Bruno, volontaire permanent au sein du mouvement ATD Quart Monde

Depuis 2018, Bruno est engagé auprès de quartiers défavorisés à Antananarivo. Face à la crise du covid-19, il a dû adapter sa mission pour répondre aux besoins des familles les plus vulnérables. Voici son témoignage.

08/06/2020

Quelques mots sur vous et votre parcours avant de vous engager à Madagascar ?

Je m’appelle Bruno Dulac et je suis volontaire permanent au sein du Mouvement international ATD Quart Monde, en mission à Madagascar depuis 2018. J’ai une formation universitaire en management des entreprises et j’ai eu pendant vingt ans des fonctions de direction dans des grandes entreprises de distribution en France.

J’ai découvert ATD Quart Monde dans ma jeunesse à l’occasion de plusieurs stages puis, en milieu de parcours professionnel, j’ai décidé de réorienter ma vie en rejoignant ce Mouvement, très attiré par la cohérence entre d’une part ses convictions et d’autre part, l’engagement personnel et familial de ses membres.

Le choix du volontariat permanent au sein d’ATD Quart Monde suppose entre autres la disponibilité et la mobilité, qui se traduisent par des missions successives de l’ordre de cinq ans, dans des pays du nord comme du sud. Après différentes missions en France et en Tanzanie, ATD Quart Monde nous a proposés, à mon épouse et moi-même, de rejoindre Madagascar, et pour la première fois sans nos enfants qui poursuivent leurs études en Europe.

Pouvez-vous nous présenter les missions et objectifs d’ATD Quart Monde en France et à Madagascar ?

ATD Quart Monde mène des activités concrètes contre la pauvreté considérée comme une violation des droits de l’Homme. Son objectif principal est de susciter un changement de société en rassemblant des personnes de tous milieux autour des plus pauvres, et de conduire des actions de plaidoyer auprès des responsables politiques aux niveaux local, national et international.

Le Mouvement repose principalement sur l’engagement de ses membres, qui sont :

  • Les militants Quart Monde : des personnes qui ont vécu la grande pauvreté et choisissent de rejoindre ATD Quart Monde pour y apporter leurs réflexions, leurs expériences et s’engager activement pour soutenir des personnes encore plus démunies ;
  • Les alliés et amis, engagés au sein de leur milieu social, professionnel ou culturel, pour susciter des engagements en faveur d’une société plus juste.
  • Les volontaires permanents (environ 400 dans le monde), qui font de leur engagement contre la misère un choix de vie. Ils reçoivent une même rémunération modeste, quelle que soit leur qualification professionnelle, leur responsabilité ou leur ancienneté.

A Madagascar depuis 1989, ATD Quart Monde travaille avec des personnes vivant en situation d’extrême pauvreté à Antananarivo, notamment dans les quartiers d’Antohomadinika et d’Andramiarana (quartiers situés dans les marécages de la plaine d’Antananarivo).

En quoi consiste votre mission ?

Mes activités sont très variées : concrètement, je suis sur le terrain dans les quartiers d’intervention d’ATD Quart Monde pour y rencontrer des familles très vulnérables, auprès desquelles nous assurons un accompagnement global dans la durée. Je travaille avec des militants dans des actions de renforcement de capacités, par exemple en préparant des rencontres de notre Conseil d’Administration avec ceux d’entre eux qui sont administrateurs de l’ONG, ou en soutenant l’animation des activités hebdomadaires menées avec les jeunes.

Ma mission consiste également à mener des actions de représentations, à rencontrer notamment des partenaires et des autorités locales, et à rechercher des financements. Dans le cadre de mes activités, j’écris beaucoup de rapports, de comptes-rendus de rencontres et de réunions de travail. J’écris également sur ce que nous apprenons à la fois de la vie, de la résistance, du courage des personnes très pauvres, et de la conjoncture malgache dans le domaine de la lutte contre la pauvreté, pour alimenter les recherches et travaux de plaidoyer menés par le Mouvement ATD Quart Monde au niveau international.

Comment votre mission s’est-elle adaptée à la crise sanitaire actuelle ?

Engagés chez ATD Quart Monde, nous n’avons pas imaginé que la crise actuelle puisse nous couper des quartiers dans lesquels nous sommes engagés. Nous avons respecté les consignes sanitaires émises par les autorités, tout d’abord en arrêtant immédiatement toute activité collective regroupant plus de cinq personnes : bibliothèques de rue, universités populaires, ateliers de formation, etc. Malgré tout, nos activités sont restées intenses pendant ces semaines et notre présence dans les quartiers importante, mais très différente.

Nous avons mis en place des visites régulières auprès des familles les plus vulnérables pour échanger des nouvelles et apporter des soutiens spécifiques, financiers et/ou alimentaires. Famille par famille, nous avons organisé des activités de sensibilisation aux gestes barrières. Nous avons également monté, dans le respect des mesures de protection sanitaire, deux petits ateliers de fabrication de masques en tissus et un atelier de coloriage d’affiches de sensibilisation avec de petits groupes d’enfants que nous avons ensuite affichées dans les quartiers.

A plusieurs reprises nous avons rencontré des autorités sur l’organisation des tsena mora  (points de vente de produits de première nécessité), des aides présidentielles et du cash transfer. Nous avons organisé la distribution de trois tonnes de riz dans des opérations globales ou ciblées et avons contribué à l’achat massif de tapis fabriqués à partir de tissus récupérés pour assurer des rentrées d’argent à plus de cent familles.

Ce qui apparaît une fois encore, c’est l’extrême difficulté à laquelle font face les pouvoirs publics à repérer, à atteindre et à soutenir les familles les plus affaiblies. Le constat que nous faisons est que les aides sont parfois apportées de manière indifférenciée et inéquitable, n’atteignant pas dans de nombreux cas les plus vulnérables qui sont aussi, bien souvent, les moins bien informés. Nous pratiquons ou essayons de pratiquer une politique de non abandon des familles avec lesquelles nous sommes engagés, quelles que soient les circonstances, qu’ils s’agissent d’événements externes (comme cette crise) ou internes à la famille. Cette crise n’est pas terminée, mais je ne pense pas qu’elle aura un impact significatif sur notre action qui s’inscrit dans une très longue durée.

Avez-vous des conseils à donner aux futurs volontaires s’engageant à Madagascar ?

Je n’ai pas de conseil spécifique à donner, mais je crois que de manière générale, quand on arrive dans un pays c’est avec le désir d’y être utile, mais aussi et peut-être d’abord d’y être heureux ; de le connaître et d’en découvrir les beautés. Il faut savoir prendre le temps, ne pas juger a priori, avoir un regard positif et bienveillant. Cela n’empêche pas d’être lucide : dans toute culture, certaines pratiques ancrées dans la tradition peuvent être profondément injustes, contraires aux droits humains et doivent être combattues… ainsi je retiens qu’il faut savoir prendre son temps, écouter, observer, chercher à comprendre, changer de regard, et surtout accepter d’autres références.

 

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