Baptiste en volontariat de solidarité internationale à Yaoundé auprès d'un institut de formation

À Yaoundé, Baptiste s'est engagé comme volontaire de solidarité internationale : il est directeur adjoint d'un institut d'enseignement supérieur, la PrepaVogt. Ce "couteau suisse" nous raconte son expérience.

14/04/2021

 

Peux-tu te présenter en quelques mots ? Quel est ton parcours ?

My name is Ba…. Ba-ptiste

Je suis de nationalité française, diplômé d’une formation d’ingénieur en août 2019. Durant cette formation par apprentissage j’ai bénéficié de 3 années d’expérience professionnelle dans l’industrie automobile. Je suis parti en volontariat à la suite de l’obtention de mon diplôme.

Pour quelle(s) raison(s) ce projet d’engagement ?

Mon projet de volontariat est né d’un double désir d’engagement et d’épanouissement.

Ces 2 aspects sont étroitement liés à mon parcours.

D’engagement car durant mes études j’ai réalisé qu’il était pour moi indispensable de pouvoir s’engager bénévolement, au service, dans une activité en parallèle de son activité professionnelle. Après tout ce temps pris pour moi-même en vue de préparer l’avenir, j’ai décidé de rendre un peu de ce que j’avais reçu en me disposant au service durant 2 années.

D’épanouissement car ma première expérience professionnelle m’a fait réaliser l’importance d’un bon savoir-être que l’on ne va pas chercher à l’école. Gestion de l’humain, écoute, éthique, adaptation et communication sont autant de compétences humaines que le volontariat permet de développer mieux que toute autre activité.

Quelle est ta mission en tant que volontaire ?

PrepaVogtest un institut de l’enseignement supérieur qui forme des étudiants durant les années Bac+1 et Bac+2 afin de leur permettre l’intégration d’une formation d’excellent niveau à l’étranger dans l’une des écoles partenaires. Ces étudiants sont probablement les leaders de demain.

Le Cameroun est absent au classement des 10 meilleures universités africaines et la présence de formations de haut niveau telles que PrepaVogt devrait contribuer à « tirer vers le haut » le niveau académique général du pays.

De plus, PrepaVogt est un élément d’un projet plus large porté par les frères de la communauté Saint-Jean visant à réduire le phénomène de fuite des cerveaux. Outre PrepaVogt, la communauté Saint Jean est fondatrice de l’Institut Saint-Jean. Il s’agit d’une école d’ingénieur diplômante 100% au Cameroun dont la formation répond aux normes européennes.

Quelle est ma mission à PrepaVogt ?

Comme beaucoup de volontaires je suis un peu le « couteau suisse multifonction ». Je donne un coup de main çà et là pour des missions ou les compétences ne sont pas disponibles localement : management de la qualité, relation partenaires écoles & entreprises, révision des programmes académiques, accompagnement du projet à l’étranger, procédures de voyage, management, évènementiel…

Qu’as-tu appris/transmis ?

J’ai pu monter un séminaire de préparation au départ pour amener les étudiants à mieux peser le pour et le contre de leur projet d’étude et nous avons abordé les questions d’interculturalité. Pour un volontaire français en plein cœur de l’Afrique centrale c’est un sujet majeur !

J’ai pu transmettre le peu que je savais à certains collègues ce qui, je crois, les a aidés à évoluer dans leurs postes respectifs. J’ai réellement eu cette chance de pouvoir constater des avancées positives concrètes entre mon arrivée et mon départ !

Une anecdote à nous raconter ?

Les étudiants me font rire chaque jour. Par exemple, environ 1 semaine après mon arrivée, 2 étudiants viennent me présenter leur litige pour me demander de trancher. Un petit nouveau surmotivé voulait créer son propre club scientifique au nez et à la barbe du fier président du club « science expérimentale » car d’après lui « la concurrence favorise l’ardeur à la tâche ». Le problème a été résolu par en faisant appel à la technique « il doit croire que la solution vient de lui ».

Autre exemple : la frontière est souvent floue entre les relations personnelles et professionnelles en Afrique, d’autant plus lorsqu’une étudiante qui hier vous appelait « M. Delignières » passe subitement à « Tonton Delignières ». La raison ? Elle a enfin réussi à obtenir une bonne note dans la matière que vous enseignez.

Comment as-tu adapté ta mission de volontariat en cette période de crise sanitaire ?

PrepaVogt a été fermée comme tous les établissements du supérieur de mars à mai 2019. Légèrement prise de court, toute l’administration s’est mobilisée pour mettre en place un système de cours à distance et augmenter les services numériques à disposition des étudiants.

Nous envisageons la possibilité d’une 2e fermeture des universités en tenant toutes ces ressources numériques prêtes à être réactivées si besoin.

Sur le plan personnel, l’annonce de l’arrivée du virus sur le sol camerounais ne facilitait pas la vie quotidienne de l’étranger qui était sujet à de nombreuses injonctions désagréables dans la rue. Ces tensions se sont rapidement calmées lorsque chacun a constaté sans trop comprendre pourquoi que les populations d’Afrique centrale étaient relativement préservées par rapport au reste du monde.

La crise sanitaire change-t-elle ta vision de l’engagement ?

Quelle que soit la situation, l’engagement comme volontaire ne manque pas de nous placer face à de réels challenges, avec ou sans crise sanitaire.

Quelles ont été tes premières impressions à ton arrivée ?

Pendant les 6 premiers mois dans cette nouvelle culture, je baignais dans un état de quasi-béatitude. On se dit que « tout est merveilleux » et on traverse les difficultés en les voyant à peine pour ne retenir que les moments enrichissants. Pour cause, on apprend chaque jour. C’est lorsque la routine s’installe que d’un côté, on éprouve le bonheur d’enfin se sentir chez soi, mais de l’autre on perd peu à peu cet état d’émerveillement.

Quelles ont été les plus grandes difficultés rencontrées ?

Les relations interpersonnelles entre collègues. J’ai toujours combattu pour rester en bon terme avec tout le monde. Pour ce faire, je n’ai jamais été avare d’explications et d’excuses. Cependant, les Camerounais fonctionnent plutôt par non-dit et il a été pour moi désespérant de découvrir de fausses rumeurs à mon sujet qui se sont installées malgré tous les efforts réalisés.

Pour toi, qu’est-ce que l’Espace Volontariats ?

Un bureau où des gens vraiment sympas sont disponibles pour nous. Au début on va les voir parce qu’on a besoin d’aide dans nos démarches, mais le moment peut arriver où on va les voir sans raison particulière, sans manquer de repartir avec un moral qui est remonté.

Un conseil pour les futurs volontaires ?

Voyagez léger, autant dans votre valise que dans votre tête : gardez de la place pour vous laisser remplir par quotidien ou tout n’est qu’étonnement.