Prendre confiance en soi : le service civique international comme étape pré-emploi

25/01/2018

Claire, envoyée par Pistes Solidaires au Centre de protection sociale Hoa Sen dans la région de Hué, prend plaisir à nous raconter son expérience en service civique. Au-delà, des découvertes qu’elle fait auprès des enfants et des élèves vietnamiens à qui elle enseigne, elle se découvre elle-même à travers les activités dont elle est en charge.

Claire, peux-tu te présenter en quelques mots ?

Je suis une personne calme et patiente, sociable, curieuse et ouverte d’esprit ! Mais je suis assez discrète voire timide, un peu maladroite et plutôt du genre à remettre tout au lendemain.

Mais quel est ton parcours ?

J’ai passé mon lycée à l’internat parce que je n’arrivais pas à travailler à ce moment-là. Mais je m’y suis mise et après mon bac général économique et social j’ai commencé une double licence en Droit et en Economie. J’ai arrêté au bout d’un semestre car je voulais faire des études d’assistante sociale. J’ai commencé l’année suivante cette formation en parallèle d’une licence de psychologie. Trois ans d’études très enrichissantes durant lesquelles j’ai fait beaucoup de stages. Mais une fois diplômée, je me sentais pas prête à travailler. Je me suis donc intéressée au volontariat à l’étranger.

Peux-tu nous parler de ta structure d’accueil et de ta mission ?

Ma mission se passe dans un centre de protection sociale. C’est une maison pour les enfants, certains sont orphelins, d’autres ne peuvent pas vivre dans leur famille pour différentes raisons (maladie des parents, maltraitance, difficultés économiques…). Elle a été créée par un couple franco-vietnamien, Thuy et Jean. C’est un endroit multiculturel car ils louent des guesthouses pour des touristes du monde entier et il y a souvent des bénévoles vietnamiens ou français qui viennent donner des cours ou faire des jeux avec les enfants, surtout en été.

Ma mission consiste à donner des cours d’anglais à des enfants de l’orphelinat et certains enfants des villages alentours. Je donne aussi des cours de français, d’anglais et d’espagnol à des étudiants et des jeunes adultes. La plupart sont étudiants à l’université de langues ou de tourisme pour devenir guide touristique ou professeur. Thuy est allée dans les universités pour prévenir les étudiants de la possibilité d’avoir des cours gratuits ici. Plusieurs d’entre mes élèves connaissent le lieu depuis longtemps ou par le bouche à oreille. Le reste du temps, je le passe avec les enfants – je prends presque tous mes repas avec eux -, je prépare mes cours et je participe aux activités, aux événements. Sinon, je prends mon scooter et je vais me balader dans Hué, visiter, prendre un café ou encore goûter des spécialités…

Pour quelle(s) raison(s) ce projet de service civique au Vietnam?

Comme je l’ai dit, j’ai eu mon diplôme en juillet et je ne me sentais pas prête à travailler. Je ne me voyais pas non plus me lancer directement dans un Master de Psychologie. Je cherchais une expérience qui me permette de grandir pour me sentir prête à me lancer dans le travail social.

Grâce à mes études j’ai eu beaucoup d’expériences dans le social en France, je voulais découvrir autre chose à l’étranger. Je voulais surtout me confronter à une culture différente, un autre environnement, m’y adapter et rester suffisamment longtemps pour apprendre pleins de nouvelles choses ! Je voulais être avec des enfants car je pensais que le contact serait plus simple, plus direct. J’ai postulé à plusieurs endroits, au Maroc, en Tunisie, en Israël mais la première mission que j’ai vue était ma préférée : au Vietnam ! Je n’y croyais pas trop car ils ne prenaient qu’une personne ! Et finalement, voilà, j’y suis !

Quels sont les aspects préférés de ta mission ?

Ce que je préfère, c’est les cours de français surtout avec les étudiantes qui ont un niveau A2-B1. J’aime beaucoup transmettre ma culture et ma langue. Les étudiantes sont très intéressées par tout ce que je peux leur apprendre sur la France et les français. On a préparé un dossier sur les spécialités culinaires du nord et du sud. En plus de me rappeler que je manquais de cuisine française, cela m’a donné envie de visiter plus la France. Cela ne m’a pas demandé beaucoup de préparation contrairement aux autres cours.

Pour le français, je dois être un peu patiente et faire attention. Comme c’est ma langue maternelle, je dois faire l’effort de me mettre à la place de mes étudiantes vietnamiennes. Je suis impressionnée par leurs capacités d’apprentissage quelle que soit la langue, ils sont intéressés. C’est chouette ! Bon, à part les enfants… ça c’est une autre histoire.

J’aime bien aussi animer les débats que l’on fait en anglais. Il y a un groupe avec lequel j’en fais souvent. Beaucoup d’éléments de nos différentes cultures ressortent durant ces débats et j’en apprends beaucoup sur la culture vietnamienne.

J’aime beaucoup les cours d’anglais quand mes étudiantes m’emmènent découvrir des spécialités dans des restaurants locaux ou visiter des endroits qui ne sont pas toujours dans les guides touristiques.

Finalement j’adore cet échange de culture et de connaissances !

Quelles compétences, savoir-faire et savoir-être développes-tu ici à Hoa Sen?

Plutôt timide et ayant du mal à parler devant un public, je développe vraiment cette capacité et ma confiance en moi. Je progresse énormément en anglais et en espagnol, et même en français ! Et puis, je développe une flexibilité linguistique (ca se dit ?).

J’ai vraiment appris à m’adapter, même si dans les premiers temps ça a été difficile. Je ne m’attendais pas à devoir faire autant de cours et je ne pensais pas être face à des étudiants ayant un bon niveau. Au début je ne m’en sentais pas capable, je me suis lancée avec difficulté mais maintenant ça le fait !

Je développe ma créativité car je dois trouver tout le temps des nouvelles idées pour les cours. Je dois aussi m’adapter au niveau, au fait de ne pas parler vietnamien, de ne pas avoir la même culture.

Plus personnellement, j’apprends à vivre un peu plus au jour le jour, au rythme vietnamien. Parfois les élèves ne viennent pas, annulent au dernier moment ou pas, ou encore j’ai des nouveaux élèves qui débarquent sans prévenir. Je fais avec.

Je me suis détachée aussi de mes repères français, et du confort de là-bas. Je vis ma petite vie toute seule dans un pays très différent et je m’adapte.

Dans ta vie de tous les jours, qu’est-ce qui te marque particulièrement à Hué ?

Les différences avec la France, tout l’environnement change. L’architecture très colorées, avec pleins de motifs et de formes différentes. Les restaurants avec toutes leurs spécialités, les routes, et puis la circulation, tous ces scooters partout ! La gentillesse des gens, bien sûr. En ville ils sont très prévenants envers moi, souriants et prêts à rendre service. A la campagne, où je vis, tout le monde me dit « hello » quand je passe. J’ai l’impression d’être une star ! Les enfants m’ont vite intégrée dans leur vie à l’orphelinat et les cuisinières me réservent tout le temps de la nourriture. Et puis les paysages sont magnifiques, la rivière des parfums, les montagnes au loin d’un côté et la mer de l’autre. C’est vraiment beau. Ce qui est bien à Hué, c’est que l’on peut facilement s’éloigner du bruit de la ville et trouver des beaux endroits calmes.

Et le Vietnam correspond-il à l’image que tu t’en faisais avant d’y être ?

Je ne sais plus trop. J’avais vu beaucoup de photos et de vidéos alors j’ai reconnu des endroits. Mais c’est tellement différent d’être là dans le décor en 4D, avec les odeurs. On ne peut pas totalement imaginer un lieu sans y être et encore moins un pays depuis un autre continent.

Sinon, qu’as-tu fait à Noël et qu’as-tu prévu de faire pour le Têt ?

J’ai passé Noël à l’orphelinat. On a préparé le sapin et des cadeaux une semaine à l’avance. Le jour du 24, l’après-midi, il y a pleins de familles des villages alentours qui sont venues pour participer à la loterie de Noël que Thuy avait organisée. Il y avait plein d’enfants, des bonbons, des gâteaux et un feu pour se réchauffe. Après la loterie, les familles sont reparties rapidement avec leurs cadeaux. Du coup, on s’est retrouvés entre nous et il restait plein de soupes pour nous.

Le 25 j’ai travaillé comme les autres jours. Je me suis sentie un peu nostalgique !

Pour le Têt, je serai à l’orphelinat pour toute la préparation. On va préparer les gâteaux traditionnels. Il parait que c’est un moment très convivial. Le soir du nouvel an, je serai là aussi. Il y aura des feux d’artifices, on jouera aux cartes, et puis on manger. Apparemment, la fête ne commencera vraiment qu’à partir de minuit. On ne va pas beaucoup dormir… Je partirai le lendemain pour le delta du Mékong rejoindre les deux autres volontaires de pistes solidaires qui vivent là-bas. Je vais y rester une petite semaine. J’aurais aimé être partout à la fois car des vietnamiens voulaient aussi m’inviter à manger chez eux à Hué mais je ne pourrai pas tout faire. Et puis ça va me faire du bien des petites vacances !

Enfin, as-tu des projets pour la suite ? A la fin de ta mission de volontariat que comptes-tu faire et où ?

Pour l’instant je n’ai pas plus avancé dans mes projets. Je ne pense pas repartir à l’étranger tout de suite ou alors moins loin, en Europe. Sinon, je voudrais passer mon permis et trouver un travail dans un centre d’hébergement.

Une petite anecdote pour la route ?

Je passe sur cette question. Je crois que j’en ai déjà dit beaucoup 😉

Ah, si ! On a fait des supers crêpes au chocolat pour tout le monde. Un très bon moment !

Pour en savoir plus sur l’association Pistes Solidaires :

http://www.pistes-solidaires.fr