Coline, VSI du programme C2D au Musée National à Yaoundé

Après un cursus en sciences de l’information et de la communication, Coline a consacré une partie de son parcours à la recherche scientifique dans le domaine de l’histoire de l’art et des sciences du patrimoine. Aujourd'hui en Volontariat de Solidarité Internationale (VSI) en tant qu'appui au développement du Musée National du Cameroun à Yaoundé, elle nous raconte son expérience !

25/04/2022

Peux-tu te présenter en quelques mots ? Quel est ton parcours ?

Après un cursus en sciences de l’information et de la communication, j’ai consacré une partie de mon cursus à la recherche scientifique dans le domaine de l’histoire de l’art et des sciences du patrimoine.  En 2019, j’ai été admissible au concours d’attaché de conservation du patrimoine dans la spécialité patrimoine scientifique, technique et naturel (PSTN/Université Paris Diderot). Par la suite, durant un an et demi, je mis ma connaissance des patrimoines industriels et des cultures visuelles au service de l’Observatoire de l’Espace, le laboratoire culturel du Centre National d’Études Spatiales. J’ai fait partie du comité de rédaction de la revue Strate(s), une revue consacrée aux archives visuelles de l’histoire spatiale.  En créant ma propre association, La Focale des Patrimoines (Béarn / Pyrénées Atlantiques) mon objectif est de participer à la valorisation des patrimoines – matériels et immatériels – du Grand Sud-Ouest par le biais de la création contemporaine.  Ayant à cœur d’approcher les patrimoines culturels et naturels de manière transversale et ouverte, je suis passionnée par l’ethnomusicologie, les patrimoines industriels, et l’histoire de l’art. Aussi, après avoir passé 15 jours à l’Ecomusée d’Alsace en tant que médiatrice culturelle, j’ai mis fin à mon CDD afin d’effectuer un Volontariat Solidarité Internationale d’une année (V.S.I / France Volontaires / mars 2020 – mars 2021), comme appui au développement du Musée National du Cameroun à Yaoundé.

Pour quelle(s) raison(s) ce projet d’engagement ?

Ce projet d’engagement correspondait à ma volonté de travailler en tant que chargée de coopération culturelle à l’étranger. En effet, cela faisait un an et demi que je regardais attentivement les missions culture sur divers sites, mais elles sont assez rares. Cette mission entre dans le cadre d’une volonté plus large de faire carrière dans le domaine patrimonial et de faire une thèse sur les arts extra-européens, en croisant les disciplines qui m’ont toujours porté : l’histoire de l’art contemporain et les sciences du patrimoine. Je n’aurais jamais imaginé être sélectionnée pour le Cameroun au moment du dépôt de ma candidature et je suis heureuse de pouvoir accomplir cette mission dans ce pays, qui est particulièrement riche culturellement.

 

Quelle est ta mission en tant que volontaire ?

Mes missions correspondent à un poste d’attaché de conservation du patrimoine en France. Aussi, il s’agit de travailler à la documentation des collections (informatisation, numérisation 3D), à la programmation culturelle (pilotage d’expositions, conférence scientifiques), à la recherche de partenariats et de mécènes, à la communication print et digitale. De manière générale, ma mission est de pérenniser et stabiliser l’information interne et externe du musée. Il y a également un volet formation des personnels du musée. J’assume également le rôle d’encadreur lors de l’arrivée de nouveaux stagiaires (relecture des mémoires, formations).

Qu’as-tu appris/transmis ?

Je tente de transmettre chaque jour, bien que la mission soit complexe d’un point de vue émotionnel et matériel : mes connaissances théoriques et pratiques lorsque cela est possible, dans le domaine des sciences du patrimoine. J’aspire à transmettre ma passion aux personnes que je rencontre, et qui fait que j’ai eu la chance de prendre l’avion jusqu’ici. J’apprends chaque jour aussi sur : les cultures au Cameroun, ses codes, ses langues, la manière de penser, vivre, être au monde de manière générale : d’un point de vue physique et spirituel. J’apprends aussi sur le fait de me positionner en tant que française dans un pays d’Afrique francophone, porteur d’une histoire particulière et qui se ressent au quotidien. Je rencontre des acteurs culturels chaque semaine, ce qui est particulièrement galvanisant et formateur (artistes, commissaires d’exposition, muséologues, chercheurs, concepteurs et techniciens…). J’ai même eu le temps d’obtenir un diplôme dans le domaine du Traffic Illicite des Biens Culturels, une formation que j’ai suivi à distance avec l’Ecole du Patrimoine Africain (Bureau UNESCO Dakar) ! Ce pays m’apporte plus que je n’ai le temps de transmettre – c’est pour cette raison même que j’espère du fond du cœur que cette aventure ne durera pas qu’une année !

Une anecdote à nous raconter ?

Je me suis facilement rapprochée de mes collègues, notamment de l’un d’entre eux, qui travaille à la fois au secrétariat du Musée National mais également en deuxième lieu, pour le secrétariat de la Direction du Patrimoine Culturel (DPC) du MINAC (Ministère des Arts et de la Culture) : Terence Besaka. Sa double casquette et notre entente parfaite m’amène à l’assister sur une mission dépassant le cadre de ma mission au Musée : il s’agit de la relecture du dossier UNESCO pour le classement du paysage culturel de Diy-Gid-Biy (extension du paysage culturel de Sukur, au Nord du Cameroun) au titre du patrimoine mondial. Cet immense travail ne nous empêche pas de trouver le temps de boire des bières et de nous raconter des histoires. Il m’arrive d’ailleurs très souvent de goûter de nouveaux mets camerounais au musée, comme l’a récemment fait le Directeur du MN, Dr. Hugues Heumen Tchana, en me faisant goûter le kilichi de Maroua !

Autres partages d’informations concernant la situation actuelle … ?

Je suis investie au Conseil de la Jeunesse ici à Yaoundé, qui fait suite au sommet Afrique France (octobre 2021). C’est une initiative de l’Ambassade de France au Cameroun qui me permet d’être en lien avec l’actualité géopolitique entre nos deux pays. C’est un plaisir que de partager au quotidien dans des cadres de travail différents. De nombreux sujets s’annoncent très porteurs entre le Cameroun et la France comme la question des restitutions/retours d’objets culturels. En attendant de repasser les concours des conservateurs du patrimoine dans les prochaines années… j’espère trouver d’autres opportunités et me rendre utile sur le continent africain grâce à mon expérience de terrain.

Quelles ont été tes premières impressions à ton arrivée (mal du pays ? intégration ?)

L’impression d’être complètement inadaptée, réellement non préparée à tous les phénomènes sociaux et culturels que je rencontrais. Je n’ai pas forcément ressenti le mal du pays, bien qu’on puisse sincèrement le ressentir après neuf mois de mission car j’ai aussi mes habitudes qui sont très ancrées en France… Mais c’est quelque chose à laquelle on s’habitue. Mon caractère me permettant de m’adapter facilement, parfois un peu trop, je finis par être très vulnérable au monde qui m’entoure, et je me fatigue physiquement et psychiquement sans que je m’en rende compte. Ici, j’apprends autant sur moi que sur les personnes qui m’entoure.

Quelles ont été les plus grandes difficultés rencontrées ?

Des difficultés d’ordre techniques ! Par exemple, avoir brûlé la carte mère de mon mac book en arrivant au Cameroun… Mais cela s’est vite solutionné. C’est en faisant des erreurs ou en vivant des difficultés que les missions à l’étranger deviennent réellement formatrices. Au quotidien… C’est plutôt la stabilité de la connexion qui manque !

Pour toi, qu’est-ce que l’Espace Volontariats ?

Un espace de conseils et d’accueil, un espace de secours également, lorsque les missions sont techniquement et logistiquement complexes à mener.

Un conseil aux futurs volontaires ?

Prendre le temps de s’adapter au pays, ne pas hésiter à s’intégrer à la vie locale. Parler avec les personnes du pays d’accueil, sans exception. Ne pas oublier en quoi consiste un volontariat – avec son aspect représentationnel. Se renseigner sur l’histoire du pays d’accueil afin de mieux comprendre certaines réactions, qui peuvent être mal interprétées au départ… S’exprimer sur les problématiques rencontrées, et surtout vivre pleinement l’expérience, avec toute sa volonté, en trouvant le bon équilibre entre sa vie personnelle et professionnelle.