Marie, une mission de volontariat de solidarité internationale dans le développement rural à Ouagadougou

Marie est une volontaire qui a déjà duré au Burkina Faso, bientôt deux ans qu’elle appuie Inter Réseaux Développement rural à Ouagadougou. Un témoignage à cœur ouvert qui mérite d’être parcouru.

07/07/2021

Peux-tu te présenter en quelques mots ? Quel est ton parcours ?

Je m’appelle Marie, j’ai 26 ans, et j’ai une formation en sciences politiques qui ne me destinait pas forcément à travailler dans le développement rural. J’ai grandi dans l’une des rares zones agricoles en banlieue parisienne, aujourd’hui menacée d’artificialisation – ce qui a sans doute forgé ma sensibilité pour ces questions. En 2017, je me suis retrouvée un peu par hasard en stage dans un centre de formation agricole au Togo, une expérience qui m’a beaucoup marquée. En rentrant en France, je me suis engagée en tant que bénévole dans une association de solidarité internationale, le CCFD Terre Solidaire. J’y ai beaucoup appris sur la lutte contre les inégalités économiques mondiales, la dépendance de nos systèmes agro-alimentaires, les mouvements de la société civile.

Pour quelles raisons ce projet d’engagement ?

Je voulais faire une nouvelle expérience d’immersion en Afrique de l’Ouest, j’ai donc cherché une mission qui collait à mes attentes. J’avais envie de confronter mes idées à la réalité du monde, aux modes de fonctionnement d’autres sociétés, à leurs aspirations.

Quelle est ta mission en tant que volontaire ?

J’effectue un Volontariat de Solidarité Internationale pour deux ans au sein d’Inter Réseaux Développement rural, qui est un réseau euro-africain qui promeut l’accès à l’information et les partages d’expériences sur le développement rural. Parmi mes missions, je conduis des capitalisations d’expériences portées par des acteurs ruraux : je rencontre ces acteurs, je les appuie pour mettre en récit de leurs expériences et identifier les bonnes pratiques à partager. J’anime également un groupe de réflexion et de travail sur la thématique de l’implication du secteur privé dans l’agriculture africaine dans le but de produire collectivement de la connaissance et de la partager ensuite.

Quelles ont été tes premières impressions à ton arrivée ?

J’ai tout de suite eu ce sentiment qu’il y a beaucoup de vie à Ouaga, les essaims de motos, la débrouille, les grins de thé, les maquis à chaque coin de rue. La culture de l’hospitalité m’a émerveillée, il y a une vraie chaleur humaine. J’apprécie beaucoup la spontanéité des relations sociales, les taquineries qui sont très utile pour s’intégrer et créer du lien.

Le sentiment d’une certaine absence de perspective m’a également frappée, surtout pour les jeunes qui forment la majeure partie de la population burkinabè, la moitié à moins de 17 ans. Ils ont des rêves plein la tête mais la situation est difficile, même pour ceux qui ont eu la chance d’étudier. Par exemple, c’est compliqué pour un jeune de se marier s’il n’a pas d’argent.

Qu’as-tu appris et transmis pendant ton volontariat ?

J’ai appris à ne pas avoir d’agenda, à accepter les mains tendues et les rencontres inattendues. Il y a une réelle présence au monde. J’ai également construit de forts liens d’amitié avec des personnes très différentes de moi.

Ce que j’ai transmis ? Peut-être ma curiosité sur le monde (je pose beaucoup de questions !), l’envie d’apprendre des autres.

Quelles ont été tes plus grandes difficultés rencontrées ?

Au début, je voulais tellement m’intégrer que je refusais de voir certains chocs culturels. J’ai mis du temps à accepter que parfois, oui, j’étais « choquée » par certaines choses et que je devais l’exprimer pour avoir des relations plus authentiques. L’autre aspect difficile est la distance qui me sépare de ma famille, de mes proches, mais faire du volontariat à l’étranger c’est ça également, il faut vivre avec et on invente d’autres moyens de se rendre présent.

Quelle est ta perception de la situation sécuritaire et sanitaire au Burkina ?

Ma perception est que nous sommes dans un pays en guerre, même si à Ouagadougou la situation se ressent différemment. Les restrictions de déplacements nous contraignent pour notre sécurité à ne pas quitter la capitale, c’est un frein pour connaître le pays. Les burkinabè eux-mêmes ne peuvent même plus aller dans certaines zones, les réfugiés sont très nombreux. Malgré tout, la population a une forte capacité de résilience sur les différentes crises qui touchent actuellement le pays, notamment les mécanismes de solidarité communautaire, c’est fascinant.

Avec les nombreuses restrictions de déplacement internationales liées à la Covid, vivre à l’étranger devient un choix plus radical (on a fait l’expérience que les frontières peuvent se fermer). Je trouve les mesures de lutte contre la Covid parfois inadaptées au Burkina. La situation n’est pas la même qu’en France, et le paludisme ou la sécurité alimentaire sont eux, des enjeux bien plus forts.

Quels sont tes projets post-volontariat ?

Je souhaite rester au Burkina Faso pour me permettre d’approfondir ma compréhension de la société burkinabè et de rester avec l’entourage que je me suis créée. La mission reste encore à trouver.

Une anecdote à nous raconter ?

Un jour, j’ai pris mon sac à dos et je suis partie à pied faire mes courses. En sortant de la maison, je tombe nez à nez devant une cérémonie de mariage. Les hommes étaient partis à la mosquée et les femmes dansaient. Elles m’ont pris par la main et m’ont invité à danser. J’étais un peu réticente, prétextant mes courses, mais je me suis rapidement retrouvée au centre du cercle, à danser avec elles. C’est une belle image de l’hospitalité et de la spontanéité des burkinabè.

Un conseil aux futurs volontaires ?

On part en volontariat avec l’envie d’apporter quelque chose aux communautés qui nous accueilleront. Pour moi, il est important d’avoir conscience qu’on va surtout apprendre d’elles. En arrivant dans un nouveau pays, on a tout à apprendre.