Cécile, enseignante, favorise l'apprentissage de la langue française en Tunisie

18/03/2021

Ta présentation

Je m’appelle Cécile, j’ai 37 ans et je suis arrivée en Tunisie en septembre 2019, dans le cadre d’un VSI avec la DCC (Délégation Catholique pour la Coopération). J’ai obtenu mon concours de professeur des écoles en 2006 puis j’ai enseigné en France, en Martinique et aux États-Unis au sein de différents systèmes éducatifs. J’ai par exemple exercé dans une école d’immersion américaine où j’enseignais à des élèves non-francophones. Cette expérience professionnelle a été une passerelle avec ma mission actuelle axée sur l’enseignement du FLE (Français Langue Etrangère).

Ma mission de VSI a plusieurs facettes : une partie de la semaine j’enseigne le français à des adultes – essentiellement tunisiens – dans la Medina de Tunis (niveau débutant et niveau perfectionnement) et le reste de la semaine je suis responsable des activités éducatives dans un centre d’accueil à Melassine (banlieue proche de Tunis) dans lequel on organise des ateliers pédagogiques et ludiques en langue française pour les enfants de 5 à 11 ans.

J’ai été envoyée par la DCC en Tunisie où j’y ai deux partenaires locaux étroitement liés : le Diocèse de Tunis pour les cours de français aux adultes dans la Médina et Caritas Tunisie pour les ateliers avec les enfants à Melassine. Caritas Tunisie a comme objectif d’aider les personnes migrantes et résidentes. Elle est spécifiquement engagée dans la création de micro-projets, dans le soutien scolaire aux enfants de quartiers populaires et dans l’accès aux services de santé. Caritas Tunisie gère également plusieurs foyers pour migrants en attente de rapatriement ainsi qu’un centre de formation pour femmes.

Pourquoi le volontariat ? Pourquoi la Tunisie ?

J’ai enseigné pendant plus de 10 ans dans différents systèmes éducatifs mais toujours dans un cadre scolaire. J’ai ensuite fait une pause de 2 ans dans ma carrière pendant lesquels j’ai voyagé à la découverte de différentes cultures et expériences. J’ai eu la chance d’avoir du temps pour penser à mon métier et à mes envies. J’ai alors éprouvé le désir de retrouver l’enseignement mais d’une façon différente. Je voulais redonner du sens à mon métier de façon à ce que l’élève, enfant ou adulte, soit la priorité et non les contraintes administratives, hiérarchiques ou autres. J’aime profondément l’enseignement mais je ne me retrouvais malheureusement plus dans les valeurs du système dans lequel j’exerçais. J’avais également une réelle envie de me spécialiser dans l’enseignement du français aux étrangers. Je trouve fascinante la richesse du plurilinguisme que l’on retrouve énormément en Tunisie avec la présence de multiples langues : l’arabe classique, le dialecte tunisien, le français, l’anglais…

J’ai fait le choix du volontariat pour redonner du sens à ce que je faisais. Pouvoir me détacher relativement du matériel est aussi un aspect qui m’a plu dans le volontariat : j’avais envie que le métier soit fait pour le sens qu’il a et non pour la rémunération qu’il apporte.

Lorsque j’ai postulé auprès de la DCC, je ne savais pas dans quel pays je serai envoyée et c’est un hasard que cela soit tombé sur la Tunisie ! J’en suis jusqu’à présente plus que satisfaite ! Même si mon volontariat a été particulier avec l’arrivée de la Covid et la fermeture des écoles ou la suspension des cours. Toutes les activités liées à l’enseignement ont été très impactées. Mais le positif en intervenant dans des structures sociales c’est qu’il y a une réelle motivation chez les apprenants et on sent une immense envie d’apprendre quelle que soit la situation extérieure. C’est important pour eux et ça c’est très motivant pour moi !

À propos de la francophonie

Comment est perçue la francophonie dans ton pays de mission ? Le français est-il pratiqué au quotidien ?

Le statut de la langue française en Tunisie est spécial car le Français a le statut de « langue étrangère privilégiée ». En effet, c’est la première langue étrangère qui est enseignée dans les écoles et ce dès la deuxième année du primaire. Le français a donc une place très importante et très particulière en Tunisie.

En même temps je me suis rendue compte en enseignant aux adultes tunisiens que le Français véhicule beaucoup de représentations, souvent fantasmées et parfois erronées. Mon objectif dans ma mission a donc été d’enseigner le français tout en mettant l’accent sur la compétence interculturelle, dans le but de valoriser la culture locale mais aussi de travailler sur les représentations que porte chaque langue. Cet aspect multiculturel est très intéressant à aborder avec les apprenants, et source de nombreux débats enrichissants !

Par rapport à la Francophonie il y a beaucoup l’idée ici, chez les Tunisiens, qu’il n’y a qu’un seul français à parler. Il n’y a pas du tout la notion de francophonie. Le français qui est « valide » selon eux est le français de « Paris » soit le français académique entre guillemets, celui qu’ils entendent le plus via la radio, la télévision etc… On essaye de travailler sur ces sujets aussi pour déconstruire leurs visions autour de la langue française et décomplexer son utilisation.

Que représente la francophonie pour toi ? Selon toi, est-il important de promouvoir la langue française et plus particulièrement la Francophonie ? Pourquoi ?

Moi j’aime la francophonie et je la défends ! Quand on est enseignante, et d’autant plus enseignante de Français, c’est que l’on aime cette langue française dans toutes ses dimensions ! Personnellement, je mets un point d’honneur à enseigner le français dans sa diversité, en tenant compte de l’interculturalité, des cultures locales et des cultures d’origines.

La Francophonie pour moi c’est la richesse de la langue combinée à la richesse des cultures.

Après cette mission… 

Après ma mission j’ai déjà choisi de rester en Tunisie car je suis tombée amoureuse du pays et de sa culture ! Je vais continuer l’enseignement à Tunis dans une école internationale à destination d’enfants majoritairement tunisiens. Au sein de l’établissement, un accent fort est mis sur les langues et des projets autour des langues sont proposés chaque année, ce qui m’intéresse énormément et complète logiquement ce que j’ai appris et mis en place pendant mon volontariat.

Et pour toi, le volontariat en un mot :

Égalité des chances