Sandrine, volontaire de solidarité internationale à l'Alliance française de Tuléar

© jean christophe mazué

Première expérience de vie à l’étranger, Sandrine nous partage son vécu de volontaire de solidarité internationale à l’Alliance française de Tuléar, à Madagascar. Entre souvenirs, adaptation et départ anticipé lié à l’épidémie de Covid-19, elle raconte.

29/05/2020

Présente-toi.

Sandrine TURPIN, bientôt 31 ans. J’ai grandi au Port et j’ai toujours vécu à La Réunion. Ma mission de Volontaire de Solidarité Internationale (VSI)[1] à Tuléar, dans le sud-ouest de Madagascar, pendant un an, a été ma première expérience de vie à l’étranger.  

Quel a été ton parcours ? Pourquoi avoir fait le choix dun VSI ?

Bac ES, BTS Commerce International, licence professionnelle en communication, je n’étais pas destinée à travailler dans le milieu de la culture. Ce sont principalement les rencontres et les opportunités qui m’ont permis de trouver ma voie. J’ai commencé à œuvrer dans le milieu culturel en tant que bénévole au théâtre Canter, à Saint-Denis. J’ai par la suite eu l’opportunité d’intégrer l’association culturelle Fée Mazine à Saint-Pierre. Après 6 ans et un CDI en poche, j’ai décidé de partir vers de nouveaux horizons. Une ancienne volontaire m’a alors parlé du dispositif de VSI, porté par l’antenne de France Volontaires à La Réunion, à la recherche d’un.e volontaire pour l’Alliance française (AF) de Tuléar, à Madagascar. En candidatant à cette mission, je m’attendais à vivre une expérience riche et intense, une aventure professionnelle et humaine unique. Et ce fût le cas ! 

En quoi consistait ta mission ? 

Directrice adjointe de l’AF de Tuléar, en charge du développement culturel local, je collaborais avec une équipe 100 % malagasy pour promouvoir et diffuser la culture locale tout en apportant un appui aux actions linguistiques. J’étais également chargée de la structuration et de la coordination des activités de l’association Vakok’Arts Trano (qui signifie « maison des artistes » en malagasy), gérée par l’AF.

Dans le cadre de la coopération Réunion-Madagascar, une autre de mes missions consistait à développer des projets culturels entre les artistes de La Réunion et Tuléar grâce à la nouvelle liaison aérienne directe Tuléar-La Réunion.

© S.TURPIN

 

Un projet dont tu es particulièrement fière ?

L’AF de Tuléar est une structure très dynamique au sein de laquelle j’ai pu organiser près d’une centaine d’évènements : concerts, expositions, résidences artistiques, représentations, formations… Cependant, le projet « Atsi-Mözika » a été l’évènement le plus marquant de ma mission. Imaginé par l’ancienne directrice de l’AF, Ivanne Girard, et soutenu financièrement par des entreprises locales, « Atsi-Mözika » était un projet unique (et un peu fou à Madagascar !) de réunir 16 jeunes auteurs-compositeurs tuléarois (la vingtaine en moyenne d’âge) accompagnés par de grands noms de la musique Malagasy. Dozzy Njava et Maximin Njava, respectivement directeur artistique et ingénieur du son, ont notamment participé à la tournée. Pour la grande majorité de ces jeunes artistes, c’était leur première expérience de tournée. Certains n’avaient même jamais quitté Tuléar et encore moins visité leur pays. Deux mois après ma prise de poste à Tuléar, j’ai donc eu la chance d’être tour manager pour encadrer et coordonner la logistique lors de la tournée du groupe. Imaginez 2 mini-bus, 22 personnes (dont la majorité maîtrisant mal la langue française) sur les routes de Madagascar pendant près d’un mois vivant quasiment 20h/24h tous ensemble. Les départs se faisaient la plupart du temps vers 4 ou 5h du matin, les repas rapides dans les gargottes sur la route et les nuits à l’hôtel de courte durée. Antananarivo, Diego, Tamatave, Anstirabe … 18 concerts, 8 villes, et plus de 5 000 spectateurs plus tard, nous avons parcourus plus de 5 000 kms à travers le pays.

© S.TURPIN

 

Un souvenir particulier me restera de cette tournée. Après 3 jours à Diego, nous devions repartir à Antananarivo pour continuer la tournée. Entre l’état de la route (désastreuse !) et les pannes successives des mini-bus, nous avons mis plus de 4 jours, en roulant jours et nuits, pour faire 1 100 kms. J’avais vraiment l’impression d’être comme dans le film « un jour sans fin ». Je n’en pouvais plus de la route. J’avais vraiment le sentiment qu’on n’arriverait jamais à rejoindre Tana. Mais sans de tels événements, je n’aurais pas vécu les concerts improvisés en plein cœur de la brousse ou les cafés offerts par des habitants ravis d’inviter chez eux une « vazaha » (« étrangère »).

C’était roots, passionnant, galère, intense, long, très souvent, mais c’était une aventure humaine hors du commun !

Au cours de ta mission, as-tu été personnellement affectée par la crise sanitaire actuelle ? 

Ma mission a été écourtée en raison de la fermeture des frontières de Madagascar. Dès l’annonce de l’arrêt des vols vers et à destination du pays, j’ai dû faire mes bagages et boucler ce que je pouvais. Il me restait alors une semaine à effectuer avant la fin de ma mission.

Quels sont les points de satisfaction / déception de ta mission ?

Cette expérience aura renforcé en moi mon souhait de continuer à œuvrer dans le domaine de la culture. Elle m’aura permis de savoir ce que je veux et ce que je ne veux pas. Mon seul regret est d’avoir quitté précipitamment les personnes que j’ai côtoyées pendant un an, sans même pouvoir les revoir une dernière fois, à cause de la crise sanitaire du covid-19. La fin de ma mission ayant été anticipée, je suis partie avec un sentiment d’inachevé tant sur le plan professionnel qu’humain.

© S.TURPIN

 

Quel bilan tires-tu de ton expérience de volontariat ? A-t-elle changé ton regard ?

L’expérience humaine qu’offre le volontariat est unique et le bilan que j’en fait est très positif même si cela n’a pas toujours été rose durant la mission. J’ai découvert un pays extraordinaire et rencontré des gens incroyables qui n’ont parfois pas grand-chose, mais qui ont toujours le sourire. Le volontariat a fait évoluer mon regard sur de nombreux points. Si je devais n’en choisir qu’un, ce serait sur la condition humaine, le rapport entre les hommes.

 

[1] Mission de volontariat cofinancée par France Volontaires, la Région Réunion et les fonds européens Interreg V Océan Indien, au départ de La Réunion.