Morgane, VSI pour le renforcement des droits des populations autochtones au Congo

Au Congo-Brazzaville, Morgane est déployée pour l’ONG Initiative Développement en volontariat de solidarité internationale (VSI) porté par l’IFAID Aquitaine. Assistante technique pour un programme de renforcement des droits des populations autochtones, elle a partagé son temps entre Brazzaville, la capitale et la ville d’Enyellé à l’extrême nord du Congo. Elle souhaitait approfondir son expérience du terrain en s’engageant au plus près des communautés locales pour mieux comprendre les enjeux et les mécanismes de mise en œuvre de projet. Bilan après une année !

07/07/2022

Peux-tu te présenter en quelques mots ? Quel est ton parcours ?

Je m’appelle Morgane SEGER, française de 26 ans. Je suis arrivée en République du Congo il y a un peu plus d’un an, en avril 2021.

Je viens d’un parcours en économie du développement, initialement orienté sur les questions d’aménagement du territoire. J’ai choisi ce secteur après avoir mené plusieurs expériences de volontariats plus informels à l’étranger dans des petites organisations communautaires issues de la société civile œuvrant en faveur du développement, et dans l’optique de renforcer ma capacité à appuyer ces initiatives, en soutenant le renforcement, la structuration et la capacité de financement des structures les portant.

Auparavant j’ai travaillé en tant qu’évaluatrice sur des projets associatifs au Sénégal avec la coopération décentralisée des Yvelines (YCID) et en siège au sein de l’AFD et de l’ONG Santé Sud, ce qui m’a conduit à me spécialiser dans le suivi-évaluation et la gestion de projet.

Initiative Développement, c’est quoi ? 

Initiative Développement ou ID est une ONG française, qui participe depuis plus de 25 ans au renforcement de l’autonomie des acteurs pour qu’ils construisent et mettent en œuvre par eux-mêmes des réponses aux défis sociaux, environnementaux et économiques de leurs territoires. Basée au Congo depuis 2014, l’ONG œuvre actuellement sur des projets promouvant l’accompagnement des acteurs publics et de la société civile pour un développement local plus inclusif et participatif et le renforcement de l’accès aux droits, l’hygiène et l’assainissement ainsi que la gestion des ressources naturelles.

Quel est ton rôle au sein de ID ?

Au sein d’ID, je travaille en tant qu’assistante technique sur le programme NZELA (*la voie/la route en lingala), un programme de développement local promouvant les droits des populations autochtones dans le district d’Enyellé, au Nord du pays. Mon rôle spécifique est de coordonner le volet droit humains, c’est-à-dire que je suis en charge des activités de sensibilisations et de formations (orientées autour de la loi 5-2011 de protection et promotion des populations autochtones), de la relation avec les autorités et partenaires pour la promotion des droits et la remontée des cas de violations, de la supervision des études contextuelles sur la relation bantous-akas, des événements de plaidoyer comme la journée internationale des populations autochtones du 9 août, etc. Au-delà, j’appuie de façon transversale le responsable programme sur diverses tâches liées à la mise en œuvre, au suivi et au reporting des activités, à la prospection, ainsi que mes collègues sur les autres volets du programme (développement local, approche orientée changement).

Pour quelle(s) raison(s) as-tu décider de réaliser cette mission au Congo ? 

De par mon parcours, je souhaitais œuvrer sur le terrain, au plus proche des communautés, des bénéficiaires et des actions conduites afin de mieux comprendre les enjeux et la réalité très concrète de la mise en œuvre des projets.

Le projet NZELA est un projet qu’on peut qualifier de « pilote », du fait qu’il cherche à répondre aux enjeux de développement local en intégrant les problématiques sociales, quasi-anthropologiques, de la relation du milo : tutelle dominatrice exercée par les bantous sur les autochtones et engendrant des tensions entre les communautés de la zone. Ce qui le rend très intéressant de mon point de vue, c’est justement cette orientation : le fait que ces problématiques complexes constituent en quelque sorte le noyau du projet, ce qui pousse à réfléchir autrement la mise en œuvre des activités à tous les niveaux.

Après 1 an au Congo, peux-tu nous dire ce que t’a apporté ta mission sur le plan personnel et professionnel ?

Je dirais globalement une bonne compréhension du contexte, des codes culturels et des enjeux liés au développement et à la coopération au Congo, notamment ceux relatifs aux zones forestières. L’avantage est que navigant entre Brazzaville et Enyellé, j’ai pu voir des facettes très différentes et complémentaires du pays ce que j’ai trouvé très formateur, aussi bien sur le plan professionnel que personnel. Evoluer au sein d’une équipe nationale, qui plus est sur le terrain, m’a vraiment permis d’appréhender la réalité de la mise en œuvre des projets au Congo, mais aussi le quotidien de la vie et du vivre-ensemble « à la congolaise ».

Ta plus grande réussite dans cette mission ?

Avoir réussi à comprendre le fonctionnement du pays et des codes sous-jacents !

J’ai également beaucoup aimé coordonner la caravane des droits, une sensibilisation itinérante dans les villages pour laquelle nous avions monté différentes activités comme un théâtre-forum sur les droits humains, des jeux pour promouvoir le vivre-ensemble et une projection vidéo le soir. C’était un vrai travail en équipe et on a eu des retours très positifs des communautés avec un public mixte et très large. C’était un plaisir de dérouler ces activités avec les communautés des villages plus excentrés qui ont tendance à être plus difficiles à associer à ce type d’événements, du fait de leur éloignement.

Une anecdote à nous raconter sur ta mission ?

Contrairement à la première idée que les gens ont tendance à se faire (compte tenu que la vie au village suppose la non-réunion de quelques conditions du confort « moderne »), vivre à Enyellé apporte un équilibre très agréable à la mission et est riche en enseignements.
On s’occupe différemment qu’à Brazzaville pour sûr mais il y a une super ambiance d’équipe ! Les sessions barbecues, les excusions dans les villages sur la trace des hippopotames et dans la forêt à accompagner la cueillette des chenilles avec les Akas, les traversées en pirogue des mangroves pour assister à une fête traditionnelle… ont leur charme propre !

Une chose que le Congo t’a enseigné ?

Une bonne dose de patience stratégique et de diplomatie, et la capacité à se montrer flexible et à rebondir sur des solutions alternatives pour arriver au bout de la démarche.
Ce qui était le plus formateur a été la collaboration avec mes collègues nationaux qui m’ont progressivement enseigné les codes du pays et auprès de qui j’ai appris et découvert quotidiennement (et eux aussi je l’espère !). Au Congo, il faut se défaire de ses propres barrières et être attentif aux visions de tout à chacun pour entrevoir les obstacles et difficultés potentielles sous un autre angle. Finalement tout fini par se dérouler, même si cela peut prendre des formes différentes et plus de temps que prévu. Il faut savoir trouver l’équilibre d’une bonne collaboration dans l’esprit du « on est ensemble » congolais.

Quels sont tes projets après ce volontariat ?

Je vais continuer à travailler au Congo, mais je change de veste (comme on dit ici) et rejoins l’Agence Française de Développement où j’aurais la charge du suivi des projets ONG et du portefeuille forêt, agriculture et environnement.

Un conseil aux futurs volontaires ?

Rester ouvert à la découverte en étant patient, attentif et humble. Sans oublier de tendre l’oreille aux conseils de vos collègues nationaux qui sont des alliés précieux pour comprendre les subtilités et multiples facettes du pays et ses codes !

 

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