Clément, ingénieur au service de l’enseignement supérieur congolais

Après un diplôme d’ingénieur, Clément s’est engagé en volontariat de solidarité internationale avec la Délégation Catholique pour la Coopération (DCC) à l’Institut ULC-ICAM à Kinshasa pendant 1 an et demi. A la recherche d’une mission porteuse de sens, il souhaite participer au développement de l’enseignement supérieur en République Démocratique du Congo et permettre aux Congolais d’accéder, comme lui, à une formation d’ingénieur. Découvrez son récit.

25/04/2022

Peux-tu te présenter en quelques mots ? Quel est ton parcours ? 

Moi, c’est Clément Robic, 25 ans et français. Je suis en volontariat de solidarité internationale à la faculté d’ingénierie ULC-Icam à Kinshasa en République Démocratique du Congo, depuis un an et demi. Je suis parti avec la Délégation Catholique pour la Coopération. J’étais diplômé ingénieur de l’Icam en France en 2020. Ce VSI est donc ma première expérience professionnelle après mon diplôme mais, j’ai eu l’occasion durant mes études de faire 3 ans d’alternance dans l’industrie. Côté associatif, j’ai été très impliqué dans mon école et dans des associations sportives.

C’est quoi être formateur à la Faculté d’ingénierie ULC-Icam ?

Je vais d’abord commencer par présenter l’ULC-Icam : c’est une faculté d’ingénierie de l’Université Loyola du Congo, géré par les jésuites. En 2019, le partenariat avec le groupe Icam a été lancé afin d’apporter une formation d’ingénieur de qualité aux jeunes congolais. Nous avons plusieurs formations, de 3 à 6 ans d’études, avec un parcours sur la maintenance industrielle, un pour devenir ingénieur informatique et un parcours d’ingénieur généraliste, assez similaire à celui que j’ai réalisé.

Ma mission a commencé en tant que formateur, donc enseignant à la faculté. J’ai donné de nombreux cours, dans de nombreux domaines techniques, mais principalement en électronique, matériaux et énergétique. J’ai eu une charge de travail importante pour me replonger dans ces cours, bien que je les aie vus quelques années avant. Quand on est « de l’autre côté du tableau », on se doit de maîtriser le cours et de répondre aux questions. Finalement, c’était super ! Il y a eu beaucoup d’échanges avec les étudiants et beaucoup de sujets que j’ai pu approfondir.

Depuis la rentrée de septembre 2021, mon volume horaire de cours a beaucoup baissé. La raison est que je me suis davantage concentré sur les projets de la faculté. J’ai notamment travaillé à l’équipement et à l’organisation de nos labos. Plus spécifiquement, j’ai participé à la mise en place, et maintenant à sa gestion, du Fablab de l’ULC-Icam. Un Fablab, c’est un laboratoire de fabrication, un atelier où les étudiants ont accès à des technologies innovantes afin de réaliser des projets et surtout permettre de passer de l’idée à la réalisation. J’ai aussi eu l’occasion de travailler avec Orange RDC pour la création d’un Fablab Solidaire à Kinshasa, qui là, sera ouvert à une multitude de public.

Pour résumé, je n’ai pas le temps de m’ennuyer, mais c’est super, mes missions sont variées et passionnantes.

Atelier Fresque du climat avec mes étudiants

 

Pour quelles raisons ce projet d’engagement ?

Le point de départ a été celui de ne pas rentrer tout de suite dans la carrière pour laquelle j’ai été formé : celle d’ingénieur dans l’industrie. Ma première expérience professionnelle devait pour moi être porteuse de sens, comme le seront sans doute les suivantes. Puis, au fil des rencontres, j’ai entendu parler du projet de l’ULC-Icam, j’y ai tout de suite adhéré. Faire vivre à des jeunes congolais ce que j’ai vécu en tant qu’étudiant et participer à développer l’enseignement supérieur en RDC, étaient 2 raisons supplémentaires qui m’ont donné envie de m’engager.

Un projet qui te tient à cœur ?  

Je dirai que c’est celui du Fablab ULC-Icam. Celui où j’ai passé le plus de temps. A mon arrivée, il n’y avait rien. J’ai réceptionné et installé les machines, réalisé le déplacement d’un nouveau bâtiment et essayé d’organiser ce projet au mieux.

Je suis satisfait de ce projet quand je vois les étudiants y travailler avec engouement, en montant des stratagèmes pour que je puisse fermer l’espace un peu plus tard… ou encore quand les projets académiques réalisés au Fablab ont surclassé ceux des années précédentes. Puisque la fin de ma mission approche, j’ai aussi essayé de tout mettre en place pour que l’effervescence continue, même sans moi !

Les étudiants au Fablab travaillant sur les imprimantes 3D

Après 1 an et demi à Kinshasa, peux-tu nous dire ce que t’a apporté ta mission sur le plan personnel et professionnel ? Qu’as-tu appris et transmis ?

Beaucoup de choses ! Déjà, sur le plan professionnel, ça m’as permis de retravailler des notions techniques et d’aller plus loin sur certains points. La gestion de l’espace Fablab m’a permis d’acquérir des compétences, sur les machines et leurs maintenances, mais aussi, sur la réalisation de projets de robotique pour aider les étudiants. J’ai beaucoup appris sur la gestion de projet, la gestion de budget et même sur l’importation d’équipements.

Le travail avec les étudiants, m’a permis de développer des compétences managériales, certains avaient le même âge que moi (certains était même plus âgés) donc ce n’était pas forcément un exercice facile.

Personnellement, j’ai beaucoup gagné en confiance. J’ai eu des responsabilités que je n’aurai pas eues à mon âge en France donc je devais gagner en confiance pour les assumer. J’ai aussi renforcé mon adaptabilité, les surprises sont nombreuses ici, il faut savoir réagir vite et trouver des solutions.

Ta plus grande réussite dans cette mission ?

Elle est simple, comme mon départ approche, nombreux sont les étudiants ou mes collègues qui me demandent de rester plus longtemps. Signe que ma mission a été réussie, et ça me suffit !

Une anecdote à nous raconter sur ta mission ?

Tant de choses vécues à Kinshasa, je n’arrive même pas à choisir une anecdote spécifique. Je laisserai de côté les contrôles de police, les effets dévastateurs de la pluie, les excellentes soirées « Kin by night » ou l’extrême difficulté des transports à Kinshasa et je parlerai de la façon dont on m’a appelé durant ma mission, qui m’a beaucoup étonné au début. Il faut d’abord savoir que les titres sont très importants à Kinshasa, alors j’ai eu le droit à de nombreux : « Monsieur Clément », « Professeur », « Ingénieur » ou encore « Père » (un blanc enseignant à la cité, c’est souvent le cas). Mais je m’y suis fait, je m’en suis même joué. Et je savais que quand on m’appelait « Professeur » dans la rue c’était un grand signe de respect, et c’est toujours mieux que « Mundele » (blanc en lingala). 

Une chose que le Congo t’a enseignée ?

L’humilité. Même si ça peut paraître cliché. Les Congolais sont heureux, avenants et accueillants. Pourtant, leurs conditions de vie, comparées à la France, sont très différentes. J’ai vécu sans eau courante, avec du courant 1 jour sur 3, avec des routes de sables, mais ce n’était pas si grave. Mes voisins, mes amis et de simples inconnus gardaient le sourire malgré ces conditions.

La solidarité est très présente, ces problèmes sont oubliés via le lien social. Autour d’une table en plastique qui a déjà vécu, on partage une bière (elle reste fraîche quelques heures même sans courant) et on rigole, on échange et on vit, simplement.

Quels sont tes projets post-volontariat ?

Je vais commencer par du repos ! Mon volontariat a été intense donc je pense passer mon été en famille, entre amis et en voyageant en Europe. Ensuite, je compte chercher un nouveau poste à l’étranger. Comme j’ai bien apprécié mon expérience au Congo, j’aimerais trouver un poste en Afrique pour découvrir un autre pays de ce grand continent. Je cherche soit un poste d’ingénieur, dans le domaine de la transition environnementale ou un poste dans une structure agissant pour le développement, et pourquoi pas un autre volontariat mais de style VIE ou VIA.

Un conseil aux futurs volontaires ?

En un mot : partez ! L’expérience est incroyable et riche. Vous aurez la chance d’être vraiment utile pour les autres et de pouvoir grandir personnellement. Ce n’est pas toujours facile, certes, mais ces difficultés sont des obstacles à surmonter, et le chemin pour y arriver permet d’apprendre tellement !

En savoir plus 

Pour plus de renseignements, contactez l’Espace Volontariats Congo : ev.congo@france-volontaires.org