Auriane et Martin, mobilisés dans la lutte contre le covid-19 au Cameroun

Auriane, Martin et leurs trois filles, au Cameroun depuis 1 an nous parlent de leur engagement. En volontariat de solidarité internationale, dans le domaine de la santé, leurs missions ont dû être adaptées face à la crise sanitaire.

12/08/2020

Pouvez-vous, vous présenter en quelques mots ?

Nous sommes Auriane et Martin, arrivés à Yaoundé depuis août 2019, avec nos trois filles Suzanne (8 ans), Lise (6 ans) et Thaïs (4 ans). Nous nous sommes envolés vers l’Afrique Auriane fraichement diplômée d’une formation de sage-femme et Martin, après 8 ans dans le conseil. Bien que Français, nous habitions Bruxelles depuis 9 ans.

Pour quelle(s) raison(s) ce projet d’engagement ?

Notre départ en mission n’était pas forcément un projet mûri de longue date : seulement 6 petits mois se sont passés entre le moment où nous avons eu l’idée de faire un volontariat et le jour où nous avons quitté la France ! Trois raisons principales nous ont permis de nous lancer et de réaliser c’était le bon moment : le désir de quitter un quotidien confortable pour nous mettre au service des autres, la volonté de vivre concrètement notre foi chrétienne et la perspective de vivre avec nos filles une aventure qui sorte un peu de l’ordinaire.

Quelle sont vos missions en tant que volontaires ?

Auriane : Je suis sage-femme au sein de l’Hôpital Dominicain Saint-Martin de Porrès. J’ai intégré l’équipe de la maternité et j’alterne entre les accouchements, les consultations prénatales et le suivi des femmes après l’accouchement. L’hôpital est situé dans un quartier populaire de la ville, Mvog Betsi, et a pour vocation d’accueillir les populations démunies.

Martin : Je suis gestionnaire d’une structure associative, EDISA qui est une centrale de médicaments approvisionnant une cinquantaine de centres de santé, de dispensaires et d’hôpitaux catholiques un peu partout au Cameroun. Au quotidien, je gère donc les achats de la centrale, afin d’assurer la disponibilité des produits, la préparation et le traitement des commandes passées par les différents centres de santé et toute la logistique liée au stockage et à l’expédition des médicaments.

Quelles sont vos missions spécifiquement liées à la crise actuelle ?

Auriane : L’hôpital et l’ensemble du personnel ont dû s’adapter pour éviter la contamination et se protéger. Au cours des premières semaines, l’ambiance au sein de l’hôpital a été assez marquée par le développement de la pandémie : nous suivions la situation sanitaire avec appréhension et craignions d’être contaminés. Finalement, malgré quelques alertes, nous avons réussi à trouver de nouveaux repères pour continuer à travailler. Et c’est tant mieux car le travail ne manque pas : avec la crise, beaucoup de gens évitent les grands hôpitaux de Yaoundé qui accueillent des malades du Covid-19 ; résultat, les patients se tournent vers d’autres hôpitaux comme le notre. Le nombre de consultations et d’accouchements a augmenté ces dernières semaines alors que nous travaillons en effectifs réduits !

Martin : Dans le contexte de la pandémie, les demandes des centres de santé se sont multipliées. Beaucoup de centres craignent les difficultés d’approvisionnement en cas de coupure des voies de communication dans le pays et aux frontières. Résultat, depuis deux mois, les ventes de la centrale ont doublé ! Avec la pandémie, EDISA doit aussi désormais répondre aux demandes des centres pour des produits de protection et de lutte contre le Covid-19 : masques de protection, thermomètres laser, gants de soin, tests de dépistage etc. Répondre à toutes ces demandes est un vrai défi compte tenu des prix qui ont parfois quadruplé et des risques de rupture de stock !

Comment avez-vous adapté vos missions de volontariats en cette période de crise sanitaire ? (Confinement, télétravail, mission spécifique…)

La principale nouveauté à laquelle nous avons du faire face est la fermeture des écoles de nos filles. Comme un peu partout à travers le monde, elles se sont retrouvées à la maison, un peu livrées à elles-mêmes avec des parents bien pris par leur travail. Il a donc fallu retrouver adapter autant que possible notre rythme, compter sur l’autonomie de nos filles, leur préparer des devoirs à la maison qu’elles font pendant nos journées de travail et que nous corrigeons ensemble le soir. 

A l’hôpital, le quotidien a bien sûr été adapté pour éviter la contamination : mesure d’hygiène, port du masque obligatoire, limitation des rassemblements, restriction des accès etc. Pour l’activité d’EDISA, il faut bien sûr continuer à se déplacer pour traiter les commandes mais, là aussi, on s’est adapté au contexte.

Ce qui est peut-être le plus difficile pour nous avec la crise du coronavirus, c’est que les mesures de confinement mettent un petit coup de frein à notre intégration dans le pays. On ne peut plus recevoir de collègues et d’amis à la maison, les festivités prévues à l’hôpital, dans les écoles ou ailleurs sont annulées. Et puis la crise est arrivée quand nous sentions que notre effort d’intégration réalisé au cours de nos six premiers mois de mission commençait à « payer ».

La crise sanitaire change-t-elle votre vision de l’engagement ?

Travaillant dans le milieu médical, nos missions respectives prennent tout leur sens dans le contexte actuel. Malgré l’inquiétude et les doutes des premières semaines, nous mesurons combien la crise donnait un élan nouveau à notre présence ici et à notre engagement aux côtés de nos collègues camerounais. Nous sommes heureux de pouvoir traverser cette crise avec eux, en nous efforçant de nous rendre le plus utile possible.

En voyant la situation en Europe et le dévouement de nombreuses personnes pour surmonter cette épreuve, on se dit aussi qu’une fois rentrée en France, il y aura sûrement 1000 manières de continuer à s’engager au service des autres. Cette crise souligne aussi certaines fragilités sociales, économiques et humaines de notre société pourtant si comblée matériellement. Là encore, ça nous donne envie de nous engager par la suite, dans un cadre peut-être moins extraordinaire qu’un volontariat international mais pour un besoin tout aussi réel.