Kaya, le volontariat comme transition professionnelle vers la solidarité internationale

Kaya est partie au Togo en tant que volontaire de l'Aide de l'Union Européenne pour le projet AVENIR piloté par France Volontaires. Elle nous raconte son parcours, sa mission et son expérience au Togo et les nécessaires adaptations liées à la crise sanitaire.

07/07/2020

Peux-tu te présenter en quelques mots et nous raconter ton parcours :

Je suis volontaire de l’Aide l’Union Européenne (EU Aid Volunteers) engagée dans le projet AVENIR – Action des volontaires européens et nationaux investis dans la résilience. Ce projet financé par l’Union européenne et coordonné par France Volontaires vise à améliorer la réduction de l’insécurité alimentaire, la santé communautaire, l’eau et l’assainissement, la prévention de l’érosion côtière et fluviale, et la gestion des volontaires. L’objectif général est de renforcer les politiques d’engagement des jeunes en tant qu’acteurs de la prévention, la gestion des risques, de l’amélioration de la résilience des populations, en Guinée, au Sénégal et au Togo.

J’ai été déployée, à Lomé, au sein de l’ONG Jeunes Volontaires pour l’Environnement (JVE) qui promeut, entre autre, l’écocitoyenneté chez les jeunes.

J’ai plutôt un profil « senior » puisque j’ai un long parcours d’engagement associatif en France & à l’international, à la fois bénévole et professionnel. Je suis particulièrement experte sur les questions de mobilisation jeunesse, de lutte contre les violences basées sur le genre et la protection de l’enfance sur des missions de coordination de projets, renforcement de capacités, management d’équipe, et développement organisationnel.

Pourquoi avoir choisi de t’engager comme volontaire ?

Le choix du volontariat s’est imposé comme une étape dans ma transition professionnelle vers les métiers de la solidarité internationale. Mon expérience professionnelle de presque 20 ans m’a permis, de voyager sans bouger, par l’accompagnement à l’insertion professionnelle de jeunes femmes issues notamment de pays d’Afrique de l’Ouest et Centrale. Ma démarche, en devenant volontaire, a été de sortir de « ma zone de confort », partager et transmettre mes compétences et savoir-faire, sur d’autres territoires, dans une perspective de renforcement de capacités et de davantage de solidarité Nord/Sud. La finalité étant pour moi de permettre aux communautés et professionnel.les africains de sortir d’un rapport de domination ou de dépendance vis à vis des pays occidentaux. C’était le moyen de mettre mes compétences au service d’un projet, de convictions profondes mais aussi m’enrichir de pratiques professionnelles, et de cultures différentes au travers d’un échange interculturel.

Peux-tu citer les compétences acquises au cours de ta mission de volontariat ?

J’ai surtout renforcé mes connaissances et compétences sur la thématique du changement climatique et des mesures d’atténuation grâce à l’expertise de mon organisation d’accueil et les compétences de mes collègues en la matière. Cela m’a permis de m’intéresser particulièrement à la question de l’agroécologie féministe et les enjeux liés à la santé et l’environnement.

En effet, les êtres humains sont au centre des préoccupations relatives au développement durable. Ils ont droit à une vie saine et productive en harmonie avec la nature. Les femmes ont un rôle fondamental à jouer dans l’adoption de modes de consommation, de production et de gestion des ressources naturelles durable et écologiquement rationnelle. Engagée sur les questions d’égalité femmes/hommes, je suis particulièrement sensible à l’implication des femmes dans la conservation de la biodiversité et le rôle qu’elles doivent jouer dans l’élaboration des politiques de conservation de la biodiversité.

Peux-tu nous parler de ta mission ?

Ma mission était initialement articulée autour de 3 axes :

  1. L’élaboration d’une étude de faisabilité sur la création d’un institut de formation « santé et environnement »
  2. Une dimension institutionnelle avec l’appui au pôle de coordination des branches locales situé à Kara avec l’objectif de renforcer la dynamique collective et le volontariat communautaire sur les projets de résilience face au changement climatique. L’ONG JVE est très active auprès de la jeunesse et les communautés sur l’ensemble du territoire togolais avec la promotion des kits solaires, la vulgarisation des foyers améliorés. Elle diffuse aussi des programmes de sensibilisation intitulés « Écologie et Conscience » dans les établissements scolaires et fait la promotion de l’entreprenariat vert. JVE est présente à travers 42 branches locales du nord au sud du pays.
  3. Au niveau du bureau exécutif de Lomé, ma mission peut être qualifiée de polyvalente. Elle a été axée sur l’appui à la communication et la mobilisation de ressources afin de pouvoir initier de nouveaux projets à fort impact social.

Comment ta mission s’est-elle adaptée à la crise sanitaire ? Que retiens-tu de cette période particulière ?

Ma feuille de route a bien évidemment été fortement remaniée du fait de la mise en place du télétravail dès le début de la crise sanitaire. Ma mission a donc été, auprès de JVE, davantage axée autour de l’appui à la communication, la conception et rédaction de projet et la mobilisation de ressources qui sont des activités adaptables au travail à distance. Malgré les aléas de connexion, j’ai pu accompagner l’équipe de JVE dans la mise en place et l’utilisation d’outils de travail collaboratifs numériques.

Très rapidement, les volontaires déployé.es se sont mobilisé.es sur la mise en place de projet de riposte à la COVID-19. J’ai choisi de contribuer à plusieurs initiatives :

  • Face aux enjeux liés à la désinformation durant la crise sanitaire, je me suis engagée dans la réalisation d’une newsletter hebdomadaire intitulée Cov’Infos. En effet, cette pandémie suscite de nombreux questionnements et de craintes. Ce qui amène les populations à vouloir, légitiment, s’informer par tous les canaux auxquelles elles ont accès. Certains de ces canaux ne sont pas fiables et peuvent donc aggraver les craintes, créer des doutes et multiplier les questionnements. C’est pour répondre à ce désir de s’informer et permettre aux nombreux acteurs du volontariat, au Togo et d’ailleurs, d’accéder à des informations fiables et vérifiées, que je contribue au comité de rédaction de la Cov’Infos avec l’Espace Volontariats du Togo et la participation active de 2 volontaires (VSI et volontaire de l’Aide de l’UE).Cette lettre d’information hebdomadaire relaie des informations crédibles et des initiatives innovantes dans le cadre de la réponse à la crise COVID-19. Cette expérience m’a permis de prendre conscience de la vitalité et des capacités d’innovation du continent africain face à une catastrophe annoncée notamment dans les médias occidentaux. Dans cet « afro-pessimisme » ambiant nous avons eu à cœur, avec l’équipe de rédaction, dans notre travail de veille, d’avoir une ligne éditoriale équilibrée mettant aussi en valeur les potentialités des pays du Sud.
  • Ma seconde contribution portait sur la conception d’un projet qui visait à accompagner la gestion des bornes fontaines, dans le respect des mesures de prévention, durant la période de gratuité accordée par la Togolaise des Eaux durant l’état d’urgence sanitaire décrété par le gouvernement.
  • Parallèlement, ma disponibilité m’a permis de soutenir, l’initiative au Togo de l’ONG AGIR. Présentée dans le cadre du hackathon #TousContreCorona, MOFIALA est une application mobile et site web mis à la disposition de la population pour sensibiliser sur le coronavirus et accompagner les personnes victimes des violences basées sur le genre dans la période de confinement et après. Elle n’est pas encore opérationnelle mais je l’espère très bientôt grâce à la démarche de plaidoyer que nous souhaitons engager pour obtenir le soutien des autorités togolaises.

Quels sont tes meilleurs souvenirs ?

Mon meilleur souvenir professionnel restera ma participation aux trois journées de travaux annuels de JVE au siège de Lomé (bureau exécutif, responsables d’équipe et d’antennes, président.es de branches locales, organisations partenaires).

J’y ai trouvé un bel exemple de démocratie interne, une expertise confirmée sur la question de l’engagement des jeunes sur les problématiques de changement climatique et d’accompagnement aux projets de soutien à la résilience des populations. La motivation des équipes y était palpable et enfin le sens de la responsabilité individuelle et collective prégnant. J’ai eu l’opportunité d’y présenter les enjeux d’une démarche de capitalisation.

Par ailleurs, en lien avec la journée internationale des droits des femmes, j’ai eu le plaisir de participer au talk-show radio « Agenda vert », en compagnie de mes deux collègues de JVE, Yahse Tomety et Ève Kuadkovi. Il nous semblait important de mettre en lumière et valoriser l’action des femmes, notamment du monde rural au Togo et dans le monde, dans la gestion durable de l’environnement. Le focus a été mis plus particulièrement sur la lutte qu’elles mènent dans le domaine de la souveraineté alimentaire et les grands défis auxquels elles font face.

Ce plaidoyer pour une agroécologie féministe vise à reconnaître le rôle des femmes rurales et des travailleuses du secteur agricole, et prêter une attention particulière à leur situation partout où, en leur ouvrant l’accès à une formation, à la terre, aux ressources naturelles et aux facteurs de production, au crédit, à des programmes de développement et à des structures coopératives, on peut les aider à participer davantage au développement durable.

Quelles ont été tes plus grandes difficultés ?

Forcément, le contexte de la crise sanitaire a bouleversé l’ensemble des activités. Ma mission aurait dû me permettre d’aller à la rencontre des équipes des branches locales afin de pouvoir contribuer à la stratégie de mobilisation jeunesse, notamment auprès de la coordination à Kara. Nous avions projeté de multiples ateliers de renforcement de capacités qui n’ont pas pu être mis en place. Le télétravail a permis de poursuivre certaines de mes activités mais de manière limitée. Paradoxalement, cela a aussi permis à mon organisation d’accueil d’interroger et d’améliorer ses pratiques, notamment au regard de l’usage des outils numériques. Ceci a d’ailleurs un grand intérêt pour eux du fait de leur déploiement sur l’ensemble du territoire togolais.

Enfin, une des difficultés importantes s’est révélée être parfois le manque d’adéquation dans la gestion de crise entre les directives du siège et la réalité du terrain. Ceci a pu provoquer certains décalages voire flottements.

Quelles sont, selon toi, les trois qualités essentielles pour devenir volontaire ?

Je dirai adaptabilité, tolérance et enthousiasme.

Qu’as-tu appris durant ton expérience ?

J’ai beaucoup appris sur l’implication des organisations de la société civile au Togo et leur vitalité, sur la mobilisation par des initiatives innovantes de riposte à la Covid-19, notamment, mais aussi pour répondre aux enjeux sociétaux. La jeunesse du continent africain est une ressource inestimable, en temps de crise, de par sa créativité et son esprit de solidarité.  Il convient de la soutenir et la valoriser dans son engagement pour résoudre les problématiques sociétales auxquelles elle est confrontée et spécifiquement pour accompagner la résilience des populations face au changement climatique.

Un conseil à donner à de futurs volontaires ?

Soyez curieux et ouvert d’esprit et surtout soyez sincère et authentique dans vos relations.

Qui es-tu : le portrait chinois

Si tu étais 

Un personnage célèbre : Euh je n’ai pas trouvé…

Un animal : Une antilope

Un objet : Un casque de moto

Un plat : L’aloko

Une couleur : Orange/ocre

Une chanson : Oulé de Toofan & Kassav (lol)

Un film : La Couleur pourpre

Un livre : Maya Angelou « Tant que je serai noire »

Un sport : la marche

Un métier : Zem

Un rêve : Un déjeuner dominical à Coco Beach juste avant le confinement

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