Jimmy, ingénieur engagé pour les enjeux énergétiques et environnementaux aux Seychelles

Ingénieur de 38 ans originaire de La Réunion, Jimmy officie au sein de la Seychelles Energy Commission (SEC) dans le cadre d’une mission de Volontariat de Solidarité Internationale (VSI). Depuis près de 3 ans, il est chargé d’appui en efficacité énergétique et en énergies renouvelables. Il nous dévoile sa vision de l’écosystème énergétique des Seychelles et se confie sur les enjeux majeurs et les opportunités de développement auxquelles il contribue durablement pendant sa mission de volontariat.

24/06/2021

Parles nous de ton parcours avant ton VSI.

Je suis resté à La Réunion jusqu’à l’obtention de mon DEUG, puis je suis allé à Toulouse pour poursuivre mes études de mécanique à l’université Paul Sabatier. Après l’obtention de mon Master Pro en Modélisation et Simulation en Mécanique et Energétique, j’ai été embauché par une entreprise de sous-traitance aéronautique en tant qu’ingénieur structure. Suite à la fermeture de l’entreprise, j’ai décidé de changer de voie et de me reconvertir dans les énergies renouvelables et l’efficacité énergétique. J’ai donc postulé à cette mission de VSI avec France Volontaires, cofinancée en partenariat avec la Région Réunion et l’Union Européenne.

Quel est ton rôle au sein de la Seychelles Energy Commission ?

Mon rôle est d’appuyer deux de mes collègues responsables de l’unité énergies renouvelables et énergie management et l’unité de politique et stratégie énergétique. Cela consiste à leur faire des propositions ou recommandations techniques sur les différents projets en cours, mais aussi de mettre en place des outils pour améliorer l’analyse de données.  

Ile Romainville aux Seychelles

 

Que penses-tu de l’écosystème énergétique et écologique actuel des Seychelles ?  

L’écosystème énergétique des Seychelles est assez similaire à celui de La Réunion dans son organisation, mais en plus réduit. Les liens que les Seychelles entretiennent avec d’autres pays lui permettent d’avoir les expertises et investissements nécessaires pour développer ce secteur. Les énergies renouvelables sont peu développées pour le moment, elles ne représentent que 2.5 % du mix énergétique, essentiellement obtenue par les éoliennes et les panneaux photovoltaïques. Cela implique qu’il y a encore beaucoup de choses à faire et beaucoup de challenges à relever pour augmenter la pénétration des énergies renouvelables. Pour cela, les Seychelles font face à deux défis majeurs selon moi : le manque de compétences localement, et le manque de données disponibles sur les potentiels des différentes ressources d’énergies renouvelables accessibles. Pour ce qui est de l’écologie au sens général, beaucoup d’efforts sont faits pour préserver la diversité marine et les zones côtières déjà impactées par la montée des eaux.

Concrètement, comment contribues-tu au développement des projets en faveur de l’efficacité énergétique ? Peux-tu nous citer un projet auquel tu as pu contribuer ?

Lors de ma prise de fonction à La Seychelles’ Energy Commission (SEC), j’ai continué un projet qu’avait initié mon prédécesseur sur l’étude de la consommation d’énergie électrique dans les ménages. Je me suis essentiellement chargé d’analyser les données relevées et de présenter les résultats aux différents ménages ayant participé à l’étude et au ministre dédié.

La SEC a également organisé une session de formation d’auditeur énergétique afin d’avoir des auditeurs locaux ; formation que j’ai faite et réussi. Suite à cela, j’ai eu l’occasion de faire des audits dans des entreprises avec des consultants grecs pour un projet financé par la Commission de l’Océan Indien. Le but de ces audits était d’évaluer le potentiel de réduction d’énergie dans le secteur industriel. La deuxième phase de ces audits est de mettre en place un plan pour inciter et aider les industries à investir dans l’efficacité énergétique de leur société ; mais en raison de la Covid-19, nous avons dû reporter l’élaboration de ce plan.

En ce moment, je travaille à l’élaboration d’un projet pour analyser le potentiel d’énergie marine aux Seychelles et je récolte des données pour évaluer la capacité de panneau PV qui peut être installée sur les toits. Le but étant de définir une stratégie et un plan d’action pour atteindre les objectifs de mix énergétique.

Peut-on te qualifier d’ingénieur engagé ?

Je ne l’ai pas toujours été, c’est venu avec le temps, mais j’ai toujours eu des convictions. À un moment de ma vie, j’ai eu envie d’avoir une cohérence entre mon travail, son impact sur la société et mes valeurs.  

Pour toi, quels défis devront relever les ingénieurs de demain ?

Le réchauffement climatique et ses impacts déjà visibles, surtout dans nos îles, imposeront aux ingénieurs de demain de faire des choix avec des résultats immédiats et qui vont perdurer dans le temps.

Finalement, que t’a apporté cette expérience de volontariat dans l’archipel ?

La première chose que je retiens, c’est la découverte d’un nouvel environnement créole, similaire à La Réunion sur certains points, et différents sur d’autres. La seconde, c’est le contexte de l’énergie dans la zone Océan Indien, avec tous les défis et opportunités qu’il offre.

Jimmy et l’équipe de la Seychelles Energy Commission

 

Quels conseils donnerais-tu aux futur.e.s volontaires  ?

Mon conseil serait de ne pas avoir peur de se lancer et de quitter La Réunion. Ça peut faire peur, mais il faut se préparer un minimum et surtout ne rien attendre de spécial de l’endroit où vous serez. Prenez les choses comme elles viennent et adaptez-vous au contexte et à la culture locale. De plus professionnellement, c’est un vrai booster. On a des responsabilités qu’on n’aurait pas eues dans une entreprise à La Réunion ou en France métropolitaine. On rencontre beaucoup de gens et cela permet de se faire un bon réseau.

Jimmy lors d’une conférence à Abhu Dabi
Gabriel (ancien VSI réunionnais) et Jimmy aux Seychelles