Pétronille, volontaire burkinabè à Carcassonne

Venue du Burkina Faso, Pétronille réalise une mission de service civique auprès du Conseil départemental de l'Aude. Son objectif ? Promouvoir les objectifs de développement durable. Elle nous raconte sa mission mais aussi sa découverte de la France et nous livre son regard sur le volontariat.

23/04/2020

Qui es-tu ?

Peux-tu te présenter en quelques mots ?

Je suis Judith Pétronille Kaboré, volontaire internationale burkinabè en service civique au Conseil départemental de l’Aude à Carcassonne. J’ai 25 ans et je suis titulaire d’une licence en anglais.

Pour quelles raisons ce projet d’engagement en service civique ?

Je me suis engagée en service civique car, tout d’abord, être un acteur dans le développement des communautés à travers l’inclusion m’attire énormément. J’ai vu dans ce projet d’engagement une opportunité de servir un intérêt général dans un contexte culturel différent et de m’imprégner de la manière de faire de ceux qui y sont. Ensuite, étant déjà très engagée dans un réseau mondial de jeunes citoyens actifs au Burkina Faso (Jeune Chambre Internationale) depuis 2015 (vice-présidente lors de la mandature 2019), j’ai voulu poursuivre mon expérience en matière de gestion de projets et d’engagement citoyen. Ceci a d’ailleurs joué en ma faveur pour être sélectionnée pour la mission de service civique au Conseil départemental. Enfin, l’envie de découvrir d’autres horizons comme la France m’a aussi attirée.

Quels objets as-tu apportés avec toi dans tes valises et pourquoi ?

Secret professionnel ! (Rires) J’ai apporté des tenues traditionnelles de mon pays, des fanions, des amuse-bouche made in Burkina, de quoi faire des plats ou jus burkinabés et des livres. Je les ai apportés car sur la mission je représente mon pays et le fais mieux connaître. J’ai donc jugé utile de l’introduire auprès des différents publics à travers divers éléments culturels spécifiques.

L’interculturalité

Quelles ont été tes premières impressions à ton arrivée en France ?

J’ai trouvé le paysage magnifique, une température assez douce (je suis arrivée en automne), un pays développé bien organisé, et beaucoup d’avantages favorisés par l’Etat pour les ressortissants. Cependant j’ai aussi eu des chocs, à savoir la cherté de la vie, l’individualisme et une fermeture d’esprit de ceux qui, selon les dires, n’ont pas eu l’occasion de voyager dans d’autres pays pour s’imprégner de la chaleur humaine des autres peuples ou vivent enfermés dans leurs bulles.

Quelles sont les différences qui t’ont le plus marquée entre la France et ton pays ?

La différence du système administratif m’a marquée car j’ai trouvé qu’en France il fallait la plupart du temps passer par plusieurs démarches pour parvenir à ses attentes et j’ai trouvé cela lent bien que logiquement organisé. Ce qui m’a également marquée, c’est le développement du numérique : la France est quasi totalement à l’heure de l’électronique : faire des courses, introduire des demandes administratives, consulter un médecin, etc. De plus, presque partout ce sont les cartes bancaires qui sont utilisées pour régler les paiements et peu de Français utilisent l’argent cash à moins que ce ne soit obligatoire. Par ailleurs, étant burkinabè et par conséquent africaine, la chaleur humaine fait partie de nos valeurs et ce, envers qui ce soit. Je n’avais pas l’habitude dans mon pays d’origine, de me retrouver seule en dehors du travail, comme je l’ai connu ici. N’avoir presque personne qui prenne de mes nouvelles ou qui vienne me rendre visite sans prévenir fut une difficulté pour moi, et me retrouver dans cette nouvelle culture à laquelle je n’étais pas habituée, m’a appris à me dépasser.

La mission

Quelles sont tes missions au quotidien ?

Ma mission se déroule au Conseil départemental de l’Aude et je travaille sur le projet « Tandems Solidaires ». C’est un dispositif qui a été mis en place par le Conseil départemental en collaboration avec Occitanie Coopération pour l’éducation à la citoyenneté mondiale en milieu jeune. Le projet consiste à mettre en lien des associations de solidarité internationale et des établissements scolaires (du primaire à l’université) du département pour organiser des séances d’animation sur les Objectifs de Développement Durable des Nations Unies sur l’année scolaire, en incluant la solidarité internationale afin de développer une meilleure ouverture sur le monde au sein de la jeunesse audoise. Ma mission se déroule donc au bureau et sur le terrain : au bureau, pour coordonner les dossiers des associations qui participent aux Tandems Solidaires afin qu’ils soient rédigés comme attendu et que leurs budgets soient en adéquation avec leurs projets, pour faire ensuite le point avec le comité de pilotage. Sur le terrain, pour les interventions en milieu scolaire avec ces associations pour parler des thématiques des objectifs de développement durable, des réalités de mon pays d’origine et de l’Afrique en général, et inciter les jeunes à travers des séances participatives à réfléchir sur comment ils peuvent contribuer à l’atteinte de ces objectifs dans le monde.

Comment as-tu réussi à t’adapter à la crise sanitaire et que fais-tu aujourd’hui pour rester utile ?

Nous avons opté pour le télétravail entre services civiques et membres du comité de pilotage du projet des Tandems Solidaires. Nous continuons d’avancer sur le projet et ce qu’il reste à faire à savoir le suivi des décisions prises concernant la validation de chaque projet, le contact avec les membres d’associations quant aux projets menés afin de préparer le bilan et trouver des alternatives pour les projets qui n’avaient pas pu être réalisés, l’organisation de la journée de restitution générale de tous les tandems solidaires à la fin de la mission. En plus de cela, je fais des vidéos de sensibilisation contre le COVID-19 avec les autres volontaires burkinabè actuellement en service civique en France (bien entendu chacun chez soi) pour le compte du Programme National de Volontariat du Burkina (PNVB) qui exploite ces vidéos pour les diffuser en guise de sensibilisation. J’en fais de même pour beaucoup d’autres mouvements et associations comme Solidarité-Laïque et FESPOCIT.

Quelles sont les compétences que tu as développées avec cette mission ?

Ma capacité de prise de parole en public s’est améliorée et l’adaptation de celle-ci à différents publics (enfants, adolescents, jeunes, adultes) s’est accrue. A cela s’ajoutent mes compétences de communication interculturelle et le travail en équipe puisque j’ai trois collègues, un Tunisien et deux Françaises. J’ai également progressé dans la gestion de projet avec en sus la solidarité internationale.

Quelles sont les difficultés que tu as rencontrées (techniques, humaines, intellectuelles etc.) ?

Dans un premier temps, la crise sanitaire mondiale a bouleversé nos interventions et nous a obligés à rester à la maison par prudence. Nous avons ainsi opté pour le télétravail. Dans un second temps, un environnement multiculturel n’est pas tout à fait évident pour conjuguer des efforts divers et parfois contraires. En effet, j’ai pu noter des mentalités différentes. Ce qui a été assez difficile pour moi au début de me retrouver au milieu de cultures différentes, à savoir celle tunisienne et celle française, en plus de la mienne : les mentalités différentes furent parfois délicates à gérer.

En tant que volontaire en service civique, quelles sont selon toi les trois qualités essentielles pour devenir volontaire ?

Etre courageux, être responsable et être motivé pour apporter une touche de plus dans la mission assignée.

Si tu devais promouvoir le volontariat solidaire à l’international en une phrase…

Oser quitter sa zone de confort et être utile au monde ailleurs.

La réciprocité

Que penses-tu retenir de ton expérience de retour dans ton pays ?

Je retiendrai que mon expérience m’aura forgé à être encore plus indépendante, plus courageuse et plus organisée. Elle m’aura ouverte davantage l’esprit à la culture européenne et française en particulier, ainsi qu’au travail dans un environnement multiculturel. De même elle m’aura permis de voir la différence entre la France et mon pays d’origine en termes de système administratif et économique, et de me motiver à travailler davantage à la réduction des inégalités entre les peuples.

Qu’est-ce qui aura changé dans ta vie ?

Ma dépendance à autrui pour profiter de la vie, ma capacité à vivre seule qui sera maintenant effective, mon analyse des choses et ma volonté à contribuer au développement de mon pays qui se voit plus poussée.

Comment penses-tu valoriser ton expérience ?

De retour au Burkina Faso, il est prévu de poursuivre la mission auprès d’autres instances et à travers cela, je mettrai à profit mon expérience.

Et après ?

Quels sont tes projets après ce volontariat ?

Poursuite d’études en master de coordination de projets internationaux, création d’une activité économique dans mon pays.

Un conseil aux futurs volontaires ?

L’engagement des jeunes dans les instances participatives permet de prendre en compte leurs voix et leurs souhaits pour un avenir meilleur. Le volontariat est un service rendu à l’humanité tout en apportant sa part au développement global, forgeant des compétences et promettant une expérience unique dans la vie. C’est une expérience valorisante, différente d’un stage ou d’un emploi qui enrichit le volontaire sur bien des points. Elle permet une satisfaction personnelle au vu du service rendu et une ouverture d’esprit. J’invite tous ceux qui aiment relever des défis à faire une mission de volontariat car c’est une occasion unique !