Thibault, volontaire engagé en République Démocratique du Congo

Thibault, 28 ans, volontaire de solidarité internationale pour le Réseau des Éducateurs, des Enfants et Jeunes de la Rue (REEJER) en République Démocratique du Congo, a passé 16 mois à vivre à la kinoise. Il revient sur son expérience à Kinshasa.

05/05/2020

Peux-tu te présenter en quelques mots ? Quel est ton parcours ?

Depuis mes 17 ans, j’ai effectué de nombreuses missions de volontariat à l’international lors de mes temps libres, cela a été la première étape pour moi dans le monde de la solidarité internationale. J’ai pu acquérir des compétences dans le montage de projets et en animation de partenariats. Ces expériences ont renforcé mon choix de travailler dans le domaine de la solidarité internationale.

J’ai ainsi débuté par une licence à l’Université de Genève en histoire générale, langues littérature civilisation arabe. J’ai ensuite continué par un master à la faculté de géographie en mondialisation et développement des pays du Sud à Paris IV – Sorbonne. Cette formation universitaire m’a donné une expertise dans la recherche, la création et la gestion de projets à l’international ainsi que des concepts et des méthodes de travail sur des sujets liés au développement humain, soutenable et durable.

Pour quelle(s) raison(s) ce projet d’engagement ?

Après mon parcours académique, j’ai recherché un poste chargé de projets dans une ONG en siège à Paris. Cependant, mon profil manquait d’une expérience significative sur le terrain. Après avoir parlé avec des acteurs de la solidarité internationale, le VSI m’est apparu comme une nécessité pour « entrer dans le métier ». C’était pour moi la première étape de mon parcours professionnel dont l’objectif est d’aboutir dans un court terme à un poste de chargé de projets et dans un moyen terme à celui de chef de projets et coordinateurs de programmes.

En dehors de cet aspect professionnel, le choix de ce VSI au REEJER à Kinshasa a été motivé par la thématique du projet, celui de la protection de l’enfance. En effet, c’est une thématique qui m’intéresse et me tient à cœur. Ce choix a également été motivé par le désir de pouvoir travailler dans un domaine à fort impact social afin de « donner un sens à ce que je fais ». Pour résumer, ma mission de volontariat s’est inscrite comme une étape charnière dans mon projet professionnel.

Avec ce VSI, mon objectif était de continuer à développer mes compétences et en acquérir de nouvelles. En effet, pour moi, l’engagement en tant que volontaire est un engagement personnel et professionnel, cela permet d’exercer des responsabilités, d’affirmer et de développer des compétences et aptitudes ainsi que d’en acquérir des nouvelles.

Quelle est ta mission en tant que volontaire ?

Ma mission était d’appuyer la mise en œuvre du projet « Appui à la promotion, au respect et à la mise en œuvre des droits des enfants et jeunes en situation de rue à Kinshasa », renforcer les équipes programme dans leur mission et contribuer à la mise en place d’un dispositif de suivi et d’évaluation des activités ainsi qu’à la capitalisation des expériences.

Globalement, ma mission concernait toutes les activités venant en appui à l’équipe du REEJER : chef de programme, chef de pôles, administration, coordination, etc.

Quelles ont été tes premières impressions à ton arrivée ?

Je n’ai pas eu de mauvaises impressions, j’ai tout de suite été dans le bain à la « kinoise ».  J’ai été logé dans un centre d’accueil des enfants des rues et je me suis retrouvé dans les quartiers populaires de Kinshasa, plus connus sous le nom de la « cité ». Vivre dans ce type de quartier impose certaines contraintes d’accès à l’eau, à l’électricité et aux transports. Les quartiers populaires ont aussi la caractéristique d’être des lieux bruyants où le calme est aussi rare qu’une route goudronnée sans trous. Cela m’a obligé à comprendre et maîtriser les fonctionnements désordonnés et complexes de la ville, surtout pour les transports : taxis collectifs, minibus « esprit de mort », motos…

Kinshasa est une ville en pleine ébullition : ses 15 millions d’habitants, sa pollution, ses embouteillages, ses nuisances sonores permanentes, sa misère à chaque coin de rue et son insécurité… Vivre dans cette ville n’est pas de tout repos. J’éprouve une certaine fierté d’avoir vécu à la kinoise. Cela m’a permis vraiment de comprendre le contexte et la vie à Kinshasa.

Pour toi, qu’est-ce que l’Espace Volontariats ?

Pour moi, un Espace Volontariats est un espace d’échange, de discussion et d’écoutes. C’est un espace où le volontaire est accueilli et accompagné tout au long de sa mission tant sur l’aspect professionnel que personnel. Malheureusement, il n’y avait pas d’espace volontariats à Kinshasa, mais à Brazzaville, dans « l’autre Congo ». Sa localisation à la fois si proche et si loin a provoqué un sentiment d’éloignement avec tout ce que pouvait faire l’EV, et surtout, j’étais le seul volontaire de France Volontaires à Kinshasa.

Qu’est-ce que t’a apporté ta mission sur le plan personnel et professionnel ?

Durant ses 16 mois de mission en tant que chargé de projets, j’étais dans une position de soutien, j’ai participé au renforcement, à l’accompagnement et au suivi des activités des projets, tout en accompagnant l’élaboration de nouveaux projets et partenariats dans une démarche participative et inclusive. J’ai également accompagné les équipes projets dans la prise en main des procédures des bailleurs. J’ai accompagné le REEJER dans leurs actions et leur démarche d’autonomisation comme l’appui conseil, la mise à disposition d’expertise ou encore la formation. J’ai accompagné la structure dans sa stratégie de plaidoyer notamment à travers l’Examen Périodique Universel (EPU). J’ai aussi assuré le lien entre les partenaires locaux à Kinshasa et le consortium au Nord. Pour résumer, j’ai apporté mon expertise en termes de gestion de projet.

Mes compétences ont donné une réelle plus-value à la structure. Initialement pensé comme un poste de chef de projet, j’ai finalement été chargé d’appui, une position transversale me permettant d’apporter un soutien à l’ensemble des projets du REEJER (et non uniquement au projet AFD). Ce positionnement a permis aussi de responsabiliser le REEJER dans la mise en œuvre des projets.  

Sur le plan personnel, j’ai beaucoup appris sur ma capacité d’adaptation et ma force de résilience. Cette mission à Kinshasa m’a permis aussi de renforcer mes qualités humaines et d’engagement. Elle a été aussi pour moi l’occasion de découvrir un pays et surtout une ville que je ne connaissais pas et entourée de tant de mystères…

Quels sont tes projets post-volontariat ?

Mon projet post-volontariat était de trouver un poste de chargé de projets au siège d’une ONG à Paris. C’est chose faite ! Dès mon retour, en janvier 2020, j’ai été engagé en tant que chargé de projets internationaux.

Que vas-tu retenir de la République Démocratique du Congo ?

Je vais surtout retenir la force, la résilience et la motivation des Congolais à surmonter tous les obstacles avec le peu de moyens à disposition et dans des conditions si particulières et propres à Kinshasa. La RDC m’a fortement marqué et j’aurai toujours « une connexion » avec les Kinois. C’est une ville qu’on aime détester.

Une anecdote à nous raconter ?

Après 16 mois dans le tumulte kinois, il est difficile de trouver une anecdote résumant bien le fait d’être kinois, tout comme il est difficile de traduire l’impression que peut faire cette ville, Kinshasa se vit.

Un conseil aux futurs volontaires ?

Tout d’abord, j’invite France Volontaires à envisager les possibilités d’installer un espace volontariats à Kinshasa ou au minimum une antenne des bureaux de Brazzaville.*

Ensuite, j’invite également les volontaires à Kinshasa à faire l’effort d’apprendre le lingala, même si la majorité des personnes rencontrées parleront français, à faire preuve d’une grande flexibilité et d’une forte capacité d’adaptation, ne pas hésiter à se tourner vers les personnes ressources lorsqu’il éprouve une difficulté, de s’accorder des « temps off » quand le besoin s’en fait sentir et surtout être disponible et ouvert d’esprit au maximum.

*L’EV Congo/RDC invite les volontaires en République Démocratique du Congo à se signaler auprès du Service de Coopération et d’Actions Culturelles (SCAC) de l’Ambassade de France en RDC.

À propos du REEJER

Le REEJER est le Réseau des Éducateurs, des Enfants et Jeunes de la Rue, une plate-forme des ONG œuvrant pour la protection et la promotion des droits de l’enfant en situation difficile en République Démocratique du Congo.

Pour en savoir plus sur le REEJER

Pour plus de renseignements, contactez l’Espace Volontariats Congo : par mail ev.congo@france-volontaires.org