L'engagement de Maÿlis pour la promotion de la lecture au Cambodge

Depuis 2 ans, Maÿlis est responsable de la levée de fonds et de la communication pour l’ONG française Sipar, qui promeut la lecture au Cambodge depuis plus de 20 ans. Bientôt à la fin de sa mission de VSI, elle partage avec nous son expérience inspirante et nous raconte son engagement aux côtés d’une équipe locale passionnée et dynamique.

21/04/2018

PRESENTATION

  • Peux-tu te présenter en quelques mots ?

Maÿlis JANNIC, j’ai 33 ans et je suis volontaire chez Sipar depuis 2 ans en tant que responsable de la levée de fonds et de la communication. J’ai fait mes études en France, avec un échange universitaire en Inde qui m’a donné le goût de l’international. J’ai aussi mené des projets de solidarité en Afrique.

  • Pour quelle(s) raison(s) as-tu décidé de partir en volontariat au Cambodge ?

Après 7 ans de travail en France (4 ans dans le conseil et 3 ans dans le domaine de la solidarité), j’avais envie de renouer avec l’étranger. C’était aussi un projet de couple que mon mari et moi avions. On s’était dit « Un jour, on le fera », et on a concrétisé ce projet juste après notre mariage. On ne regrette pas du tout !

LA MISSION

  • Peux-tu nous parler un peu de Sipar ?

Sipar est une ONG française – créée il y a 35 ans – qui promeut la lecture au Cambodge : les Cambodgiens ne lisent pas beaucoup et il y a encore 30% d’illettrés dans le pays. C’est lié à la langue qui est difficile, c’est lié à l’histoire… Sipar met donc en place un réseau de bibliothèques et de lieux de lecture dans les écoles primaires, secondaires, maternelles mais aussi dans les hôpitaux, les prisons, les usines : aujourd’hui, on en compte 440, pour 640 000 bénéficiaires ! On a aussi des bibliobus qui circulent autour de Phnom Penh, de Siem Reap et une « bibliomoto » qui circule dans le Ratanakiri. L’objectif est de développer des habitudes de lecture et d’autonomiser les bénéficiaires, et cela passe notamment par la formation de bibliothécaires.

On a également tout un programme d’édition de livres en khmer pour les plus petits jusqu’aux plus grands.  Depuis 2000, plus de 2 millions de livres ont été imprimés ! Avec 16 collections de livres – fictions ou documentaires – Sipar a conçu plus de 170 titres différents. Pour ouvrir les horizons des jeunes lecteurs, nous traduisons des livres venant du monde entier mais nous publions également des livres de jeunes auteurs khmers que nous soutenons activement !

Enfin, nous diffusons des messages-clés sur la santé, l’environnement, la sécurité routière… On organise des sessions de sensibilisation sur ces différentes thématiques parce qu’on a compris qu’il y avait une demande d’information de la part des Cambodgiens. En France, tu entends partout qu’il faut « manger 5 fruits et légumes par jour » mais ici tu ne l’entends pas… Alors pourquoi ne pas aller au-delà des livres et diffuser ces informations-clés ?

  • Pourquoi avoir rejoint Sipar ?

Avant de partir, j’avais déjà interrogé des gens pour qu’ils me citent les ONG françaises ayant une bonne réputation au Cambodge et Sipar était dans la liste.

En plus de cela, Sipar est une association française mais je travaille avec 50 Cambodgiens et nous ne sommes que 2 Françaises ici : je trouvais ça super motivant de me plonger dans une équipe locale !

Enfin, c’était aussi pour tout le travail institutionnel que Sipar mène en collaboration avec plusieurs ministères. Je trouvais intéressant que le terrain puisse nourrir et influencer des politiques nationales. C’est pragmatique et inspirant : tu as un impact direct !

  • Quelle est ta mission au sein de Sipar ? Quelles actions réalises-tu ?

Je m’occupe de la communication et du fundraising, assistée par deux Cambodgiens et un stagiaire. La partie communication consiste à définir le plan de communication pour l’année et à décliner les outils de communication relatifs à cette stratégie. Au Cambodge, cela passe beaucoup par Facebook, mais aussi par les outils de communication traditionnels (rapport annuel, brochures, flyers, kakemonos et autres), et par des événements qu’on organise avec le soutien de nos partenaires.

En termes de fundraising, je cherche surtout des partenaires locaux plutôt que français, car, après une longue période d’aide des ONG, je pense que c’est maintenant aux entreprises locales de contribuer au développement de leur pays. Je m’occupe donc de nouer des relations avec le secteur privé : il s’agit d’identifier des entreprises, faire du networking, rédiger une proposition correspondant aux axes RSE du prospect, puis construire un programme qui réponde à la fois à ses besoins et aux tiens. Une fois le partenariat signé, il faut maintenir les relations.

Entre communication et fundraising, la priorité va au fundraising, mais finalement les deux sont liés : l’événementiel et les rapports que tu as à faire aux donateurs c’est un peu de la com’ mais c’est aussi du fundraising, par exemple.

  • Qu’est-ce que cette mission t’apporte ?

C’est surtout grâce à l’échange avec les autres membres de Sipar que j’ai pu apprendre. Par exemple, tout le côté institutionnel, ou encore le secteur de l’édition, que je ne connaissais pas du tout.

Au-delà de ça, j’ai surtout réalisé que la culture du livre n’est pas automatique et en même temps j’ai découvert à quel point c’était important. La préservation de la culture, l’identité cambodgienne, la langue, la valorisation du pays, mais aussi l’ouverture au monde… Tout ça passe par les livres, sans parler de leur impact sur la créativité et l’imagination des enfants ! Je ne me rendais pas compte à quel point le fait d’être confrontés à des images stimulait autant le cerveau des jeunes. Quand on arrive dans les villages avec nos bibliobus peints avec des motifs et des illustrations un peu extraordinaires, on attire des groupes d’enfants khmers qui regardent le bus avec des yeux émerveillés… Tu vois l’histoire qui défile dans leur tête !

En termes de savoir-être, j’ai appris la patience, le travail en équipe, et surtout l’écoute : tu ne partages pas la même langue donc il peut y avoir des incompréhensions. En France, on a une logique très carrée et on ne peut pas forcément calquer notre méthode ici. Il faut agir avec pragmatisme et compréhension en se focalisant sur les compétences de chacun, en les valorisant, tout en essayant de les faire monter en compétences. Nous – les VSI ou les expatriés – ne devons pas être irremplaçables !  

Maÿlis et Eva Nguyen-Binh, Ambassadrice de France au Cambodge

L’INTERCULTURALITE

  • Quelles sont les différences qui t’ont le plus marquées entre la France et le Cambodge ?

Ici au Cambodge tu as une douceur de vivre que personne ne conteste, je pense. On m’avait prévenue que les gens étaient souriants, et c’est vrai : le matin ton chauffeur de tuk-tuk te sourit et ça illumine ta journée, tu n’es pas dans le RER A [rires] ! Cette bonne humeur se transmet aussi dans les ONG, en tous cas, à Sipar, l’esprit est très familial et aussi très respectueux : tu n’es pas en France à devoir faire des horaires à n’en plus finir parce qu’il faut que tu prouves quelque chose, non ! La priorité c’est aussi ta vie, c’est ta famille. J’ai trouvé ça sain en fait. Bon, après, je reste aussi bizarrement française et quand j’ai un truc à finir je reste plus tard ; mais ça c’est le choix de chacun [rires].

J’ai aussi trouvé sur place une équipe dynamique, motivée, très engagée, d’autant plus qu’ils ont conscience que l’impact peut être énorme pour leur pays et leur avenir.

LES MOTS DE LA FIN…

  • Si tu devais résumer ton expérience du volontariat à l’international en une phrase…

C’est une expérience riche avec une équipe engagée, des projets innovants et pragmatiques, un réel impact sur le terrain, et utile pour accompagner les Cambodgiens et les futures générations de Cambodgiens à développer leur pays.

  • Un conseil aux futurs volontaires ?

Ne vous dirigez pas vers n’importe quelle structure de façon aveugle ! On connait tous les méfaits du volontourisme. J’ai récupéré des volontaires dégoûtés par ce qu’ils avaient vu et vécu. Renseignez-vous et passez par les structures qui existent, comme France Volontaires. Elles vous aiguilleront et vous serez sûrs que ce sera un partenariat gagnant-gagnant pour vous et pour la structure. Surtout au Cambodge, le pays des ONG, il ne faut pas se dire « Je vais y aller et je vais trouver quelque chose ». Non, il faut se préparer et il faut être vraiment impliqué dans la thématique. Plus vous serez engagé en amont, plus ça prouvera votre motivation et votre sérieux. Une ONG, c’est comme une entreprise finalement : ça fonctionne avec des objectifs, des résultats, et on ne veut pas d’un engagement à la légère, surtout quand ça a un impact sur le développement du pays. C’est un engagement multi-dimensionnel.

 

Visitez le site de l’ONG Sipar