Ils étaient très contents car cela leur a permis d’en apprendre plus et de découvrir des films ou des musiques qui leur correspondent également.

Je pense qu’enseigner la francophonie à Chandigarh est assez difficile car la plupart des étudiants sont intéressés seulement par le français pour immigrer au Canada, c’est donc un grand challenge pour moi, mais je suis prête à le relever, car c’est très important pour l’ouverture d’esprit.

Jacques Bartz, VSI de France Volontaires auprès d’Alliance Française du Bengale

En Inde, et en particulier au Bengale, la France et le français jouissent d’une réputation inégalable. Partout, on entend parler de Sartre et Beauvoir, de Truffaut et Godard, ou encore de Monet et Renoir. Par ailleurs, les Bengalis, comme les Français, aiment parler, et manger, et parler en mangeant. Ils aiment aussi manifester. Il n’en faut pas plus pour créer des ponts entre les deux cultures. Alors, à l’Alliance française, nous nous efforçons de faire les connexions, véritables câbles porteurs de ce pont qui relie cette partie du monde à la France à travers des activités culturelles : festivals de films francophones, expositions d’artistes francophones en résidence en Inde ayant travaillé avec des artistes locaux, ateliers interactifs avec des artistes eux aussi francophones. Sans oublier le grand jour de l’année, le 20 mars, célébrant la francophonie dans le monde entier.

Pour celles et ceux qui ne le savent pas, il n’existe non pas une, mais bien deux francophonies, qu’il convient de distinguer. La première, la francophonie avec un « f » minuscule embrasse la totalité du monde francophone, principalement d’un point de vue linguistique. La Francophonie avec un « f » majuscule celle-ci, est une organisation internationale, et la seule du type qui regroupe des pays membres ou observateurs (88 au total) autour d’une langue. C’est un fait unique au monde : aucune autre communauté de ce type n’existe. Regroupés autour de la langue française dans tous ses sens, les membres et observateurs partagent des valeurs universelles de solidarité, d’appui à l’éducation, de diversité culturelle ou encore de développement durable. Elle organise notamment ses propres jeux, à l’instar des Jeux Olympiques.

Depuis juillet 2019, je suis intervenu à l’Alliance française du Bengale à Kolkata en tant que référent pédagogique et depuis juillet 2020 en tant que directeur adjoint et pédagogique. L’Alliance française du Bengale en particulier et le réseau des 800 Alliances du monde en général, sont l’exemple parfait de la promotion de la langue et cultures françaises et francophones. Quotidiennement et pendant des heures durant, les professeur.e.s diffusent tout au long de leurs cours, à des centaines, des milliers, des millions d’apprenant.e.s leur passion pour la langue française.

J’ai, moi-même appris le français, non pas à la maison, mais à l’école. Issu d’une famille immigrée, c’est à l’école de la République que j’ai appris à parler français, à tel point que j’en ai presque oublié ma langue maternelle. Et aujourd’hui, c’est à mon tour d’enseigner le Français Langue Étrangère (FLE) avec toute ma passion, mes clowneries et mes encouragements. C’est pour moi, une sorte de juste retour de ce que m’a apporté la France à travers son système scolaire.

Plus encore que les apprenant.e.s, ce sont les enseignant.e.s non-natifs/ves francophones que j’admire pour leur capacité à enseigner une langue qui n’est pas la leur originellement, mais qu’ils ont su apprivoiser pour en faire leur compagnon de vie. Et moi de pouvoir les accompagner dans le développement et le partage de leurs compétences.

Et puis, le temps où le français appartenait à la France est bel et bien révolu. Comme l’anglais n’appartient plus à l’Angleterre, l’espagnol à l’Espagne ou encore le portugais au Portugal, la langue française varie, évolue, se transforme là où elle est parlée. Ainsi, on clavarde (clavier + bavarder) avec nonante (quatre-vingt-dix) amis avant d’ambiancer (mettre de la bonne humeur) les quatre coins de la Francophonie, ou on reste tout simplement en pice (à la maison).

Quand on apprend le français, on n’apprend plus « la France ». On apprend plus que ça. On fait partie de cette communauté d’apprenant.e.s de plus de 132 millions d’individus (la deuxième langue étrangère la plus étudiée dans le monde après l’anglais) qui découvrent à travers la langue une ouverture sur le monde, une autre façon de penser notre environnement, auxquels s’ajoutent les 300 millions de locuteurs et locutrices répartis sur les cinq continents.

Les détracteurs diront qu’il s’agit là d’un vestige de l’empire colonial français. Certes la Francophonie n’existerait pas aujourd’hui sans les colonies. Et malgré tout le mal dont ont souffert les peuples subordonnés pendant cette période de l’Histoire de France, c’est bien ce qui en a résulté aujourd’hui qui importe. Mais faîtes l’expérience vous-mêmes : demandez à un Québécois, une Acadienne, un Guyanais, une Camerounaise, ou un Calédonien ce que représente la langue française pour eux… Ils vous parleront des différences avec le français de France, de leur incroyable facilité à communiquer dans leur langue avec des locuteurs à l’autre bout du monde ou encore de la transversalité culturelle de leur communauté mondiale.

Je continuerai donc d’exercer mon métier de soldat du FLE afin d’apaiser les ardeurs de l’intolérance et de promouvoir la chaleur de la communauté.